Pour les Tchèques, les Danois boivent comme des Polonais

Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague – Ahoj vám všem, milovníkům češtiny Radia Praha ! « Saoulez-vous ! Mais saoulez-vous comme les Polonais ! », aurait lancé Napoléon à ses troupes un matin d’énième bataille. Depuis, un grand nombre de Français pensent, à tort, que « être soûl comme un Polonais » ou « boire comme un Polonais » signifie être complètement ivre ou « rond comme une queue de pelle », comme le veut une autre expression consacrée. Or, il s’agit là d’un sens détourné et d’une interprétation non seulement péjorative mais aussi fausse, « boire comme un Polonais » étant plutôt une qualité puisqu’il s’agit de savoir boire sans s’enivrer. Mais ce qui nous intéresse, nous tchécophiles, c’est l’idée que les Tchèques ont, eux, non pas de leurs voisins polonais, mais des Hollandais et plus encore des Danois. Une expression très populaire veut en effet que quelqu’un qui est fin rond soit « soûl comme un Danois » - « opilý jako Dán ». Pourquoi ? C’est ce que nous allons chercher à découvrir…

Il y a quelques semaines de cela, nous avions expliqué l’étymologie du verbe « flámovat », c’est-à-dire boire avec exagération et faire la bringue toute la nuit comme les Flamands – Vlámové, ou plus précisément comme les mercenaires flamands qui servaient autrefois, pendant la Guerre de Trente ans, dans les rangs des armées impériales. Ainsi donc de la réputation de nos amis belges et de leurs ancêtres en République tchèque.

Mais les Flamands ne sont pas les seuls à posséder cette réputation de bons vivants et de boit-sans-soif. Il en va de même des Hollandais et plus encore aujourd’hui des Danois – Dánové. Là aussi, la question se pose de savoir pourquoi justement les Danois… Pourquoi donc les Tchèques disent-ils de quelqu’un d’ivre qu’il est « torché, beurré ou plein comme un Danois » - « vožralej, napařenej, zlitej jako Dán », et de quelqu’un qui abuse un peu trop de la dive bouteille ou de la boisson qu’il « boit comme un Danois » - « pije jako Dán » ?

En fait… il n’existe à cela aucune explication satisfaisante au lien qui existe dans cette expression tchèque très usitée entre l’alcool et les Danois. La seule chose que l’on apprend dans les dictionnaires et encyclopédies est que cette expression serait apparue après la Deuxième Guerre mondiale, probablement parce que le Danemark se trouve grosso modo dans la même région, dans la même zone géographique en Europe que la Flandre et les Pays-Bas. Mais personne n’en sait vraiment plus même parmi les linguistes tchèques… Une constatation décevante, frustrante, certes, mais bien réelle.

Photo: Šechtl & VosečekPhoto: Šechtl & Voseček Cette réputation de grands buveurs vaut également pour les Hollandais, même si l’expression « pít jako holendr » - « boire comme un Hollandais », est, elle, nettement moins répandue. Une précision tout d’abord cependant : en Tchèque, « Hollandais » se dit « Holanďan » et non pas « holendr ». Ce mot « holendr » provient en fait de l’allemand, qui désigne ainsi l’habitant de la Hollande. Alors pourquoi un Tchèque peut-il boire beaucoup comme un Hollandais ? Il semble que cette expression soit apparue au XIXe siècle. Selon la théorie la plus souvent citée, à l’époque les Hollandais venaient en nombre en Bohême pour couper et acheter du bois de hêtre dont ils se servaient ensuite pour fabriquer leurs bateaux chez eux. Mais une fois leur journée de travail terminée, ces mêmes Hollandais passaient leur temps à boire, d’où l’apparition de l’expression « pít jako holendr ». Et si le mot « holendr » est utilisé plutôt que celui de « Holanďan », précisions encore que c’est parce que, au XIXe siècle en pays tchèques, qui appartenaient à l’Empire austro-hongrois, l’allemand était la langue officielle.

Ainsi donc de nos ivrognes tchèques qui, au choix, selon leur humeur du jour, peuvent boire comme des Flamands, comme leurs cousins hollandais ou encore comme des Danois. Comme si boire comme un Tchèque ne suffisait pas, les Tchèques n’étant pas non plus les derniers à ne pas cracher sur la bouteille… C’est sur cette constatation que s’achève ce « Tchèque du bout de la langue ». En attendant d’en faire d’autres dans un prochain numéro, portez-vous du mieux possible – mějte se co nejlíp !, portez le soleil en vous – slunce v duši, salut et à bientôt – zatím ahoj !