Skier sur les traces de Marie Curie dans les Monts métallifères

01-02-2019

Nous poursuivons notre découverte des stations de ski en République tchèque. Direction cette semaine Klínovec et Boží Dar, dans les Sudètes, à la frontière avec la Saxe. Les amateurs de ski alpin et de fond tchèques et allemands se retrouvent dans les Monts métallifères, des montagnes qui doivent leur nom aux nombreux gisements de minerais jadis exploités.

Klínovec, photo: Ondřej TomšůKlínovec, photo: Ondřej Tomšů

C’est une région sans doute moins connue que le massif de la Šumava au sud ou les Monts des Géants (Krkonoše) au nord. Les Monts métallifères n'en ont pas moins une histoire intéressante : pratiquement vierges de toute population au Moyen Age, la région connaît un véritable boom à partir du XVe siècle : la découverte de gisements d’argent à Jáchymov, puis d’autres minerais, fait affluer de nouveaux habitants et conduit à l’émergence de nouvelles villes.

Photo: Ondřej TomšůPhoto: Ondřej Tomšů C’est aussi à partir d’un minerai de Jáchymov que Pierre et Marie Curie ont extrait le polonium et le radium, ce qui valut à la célèbre chimiste franco-polonaise le Prix Nobel en 1911. Un passé récent moins glorieux associe la région aux camps de travaux forcés sous le régime communiste, où les prisonniers politiques étaient envoyés dans les mines d’uranium. La présence de ce métal lourd et radioactif, exploité des deux côtés de la frontière, a d’ailleurs été la cause d’une importante pollution dans la région.

Aujourd’hui pourtant, la région veut faire oublier cette image écornée et fait valoir l’attractivité qu’elle représente en matière de sports d’hiver. Pour preuve, le récent projet d’une énorme station de ski reliant le sommet des Monts métallifères, Klínovec, à la station de Neklid, à côté de Boží Dar, comme le détaille Hana Hoffmanová, porte-parole de la station de Klínovec :

Hana Hoffmanová, photo: Ondřej TomšůHana Hoffmanová, photo: Ondřej Tomšů « Grâce à ce projet qui relie les deux stations, nous avons réussi à rallonger les pistes qui font désormais 31 kilomètres au lieu de 18 kilomètres à l’origine. Nous avons aussi un partenariat avec Oberwiesenthal, de l’autre côté de la frontière : les clients qui achètent un forfait d’un jour et plus, peuvent ensuite profiter des deux stations. Toutes les heures, un bus spécial fait la navette entre les deux sommets. Il est gratuit pour ceux qui ont le forfait. »

Les Monts métallifères sont une région particulièrement rude en termes de climat, comparable à celui qu’on peut trouver en milieu alpin. De l’autre côté de la frontière, la région est d’ailleurs parfois surnommée la « petite Sibérie saxonne ». En tout cas, pour les exploitants de stations, il n’y a pas vraiment matière à se plaindre, comme le souligne encore Hana Hoffmanová :

« Je dois dire que cette année, c’est particulièrement bon. Mais de manière générale, nous n’avons jamais de problèmes avec les précipitations. Cette année, il a pourtant fait très sec. Je pense que nous sommes vraiment bien lotis par rapport à d’autres stations. Et nous avons le plus de bassins de rétention, donc nous n’en avons pas trop souffert. On a quand même dû faire attention. Le seul souci, c’est que quand il y a eu de nouveau de l’eau, il ne gelait pas assez pour pouvoir enneiger. »

Massif aux pentes relativement douces, comme la plupart des montagnes de Tchéquie d’ailleurs, les Monts métallifères offrent des conditions idéales pour la pratique du ski de fond, comme le détaille Eva Nduwimana, de la société První krušnohorská, qui entretient les pistes du côté ouest :

Eva Nduwimana, photo: Ondřej TomšůEva Nduwimana, photo: Ondřej Tomšů « En ce qui concerne les environs de Boží Dar, je peux recommander la très belle piste appelée ‘La Magistrale » jusqu’à Červená Jáma et le circuit Karlův Běh. Ça fait environ 20 kilomètres depuis Boží Dar. C’est un terrain vraiment sympa, il n’y a pas trop de randonneurs comme ailleurs. Donc si on veut éviter les familles avec enfants et bien profiter pour faire du ski de fond, c’est vraiment l’endroit idéal. Nous disposons d’un nombre important de dameuses, il n’y a donc aucun problème pour l’entretien. On s’en occupe selon la météo. Quand il neige, on les sort tous les jours. Quand il gèle et qu’il ne neige pas, il suffit d’entretenir les pistes deux fois par semaine. »

Jadis quasi infranchissables, les frontières naturelles que sont les Monts métallifères sont aujourd’hui un lieu de circulation pour les skieurs d’Allemagne et de Tchéquie, à parts égales. Comme le soulignent d’ailleurs les employés de la région, en période de vacances scolaires côté allemand, les voisins de Saxe et de Bavière notamment se donnent rendez-vous à Klínovec ou Boží Dar, ou circulent tout simplement des deux côtés de la frontière. Eva Nduwimana :

Photo: Ondřej TomšůPhoto: Ondřej Tomšů « Je crois que ce qui est vraiment particulier, c’est ce rattachement aux pistes allemandes. Cela offre beaucoup plus de possibilités de circuits. L’offre est vraiment riche. On n’est pas obligé de revenir par le même chemin. Il y a des pistes pour tous les niveaux, que ce soit pour les débutants ou les fondeurs plus exigeants. Vous avez des pistes qui passent dans les prairies ou dans les bois. Chacun y trouve son compte. »

Depuis Prague, il faut compter 140 kilomètres et deux heures de voiture pour se rendre à Boží Dar.

01-02-2019