Découverte des serres tropicales de Liberec

24-02-2011

Nous voilà dans le Jardin des plantes de Liberec, une des principales villes de République tchèque, au patrimoine historique et industriel, ville à la population majoritairement allemande jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Elle est située en Bohême du Nord, au pied des monts de Jizerské hory. Ce Jardin des plantes est le plus ancien dans le pays, mais surtout, il est réputé pour son complexe de neuf serres modernes, ouvertes au public en 2000.

Photo: Archives de ČRo7Photo: Archives de ČRo7 Etalées sur une superficie de 3000 m², les serres abritent plus de 6000 espèces de plantes tropicales (au total, le Jardin totalise 8500 espèces végétales) étagées sur deux niveaux, ainsi qu’une exposition des fossiles, des aquariums et des volières avec des oiseaux exotiques. Les expositions invitent à des voyages différents qui nous font découvrir la flore des forêts tropicales humides, de la jungle asiatique et de l’Afrique équatoriale. Un des pavillons présente la forêt de l’ère primaire, d’autres sont dédiés aux cactus, aux plantes carnivores, à la végétation des milieux arides, ou encore aux orchidées.

Le directeur du Jardin des plantes, Miloslav Studnička, nous accueille dans la serre d’Australie : terre rouge, formations rocheuses de granit, arbustes, dont certains partiellement brûlés, oiseaux… L’ambiance du bush australien est instaurée. Miloslav Studnička :

Miloslav Studnička, photo: Archives de ČRo7Miloslav Studnička, photo: Archives de ČRo7 « Ça, c’est une curiosité : la plus grande plante de la famille des orties au monde, la Dendrocnide moroides. C’est une plante dangereuse, voilà pourquoi elle est placée loin du parcours de visite. Sa piqûre doit être soignée à l’hôpital. »

« Nous voici au pavillon ‘Neotropis’, au cœur d’une forêt tropicale humide de l’Amérique. En été, cette bassine est entièrement occupée par le nénufar géant, la Victoria Amazonica. C’est un peu surprenant, vu ses dimensions, mais il s’agit d’une plante annuelle, maintenant, en février, nous allons bientôt la semer. Presque chaque plante ici a son histoire : par exemple ce Yam mexicain, que j’ai d’ailleurs vu en pleine nature, au sud du Mexique, est à l’origine de la contraception. Dans cette plante, on a découvert pour la première fois que l’on pouvait tirer des hormones d’une substance végétale. Et grâce à cet arbre-là, la Manilkara Zapota, on connait le chewing-gum. Pour le fabriquer, on utilise toujours le latex sécrété par cet arbre. »

Microcycac calocoma, photo: Jardin des plantes de LiberecMicrocycac calocoma, photo: Jardin des plantes de Liberec Pour obtenir de nouvelles acquisitions, le Jardin de Liberec procède régulièrement à un échange de graines entre différents jardins botaniques du monde. A part la Victoria Amazonica, Liberec possède d’autres végétaux rares et précieux, notamment le palmier-liège Microcycac calocoma, une espèce endémique de Cuba, menacé d’extinction. L’exemplaire qui se trouve à Liberec est le seul qui existe en Europe. Ou encore une autre espèce menacée : Manii d’Afrocarpus, un arbre conifère indigène qui ne pousse que sur l’Ile de Sao Tomé, dans le Golf de Guinée. Miloslav Studnička :

Victoria Amazonica, photo: Jardin des plantes de LiberecVictoria Amazonica, photo: Jardin des plantes de Liberec « Nous avons aussi plusieurs plantes précieuses du point de vue historique, par exemple les camélias qui se classent parmi les plus anciens en Europe. Ou bien une espèce mexicaine, Erythrina, qui doit avoir au moins 200 ans. On ne sait pas comment elle s’est retrouvée ici, je pense que c’est une confiscation d’après guerre. Elle est superbe, chaque année, elle émerveille les visiteurs par sa longue floraison rouge-vif. Il ne faut pas oublier que nos collections abritent le bonsaï le plus vieux en Europe qui doit avoir, elle aussi, plus de 200 ans. Nous l’exposons une fois par an. »

L’histoire du Jardin des plantes de Liberec commence en 1893, lorsqu’une association locale, des « amis de la nature », qui avait à l’époque un nom allemand, achète le terrain de l’actuel Jardin.

Photo: Jardin des plantes de LiberecPhoto: Jardin des plantes de Liberec « Le Jardin a ouvert deux ans plus tard. Ce n’était pas un jardin botanique tel qu’on le connait aujourd’hui. Il n’y avait pas de serres, uniquement des plantes ligneuses. C’était en fait un lieu de production horticole pour Liberec. A l’époque, ces jardins étaient populaires, ils faisaient partie de la vie culturelle de la ville. La première serre a été construite dans l’entre-deux-guerres. Elle abritait surtout des palmiers et des plantes que l’on cultivait dans les orangeries de châteaux et dans les jardins d’hiver. Cette histoire, nous l’évoquons dans notre pavillon I, où nous montrons les plantes oubliées, les camélias les plus anciens en Europe. Ce pavillon est une réminiscence de cette première serre de notre jardin. »

Après la Deuxième Guerre mondiale, le J des Plantes de Liberec est dévasté. Entre 1956 et 1980, au total 11 serres d’exposition et 7 serres de cultivation sont édifiées, non pas par des spécialistes, mais par des volontaires qui manquaient de matériel de qualité. Depuis les années 1950, le Jardin occupe une surface de 2 hectares. Miloslav Studnička :

Photo: Archives de ČRo7Photo: Archives de ČRo7 « Au fil des années, les collections du jardin se sont agrandies, mais là encore, c’était une tâche très difficile. Aujourd’hui, le monde nous est grand ouvert, mais à l’époque, quand les botanistes ne pouvaient voyager qu’en RDA, c’était un autre style de travail. Nos voisins en Allemagne de l’est travaillaient dans de meilleures conditions, car ce pays avait une longue tradition de jardins botaniques. Le premier directeur de notre Jardin des plantes après la guerre, Pavel Smrž, était en fait un excellent manager et diplomate, il a eu de bonnes relations avec les botanistes allemands. Grâce à lui, le jardin a acquis de nombreuses plantes et a pu fonder des collections de qualité. »

En 1970, le directeur Pavel Smrž est révoqué pour des raisons politiques. Jusqu’à la révolution de velours, la gestion du jardin est entièrement contrôlée par les autorités communistes et sa réputation de centre de recherche et de diffusion de connaissances se dégrade. Au début des années 1990, le Jardin des plantes reprend vie, avec notamment l’aménagement du jardin alpin et du parc. Parallèlement, on démonte les anciennes serres délabrées et on construit un complexe moderne, composé de neuf bâtiments de verre et de fer juxtaposés, à la hauteur différente, bâtiments qui rappellent une structure cellulaire et cristalline. Un concept inventé par l’architecte Pavel Vaněček et le directeur Miloslav Studnička.

Photo: Archives de ČRo7Photo: Archives de ČRo7 « Cette structure serrée est assez particulière. Aujourd’hui encore, c’est quelque chose d’atypique. On a construit des serres de ce type à Francfort, mais là-bas, les bâtiments forment plutôt une étoile, ce qui n’est pas trop avantageux. Quand les constructions sont serrées l’une contre l’autre, cela assure une isolation thermique et donc des économies d’énergie. Nos serres demeures très modernes – à titre d’exemple, nous avons accueilli récemment les botanistes du jardin botanique de Leiden, spécialisé dans la flore de l’Asie tropicale et très réputé à l’échelle européenne. Ils veulent moderniser leurs serres et sont venus voir comment cela fonctionnait chez nous. »

Le Jardin a encore une vocation particulière : depuis 2003, il récupère des plantes illégalement importées dans le pays et confisqués à la douane. Quel est actuellement le nombre de ces importations illégales vers la République tchèque ? Miloslav Studnička :

Photo: Archives de ČRo7Photo: Archives de ČRo7 « Il s’agit de cas sporadiques, les gens ont compris que le risque était trop grand. Seuls les amateurs de cactus continuent à dévaster la nature. Mais les plantes qui leur sont confisquées n’ont plus la même valeur, du fait qu’elles ne pourront plus être replantées dans la nature. Quand elles arrivent chez nous, nous les soignons, ce qui est assez coûteux, et essayons de les habituer à un autre milieu. C’est difficile : les plantes qui quittent leur microclimat supportent mal le trajet et les conditions artificielles qu’on leur impose. Parfois, elles mettent deux ans pour s’acclimatiser. Photo: Jardin des plantes de LiberecPhoto: Jardin des plantes de Liberec Après une procédure judiciaire, une nouvelle question s’impose : que faire avec ? Les jardins botaniques ont peu de place et ne sont pas forcément intéressés par une caisse de cactus de Bolivie... Nous cherchons quand même à les placer quelque part, il arrive aussi que ces plantes restent chez nous et enrichissent nos collections. Personnellement, je pense qu’il serait bien de les faire revenir, grâce aux scientifiques, dans leur milieu naturel aux frais des importateurs. Cela leur reviendrait beaucoup plus cher que les amendes qu’on leur fait payer. »

Le Jardin des plantes de Liberec se trouve à proximité du centre-ville, à quelques pas du Zoo de Liberec. Il est ouvert tous les jours de 8h00 à 16h00 en hiver et de 8h00 à 18h00 en été. Plus de détails sur son site Internet en versions tchèque et anglaise www.botaniliberec.cz

24-02-2011