Le palais Liechtenstein

Nous nous baladerons, aujourd'hui, dans le quartier historique de Mala Strana, aux pieds du Château de Prague, en nous arrêtant plus particulièrement au palais Liechtenstein occupant toute la partie haute et ouest de la place de Mala Strana. Ses murs ont non seulement servi de cadre d'événements historiques marquants, mais ils cachent aussi plus d'un mystère et plus d'une légende.

Le palais Liechtenstein occupe, nous l'avons dit, tout le côté ouest de la place de Mala Strana, en face de l'église monumentale baroque Saint-Nicolas, où Mozart a joué de l'orgue au cours de son séjour à Prague. Autrefois, cinq maisons s'élevaient à l'emplacement de l'actuel palais Liechtenstein. Acquises, après la bataille de la Montagne Blanche de 1620, par les Liechtenstein, ces derniers les ont transformées en un seul immense palais. Jusqu'en 1627, le palais appartenait à Charles de Liechtenstein, surnommée le gouverneur sanglant, tristement célèbre en tant que commissaire extraordinaire du roi, qui a commandité l'exécution des chefs des opposants des seigneurs tchèques insurgés contre l'empereur Ferdinand II. Charles de Liechtenstein s'est retrouvé à la tête de la commission de confiscation mise en place après cette bataille et a joué un grand rôle dans la redistribution et la vente des biens des rebelles à l'empereur. De l'empereur Mathias, il a reçu le titre héréditaire de prince.

A l'origine édifice Renaissance, le palais Liechtenstein a été, en 1791, remanié en style néo-classique dans l'esprit des réalisations de Niccolo Pacassi au Château de Prague.

Parmi les occupants suivants du palais Liechtenstein, le savant et philosophe Josef Dobrovsky, le premier des Eveilleurs tchèques, comme s'appelaient les historiens et les linguistes oeuvrant pour la renaissance de la langue et de la culture tchèque germanisée. Josef Dobrovsky s'est inscrit dans l'histoire en tant qu'auteur du premier manifeste pour les droits de la langue tchèque et d'une histoire de la langue et de la littérature tchèque.

En 1918, le palais Liechtenstein a été le théâtre de la partie militaire du coup d'Etat qui allait être à l'origine de la création de la Tchécoslovaquie.

Le palais Liechtenstein abrite le Conservatoire national de musique, de danse et d'art dramatique. A noter que le Conservatoire de Prague est l'un des plus anciens en Europe - il a été fondé en 1808. La liste des artistes ayant marqué de leur passage cette institution, comme élève et comme pédagogues, est impressionnante, depuis Antonin Dvorak, en continuant par Josef Bohuslav Foerster, et terminant par Rafael Kubelik et Rudolf Firkusny...

Et nous voilà arrivés à la légende liée au palais Liechtenstein. C'est notre collaboratrice, , qui va vous la raconter.

La légende que je vais vous raconter se déroule au XVIIIème siècle. Le propriétaire du plus grand et du plus important moulin de Mala Strana de l'époque était très riche. Il avait une fille très belle, mais, malheureusement, très fière. Unique enfant, elle était imbue de sa personne, méprisait les autres et avait des goûts de luxe. Son plus grand désir était de se faire inviter au bal des princes de Liechtenstein, lequel avait lieu tous les ans dans les salles somptueuses du palais Liechtenstein, situé sur la place de Mala Strana. Il était d'un grand prestige de faire partie des invités, parmi lesquels ne se distinguaient pas seulement les membres de l'aristocratie, mais également des familles de la haute bourgeoisie praguoise. Pour des raisons inconnues, le meunier n'était jamais invité et sa fille en souffrait énormément.

La date du fameux bal approchait à nouveau et, comme d'habitude, le meunier n'avait pas reçu d'invitation. Déçue, la jeune fille s'écria : « Si je ne pouvais pas assister au bal et y paraître dans une toilette si belle que toutes les femmes pâliraient d'envie, je vendrais mon âme au diable ». Le matin suivant, un messager se présenta à la porte et remit à la jeune fille une carte d'invitation au bal, ainsi qu'une boîte en bois précieux, incrustée de nacre, dans laquelle elle trouva une magnifique parure en diamants. Comblée de joie, la jeune fille demanda à son père une somme exorbitante pour se faire confectionner une magnifique robe chez la meilleure couturière de Prague et acheter les accessoires nécessaires. Elle persuadait ses parents que grâce à sa toilette de prix, elle éblouirait certainement le gentilhomme inconnu qui lui avait envoyé l'invitation et trouverait ainsi un mari de rang noble.

Dans sa robe de bal, la jeune fille ressemblait à une véritable princesse et était le centre d'admiration à la soirée. Dès qu'elle avait franchi le seuil de la salle, un jeune homme svelte, haut de taille, au teint basané, habillé en costume de velours noir, l'invita à danser. Charmée, elle accepta. Elle pensait qu'il s'agissait certainement du gentilhomme inconnu qui l'avait invitée. Le cavalier dansait admirablement bien sans lui parler et en la regardant ardemment. Lorsque la musique s'était arrêtée, il prit la jeune fille par la main et l'emmena dans une salle retirée, où il n'y avait personne. La jeune fille croyait qu'enfin il allait lui parler, mais le cavalier sortit de la poche de son bel habit une feuille roulée et, sans dire un seul mot, la tendit à la jeune fille. Elle reconnut le billet qu'elle avait signé au messager en tant que reçu, lorsqu'il avait apporté l'écrin. Elle réalisa qu'elle avait signé un billet fatal par lequel elle s'engageait bénévolement à vendre son âme au diable. Horrifiée, elle leva les yeux vers le jeune homme. Un rictus abominable se dessina sur ses lèvres. Il n'y avait aucun doute, c'était le diable en personne. Toujours sans mot dire, il prit la jeune fille dans ses bras. Elle poussa un cri d'agonie et s'affaissa. Elle était morte. Lorsque les invités accoururent, le cavalier mystérieux n'était plus là.

Bientôt, le spectre de la fille du meunier commença à hanter les corridors et les salles en effrayant les habitants du palais. Le propriétaire ne tarda pas à vendre le palais. Le spectre de la malheureuse se balade toujours entre le palais Liechtenstein et Mala Strana sans trouver de repos.