Mode, parfums, odeurs

16-05-2009

Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague – Ahoj vám všem, milovníkům češtiny Radia Praha ! Cette semaine, penchons-nous un peu du côté de l’Institut français de Prague, en pleine préparation d’une semaine particulière : « Voňavý týden aneb Týden módy a parfémů » – littéralement « La semaine sentante ou a semaine de la mode et des parfums ». L’occasion donc pour nous d’aromatiser cette émission.

Voňavý týden – « la semaine sentante », a-t-on dit en introduction, mais il est intéressant de préciser que, contrairement à sa traduction française littérale, on entend dans voňavý týden qu’elle sent bon, cette semaine. D’ailleurs, l’Institut français a traduit par « semaine parfumée ». Il faut savoir qu’en tchèque, l’odeur neutre n’existe pas, et pour communiquer sur les odeurs, il faut s’habituer à leur porter un jugement avant de les évoquer. Il faut donc connaître et faire la différence entre plusieurs verbes pour les décrire : « vonět » pour sentir bon, « páchnout » ou « smrdět » pour sentir mauvais. Gare aux confusions !

Cette précision peut aussi être source de simplification : ainsi, pour constater un environnement olfactif agréable, il vous suffira de dire « tady to voní ! », et ça voudra dire « ça sent bon ici ! ». Et tout ajout d’adjectif ne fera qu’amplifier le caractère agréable de l’odeur – « to hezký voní », « ça sent bon » aussi, mais alors vraiment bon ! Et l’odeur, tout comme le verbe sentir, est également connotée : « vůně », c’est la bonne odeur, et « zápach » la mauvaise. Une fois cela précisé, la question est de savoir comment les Tchèques se débrouillent pour décrire une odeur neutre, une odeur particulière mais qui n’est ni spécialement bonne ni spécialement mauvaise. Si vous n’êtes pas d’accord avec l’idée que toute odeur vous est soit agréable, soit désagréable, alors vous pouvez vous en sortir avec le verbe « cítit », qui signifie « sentir » également, mais du point de vue de la senteur et non du senti. « Cítím to » – soit « je le sens », et puis libre à vous ensuite d’ajouter un adverbe ou une petite acrobatie grammaticale qui devrait vous permettre de vous en sortir.

Vous êtes sûrement curieux de savoir quel genre d’expressions les Tchèques ont créées autour des odeurs. Vous vous rappelez peut-être de l’expression « táhne se to jako smrad » - « ça dure comme une mauvaise odeur », que nous avions évoquée dans une émission précédente et dans laquelle il est sous-entendu que la mauvaise odeur s’éternise. Une mauvaise odeur est également synonyme de comportement ou d’événement fâcheux – « mě to nevoní » – littéralement « ça ne sent pas bon pour moi », peut se traduire par l’expression française « je ne peux pas le sentir ».

Photo: Commission européennePhoto: Commission européenne Au sujet des pieds, il existe une expression qui nous apprend qu’ils sentent mauvais quand ils font mal « smrdí to jako bolavá noha », soit « ça pue comme un pied douloureux ». Il y a autre chose qui sent généralement mauvais, c’est un poisson vieux de trois jours : il s’agit là d’une charmante manière de signaler à des invités trop encombrants que leur présence de trois jours commence à faire long. Glissez-leur alors dans ces cas-là « ryba třetí den smrdí », soit « le poisson pue le troisième jour », et l’effet est garanti.

Et puis, une fois n’est pas coutume, un peu de tchèque facile! Dans une émission précédente, nous avions évoqué ces mots de la langue tchèque qui expriment l’élégance et viennent du français. La semaine en préparation est une parfaite occasion de rappeler les mots faciles « móda » et « parfum ». Le panorama serait cependant incomplet si on n’y ajoutait pas le mot « odér ». Vous avez certainement reconnu le mot « odeur », mais, attention, « odér », en tchèque, n’est pas le mot miraculeux dont vous avez besoin pour exprimer une odeur neutre, non, puisque, en tchèque, « odér », ça pue forcément ! Ce n’est pas très utilisé, mais si vous lâchez cependant un « to je teda odér », tout le monde comprendra que vous venez d’entrer dans une zone malodorante !

Et c’est sur cette odeur trompeuse que se referme ce « Tchèque du bout de la langue » consacré aux senteurs, clin d’œil à la semaine de la mode et des parfums qui nous attend à l’Institut français de Prague. En attendant de vous retrouver dès la semaine prochaine, portez-vous du mieux possible – mějte se co nejlíp !, portez le soleil en vous – slunce v duši, salut et à bientôt – zatím ahoj !

16-05-2009