Les châteaux du Paradis de Bohême

02-11-2003

Ceux qui aiment visiter les monuments historiques et découvrir les secrets des châteaux et châteaux forts ne devraient décidément pas rater l'occasion de visiter aussi la région qui s'étend entre les villes de Jicin et de Turnov, dans le Paradis de Bohême. En passant par là il ne faut pas parcourir une grande distance pour rencontrer les ruines d'une tour, ou bien un bâtiment monumental d'une résidence seigneuriale cachée d'habitude au milieu de forêts profondes ou de rochers de grès. Astrid Hofmanova, qui vous invite à visiter les châteaux de la région que l'on appelle Hruba Skala (le Gros Rocher), vous souhaite une bonne écoute.

Le château fort de Trosky, photo: Barbora KmentováLe château fort de Trosky, photo: Barbora Kmentová Le plus connu des châteaux du Paradis de Bohême est le château fort de Trosky. Aujourd'hui il est possible de voir ses ruines sur une colline dont les deux sommets basaltiques visibles de loin, la Vierge et la Vieille, ont inspiré la naissance de légendes se rapportant à leurs noms. Les touristes sont en effet moins attirés par l'information sur le passé de cette forteresse remarquable fondée par Cenek de Vartenberg dans la seconde moitié du XIVe siècle que par l'histoire légendaire de ses habitantes: une jeune femme catholique et sa belle-mère utraquiste qui, dit-on, échangeaient des injures de tour à tours. Alors que la légende ne cesse de se transmettre de génération en génération, on a pratiquement oublié d'autres épisodes authentiques, par exemple, l'occupation du château par le chevalier-brigand Krystof de Helfenburg, en 1439, ou sa conquête par les troupes de Georges de Podebrady trente ans plus tard. On était déjà au déclin de la gloire du château de Trosky. Après la guerre de Trente Ans, le château a cessé d'intéresser définitivement les stratèges militaires et s'est transformé en ruines admirées par les peintres et les touristes qui aiment les légendes.

Le château fort de Hrubá Skála, photo: CzechTourismLe château fort de Hrubá Skála, photo: CzechTourism Des légendes entourent aussi le château fort de Hruba Skala situé sur la "ville de rochers" comptant environ 400 tours de grès. Une histoire romantique est liée à ces lieux, publiée dans le fameux manuscrits de Dvur Kralove, ouvrage falsifié en vue d'encourager la lutte d'émancipation nationale du XIXe siècle. La victoire de Benes Herman sur les Saxons, telle qu'elle est racontée dans un poème prétendument médiéval, servit, d'ailleurs, de source d'inspiration au peintre Mikolas Ales. Son grand tableau présentant cette scène se trouve au musée de Turnov aujourd'hui. La réalité historique a toutefois été moins romantique et nos connaissances sont beaucoup plus modestes. Quant au château fort, on est bien informé surtout de la période se rapportant aux cent ans de règne de la famille Smiricky. Au début du XVIIe siècle, la famille y a enfermé Eliska Katerina, avant de l'emprisonner au château de Kumburk et plus tard aussi son frère Jindrich Jiri, personne incapable qu'Albrecht de Wallenstein a pris sous sa tutelle pour s'emparer des biens de la famille. Le château fort de Hruba Skala est resté une propriété des Wallenstein jusqu'en 1821, où il a été vendu à la famille Lexa d'Aehrenthal.

Le château fort de Valdstejn (Wallenstein), photo: Jaroslava GregorováLe château fort de Valdstejn (Wallenstein), photo: Jaroslava Gregorová Un autre château fort gothique ayant trait aux Wallenstein se trouve non loin de Hruba Skala. Il s'appelle Valdstejn (Wallenstein) et il a été fondé au XIIIe siècle par la famille Markvartic. Le général Albrecht de Wallenstein est issu de cette famille. Le château a une position romantique car il a été érigé entre deux crevasses dans un rocher. Pendant les guerres hussites il a passé sous la gestion des seigneurs de Valecov qui y tenaient alors en prison l'intendant du pays, Zikmund Korybutovitch. Les années de gloire de ce château se sont terminées très tôt, encore au Moyen-Age, après son annexion au domaine de Hruba Skala. Il a servi même d'hermitage. Plus tard, le sculpteur Jelinek a décoré le pont du château par des statues baroques. Au début du XIXe siècle, on a procédé à sa reconstruction dans l'esprit du romantisme, son nom ayant été lié à la vie de plus d'un artiste illustre de l'époque, dont le poète Karel Hynek Macha, l'écrivain Svatopluk Cech ou le compositeur Josef Bohuslav Foerster.

Le château de Hrubý Rohozec, photo: CzechTourismLe château de Hrubý Rohozec, photo: CzechTourism Le dernier château que je voudrais vous présenter aujourd'hui et qui se dresse au-dessus de la rivière Jizera, s'appelle Hruby Rohozec. Datant de la XIIIe siècle, cet ancien château fort des seigneurs de Vartenberk est passé, plus tard, entre les mains de la famille de Michalovice. Jindrich Kruhlata, illustre représentant de cette famille, est un personnage intéressant que son catholicisme n'empêchait pas d'être fidèle partisan du "roi des hussites", Georges de Podebrady, qui a libéré la région des Lusaciens, lesquels pillaient Turnov et ses environs. Cette victoire en 1468 a cependant coûté cher à Georges de Podebrady qui ne s'est plus rétabli des blessures reçues lors de la bataille. Au début du XVIe siècle, les Krajir ont transformé Hruby Rohozec en un château Renaissance qui est passé, encore une fois, entre les mains des Vartenberk avant de devenir la propriété d'Albrecht de Wallenstein, et, depuis 1628, de la famille catholique Desfours.

Notre promenade à travers les châteaux et châteaux forts situés au milieu des rochers de grès et des forêts s'étendant entre Jicin et Turnov pourrait être beaucoup plus longue. Nous pourrions parler encore d'autres châteaux dont la gloire n'a pas survécu au Moyen-Age et dont il ne reste, aujourd'hui, que des ruines. Leurs murailles s'effritent et redeviennent ce qu'elles étaient à l'origine: de simples pierres, témoins muets d'histoires de plusieurs générations de familles disparues. Ils invitent tous ceux qui s'intéressent à l'histoire, à visiter cette région où même les rochers peuvent être pris pour des tours.

02-11-2003