Le palais Rožmberk au Château de Prague rouvre ses portes

Erigé en 1574, ce palais Renaissance demeurait inaccessible depuis 1919, lorsque le ministère de l’Intérieur était devenu son locataire. Les travaux de restauration ont commencé aussitôt après 1989, grâce à Václav Havel qui a ouvert en grand les portes du château et redonné de l’éclat au siège des rois, puis des présidents. Ainsi, 15 ans plus tard, l’un des rares bâtiments qui demeuraient encore fermés se présente dans toute sa beauté retrouvée.

Le palais Rožmberk, aussi appelé palais des Dames nobles, se trouve à quelques pas de la basilique Saint-Georges, dans la rue Jiřská qui descend de la cathédrale Saint-Guy jusqu’à Klárov. La puissante dynastie des Rožmberk, qui possédait plusieurs châteaux et domaines dans le sud de la Bohême, a fait édifier, entre 1545 et 1574, à l’emplacement d’anciennes fortifications, un splendide palais Renaissance à quatre ailes, avec des tours polygonales et une cour entourée de galeries en arcades, aux façades segmentées et richement décorées, doté de salles spacieuses et d’un manège pour 40 chevaux. Les travaux ont été réalisés par l’architecte Ulrico Aostalli. A l’époque, c’était l’un des plus beaux palais Renaissance à Prague auquel a été ajouté, à l’instar des palais italiens, un jardin.

Pour Vilém Rožmberk, qui a commandé sa construction, le palais symbolisait sa position à la cour du roi de Bohême : en 1570, il avait été nommé burgrave suprême. Le palais a accueilli des personnalités venues à Prague pour le couronnement de Maximilien II. Quant à Vilém, il y a célébré ses quatrièmes noces avec Polyxène de Pernštejn. Après sa mort, en 1592, son frère, Petr Vok, a vendu le palais à l’empereur Rodolphe II, sous le règne duquel sa dégradation a commencé.

Qu’est-ce qui a été conservé de l’équipement intérieur du palais ? Une question posée à Ivana Kyzourová, directrice de la protection du patrimoine de la chancellerie présidentielle :

« De nombreux objets datant du XVIe siècle témoignent du riche aménagement intérieur du palais avec des tableaux, des tapisseries, des tapis d’Orient, des meubles précieux, de la porcelaine de Chine... Le lambrissage des plafonds a été conservé dans plusieurs salles. L’équipement intérieur du palais correspondait à la position de la famille Rožmberk qui, au XVIe siècle, était au sommet de la hiérarchie de la société d’alors, après que son représentant, Vilém, ait été chargé des fonctions suprêmes à la cour du roi de Bohême. »

Au XVIIIe siècle, le palais a subi des remaniements baroques selon les projets de l’architecte Nicolo Paccassi, qui y a ajouté une chapelle. Sous le règne de l’impératrice Marie-Thérèse, l’ancien palais a été aménagé en un établissement pour dames nobles. Qui étaient les nouvelles habitantes du palais ? Ivana Kyzourová explique :

« C’étaient des filles célibataires issues de familles aristocratiques, âgés de plus de 24 ans. Leur origine aristocratique documentée quatre générations en arrière et le versement de 200 florins étaient les conditions pour qu’elles soient admises dans cet établissement. En contrepartie, elles étaient en pension complète, chaque habitante avait trois pièces pour elle-même. Il est vrai qu’il leur était interdit d’aller aux bals masqués, de sortir sans autorisation ou de recevoir des visites sans la présence de la mère abbesse. En dépit d’un régime assez strict défini par les ordres internes, la vie dans cet établissement leur garantissait le confort nécessaire. »

Ajoutons que la fille de l’impératrice Marie Thérèse fut la première abbesse de cet établissement. La nouvelle République tchécoslovaque, fondée en 1918, a aboli les titres aristocratiques et c’est ainsi que l’établissement pour dames nobles a été supprimé en mai 1919. Loué au ministère de l’Intérieur, le bâtiment a été aménagé pour les besoins des policiers. La tragédie du palais a commencé : la chapelle a abrité une salle de gymnastique, les plafonds abaissés construits sous les voûtes cachaient des kilomètres de câbles. Dans la cour, des garages et même une station essence avaient été édifiés. La salle principale du palais a été divisée en plusieurs pièces et dotée de plafonds abaissés. Paradoxalement, ce fut une chance de préserver les fresques originales qui sont restées pratiquement intactes dans la chapelle, il a suffi pour cela d’enlever les faux plafonds et de les restaurer, explique Petr Měchura, du service de la protection du patrimoine :

« Les fresques, œuvre du peintre Jan Petr Molitor, représentent la Sainte Trinité et la conception immaculée de la Vierge Marie. Le même motif se répète sur l’autel peint en trompe-l’œil sur le mur nord et, de même, le reste des murs est orné de fenêtres en trompe-l’œil. »

La restauration de la chapelle de la Sainte Trinité, édifiée en 1755 et pratiquement inexistante puisque entièrement cachée sous les éléments de construction rajoutés, a été rénovée également grâce au soutien financier de la fondation munichoise Messerschmitt Stiftung.

L’inauguration du palais Rožmberk, il y a un mois, a eu lieu en présence du président de la République, Václav Klaus, pour accentuer le fait qu’il s’agit de l’investissement le plus important réalisé au château depuis 1989. Le palais Rožmberk rénové sera ouvert aux visiteurs du Château de Prague à partir de la prochaine saison touristique. Il proposera non seulement les visites des locaux intérieurs Renaissance et baroques, mais aussi différentes manifestations culturelles, expositions et concerts. Un café sera ouvert dans la partie où se trouvait autrefois la cuisine de la famille Rožmberk.