L’Atelier Franzis Wussin : masques, costumes et accessoires qui font rêver

21-03-2010

La saison du carnaval à Prague est bel et bien terminée et les Fêtes de Pâques approchent. Mais le prestigieux Atelier Franzis Wussin, créateur de fidèles répliques de masques, costumes traditionnels et accessoires à la mode du XVIIIe siècle, prépare déjà la collection pour le carnaval de Prague 2011. L’Atelier porte le nom du célèbre graveur praguois Jan Samuel František Wussin (Franzis Wussin), dont le portrait peint par Petr Brandl se trouve dans la Galerie nationale de Prague. L’atelier Franzis Wussin a été fondé par l’architecte et designer Rostislav Maria Müller avec pour objectif de faire revivre la tradition des bals masqués de Prague, interrompue avec l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale et reprise à l’initiative des époux Müller.

Photo: Atelier Franzis WussinPhoto: Atelier Franzis Wussin Laissons-nous emporter à l’époque du baroque pour nous perdre dans le frou-frou des magnifiques tenues de carnaval en tissus nobles portés par les belles dames et charmants gentilshommes aux visages couverts de masques de formes des plus étranges, des plus inventives et d’une beauté surprenante. Rostislav Maria Müller, designer et fondateur de l’Atelier Franzis Wussin, nous donne quelques précisions sur la famille Wussin : « La famille était propriétaire d’un hôtel particulier, rue Masná à Prague, où elle organisait des bals masqués de grande renommée dans un style baroque et plus tard rocaille, d’après le modèle vénitien. Auparavant les bals masqués étaient organisés en privé dans les somptueux palais de la noblesse tchèque, puis à l’époque du baroque les bals ont été déplacés au XVIIIe siècle dans les salles des hôtels particuliers que les familles aristocratiques louaient et payaient. Le plus célèbre des hôtels particuliers était justement le Palais Wussin, devenu au XVIIIe siècle le centre des bals et divertissements. C’est donc là que se déroulaient les fameux bals masqués de l’aristocratie et, plus tard, au XIXe siècle, les bals bourgeois. »

La tradition des bals masqués de Prague date déjà de l’époque du gothique. Gérés par le peintre italien Giuseppe Arcimboldo, arbitre de l’élégance et designer des masques à la cour des Habsbourg à Prague, à l’époque de la Renaissance, les bals masqués ont connu leur plus grand essor et gloire à l’époque du baroque. Le plus ancien sauf-conduit impérial sur l’organisation des bals, excepté ceux du Mardi-gras, date de 1742. Il a été délivré au bourgmestre de Prague Jan Václav Friedrich de Friedenberg, qui épousa la fille de Franzis Wussin, Francesca. Ce privilège a été successivement confirmé par l’impératrice Marie-Thérèse et l’empereur germanique et corégent des Etats de Habsbourg, Josef II, puis par l’empereur François Ier. La tradition a donc commencé à se perdre avant la Seconde Guerre mondiale et a complètement disparu sous le régime communiste.

Vers la fin des années 1990, la photographe et scénographe Zlatuše Josefa Müller et son mari l’architecte et designer Rostislav Maria Müller se sont posé la question de savoir pourquoi il n’y avait plus de bals masqués et de carnaval à Prague. Ils ont alors commencé à caresser l’idée de faire revenir cette belle et noble tradition. Ils se sont lancés dans des recherches sur l’histoire de ces festivités et ont organisé de grandes soirées masquées. Rostislav Maria Müller : « Depuis longtemps nous avions en tête l’idée de renouveler la tradition du carnaval de Prague, dont l’existence remonte plus ou moins au XIIIe siècle. Les bals et les festivités du Mardi-gras faisaient partie de la vie culturelle en Bohême et sont arrivés avec d’autres aspects de la culture. Le mot Carnaval vient de l’italien ‘Carnevalo’ ou plutôt encore du latin et signifie littéralement ‘enlever, laisser la viande’. Le Mardi-gras était célébré par toutes les couches de la société. Le peuple le fêtait dans la rue et l’aristocratie organisait des bals et d’autres divertissements qui étaient le point culminant de la saison du carnaval. Dans le cadre de nos recherches (iconographie) nous avons obtenu des informations concernant les différentes périodes, dont l’une d’elle est le XVIIIe siècle, où les bals étaient organisés au Palais Wussin. Le premier bal a eu l’honneur d’accueillir W. A. Mozart, qui, avec Giacomo Casanova, est devenu un habitué de ces bals. Nous nous sommes donc concentrés sur l’origine, la réalisation et l’aspect des masques. Nos recherches concernaient évidemment aussi les costumes et accessoires qui font partie intégrante d’une soirée dans un style baroque et rocaille. »

Les masques et les costumes produits par l’Atelier Fanzis Wussin, dégageant des temps depuis longtemps révolus, ont pu être admirés à l’occasion du prestigieux Crystal Ball, qui a eu lieu le 13 février dernier au somptueux Palais Clam-Gallas dans le centre de Prague dans le cadre du Bohemian Carnaval, organisé par les époux Müller. Et c’est Rostislav Müller qui nous confie le secret de la confection des masques et costumes éblouissants entièrement faits main avec des bijoux en cristal de Jablonec. Rostislav Maria Müller :

Photo: Atelier Franzis WussinPhoto: Atelier Franzis Wussin « Nous essayons de respecter l’ancienne procédure de réalisation des masques. Au fil des siècles les masques ont été produits de différentes façons. Au XVIIIe siècle on utilisait la méthode papier mâché, en italien la ‘carta pesta’. Les masques de notre atelier sont confectionnés à la méthode papier mâché, donc avec des coupures de papier qui sont pressées dans des moules en plâtre et tendus de brocart ou d’autres tissus nobles. A la fin les masques sont décorés avec des cristaux de Bohême, d’or et d’argent, c’est la touche finale. Il est indispensable que les masques soient assortis avec les costumes. Le tissu du costume est identique à celui des chaussures et du masque. On respecte donc toutes les disciplines artisanales utilisées autrefois. Actuellement on prépare déjà les masques pour la prochaine saison. Il s’agit d’une collection de douze modèles qui seront présentés à l’ouverture du carnaval de Prague. C’est le même cycle que pour les défilés de mode actuelle, mais c’est la mode du XVIIIe siècle. »

En 2009, l’atelier Franzis Wussin a ouvert un atelier de couture, et on peut retrouver les masques de carnaval à la Ruelle d’Or, où il est possible de les acheter ou simplement de les admirer. En mai, l’atelier ouvrira un centre d’information au Palais Colorado-Mansfeld, également renommé dans le temps pour ses bals masqués.

 

Et à la fin une petite idée de plat que l’on mangeait aux XVIe et au XVIIe siècles en Bohême. A l’occasion des fêtes on servait surtout du canard, des coqs de bruyère, des paons et des écureuils (considérés comme un vrai délice) à profusion et du bœuf rôti à la broche, que l’on laissait ensuite mijoter dans du roux aux prunes et au vin rouge. Les boulettes de viande de veau étaient également un plat très apprécié. En voici la recette baroque :

Veau, œufs, vin blanc persil frais haché, safran, poivre (la quantité dépend de vos goûts).

• Hacher la viande de veau.
• Ajouter le vin, les œufs, le persil haché et le safran.
• Bien mélanger, former les boulettes et les cuire dans l’eau.

21-03-2010