L'étymologie des appelations tchèques des mois de l'année (2e partie)

08-01-2005

Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague - Ahoj vám všem, milovníkům češtiny Radia Praha ! Ce deuxième épisode de l'année du « Tchèque du bout de la langue » sera consacré à la suite et à la fin de notre étude de l'étymologie des appelations tchèques des douze mois que comporte le calendrier. Lors de notre dernière émission, nous nous étions intéressés aux six premiers d'entre eux : janvier - leden, février - únor, mars - březen, avril - duben, mai - květen, avant de nous arrêter à juin - červen. Cette fois-ci nous allons donc nous pencher sur les six derniers, à savoir: juillet - červenec, août - srpen, septembre - září, octobre - říjen, novembre - listopad, et décembre - prosinec.

Lors de notre dernière émission, nous nous étions arrêtés au mois de juin - červen, dont nous avions découvert qu'il existe plusiers théories sur l'origine du nom. L'origine de juillet - červenec, est quant à elle très proche de celle de juin - červen. En fait, en vieux tchèque, červen désignait le septième mois de l'année, le sixième mois étant lui désigné comme petit juin - malý červen. Ce n'est que plus tard qu'on rajouta à červen le suffixe "- ec" pour que červen se transforme en červenec. Depuis červenec désigne le mois de juillet et červen le mois de juin.

Poursuivons avec le mois d'août - srpen. Comme on pourrait le croire, l'appellation devrait logiquement être à rapprocher du mot « srp » qui signifie « faucille » en français, et donc de la moisson - žně. Seulement voilà, dans les Pays tchèques, à cette période de l'année, la moisson s'effectue essentiellement en montagne. Dès lors, l'idée a été formulée que le mot srpen - août, serait plutôt à rapprocher du mot lituanien « sirpsti », qui en tchèque signifie « zráti », et en français « mûrir ».

Septembre - září, est le neuvième mois de l'année. Une évidence aujourd'hui, pourtant, selon le calendrier des premiers Romains, qui ne comportait alors que dix mois et commençait en mars, septembre représentait le septième mois et c'est pourquoi il fut alors tout simplement appeler « september », appellation adoptée par la majorité des langues européennes, parmi lesquelles des langues slaves comme le slovaque. Notons d'ailleurs à ce propos que la langue slovaque, malgré sa très forte similitude avec le tchèque, utilise les appellations d'origine romaine pour désigner les mois. La langue tchèque fait exception à cette règle et utilise donc l'appellation září pour désigner septembre. Dans leur conscience collective, les Tchèques relient le nom září au verbe zářit qui, en français, signifie « briller », « rayonner ». C'est ce qu'on pourrait appeler une étymologie populaire, procédé par lequel un mot est rattaché spontanément, mais à tort, à un autre mot. Car dans le cas présent, la réalité est autre, le sens authentique de září provient de l'expression zaříjen ou encore malý říjen. Or, le mot říjen désigne le mois d'octobre. Malý říjen signifie donc « octobre précoce ». Finalement, on s'aperçoit que les choses ne sont pas aussi compliquées qu'elles peuvent en avoir l'air puisqu'à l'automne, donc en octobre - říjen, les cerfs brament et entrent en rut. Or, « bramer » et « entrer en rut » sont deux expressions qui en tchèque se disent říjet. Mais comme les cerfs commencent à entrer en rut à la fin du mois de septembre, ce dernier donne září qui, comme nous venons de l'expliquer, est une contraction de l'expression zaříjen, soit, traduit très littéralement, « octobre précoce ».

Puisque « l'étymologie ne se devine pas, et qu'elle est l'aboutissement de recherches minutieuses », comme aiment à l'affirmer les étymologistes, on peut effectivement constater que ce sont des explications plutôt compliquées qui nous ont amenés aux origines des mois de septembre- září, et octobre - říjen. A l'opposé, novembre - listopad, est sans aucun doute l'une des appellations tchèques des mois les plus simples et pourtant assurément pas la moins imagée. Le mot listopad se divise, en effet, en deux parties bien distinctes. La première, « list », signifie « feuille » en français, tandis que la seconde, « pád », veut dire « chute ». Bref, novembre - listopad, est la période de la chute des feuilles des arbres.

Passons enfin au douzième et dernier mois de l'année, le mois de décembre - prosinec, dont les origines sont peut-être parmi les plus incertaines, voire obscures. La théorie la plus probable relie l'appellation prosinec au mot « prosvítat » qui en français signifie « éclairer », « illuminer ». Et pour cause : dans les Pays tchèques, les journées de décembre sont le plus souvent grises, pâles, voire brumeuses, puisque, jusqu'au solstice d'hiver, le 21 ou 22, décembre - prosinec est la période de l'année pendant laquelle les journées sont les plus courtes et le soleil brille le plus faiblement. C'est pourquoi le mot prosinec tirerait son origine du verbe « svítit », soit « briller » en français. Logiquement, en fait, puisqu'à partir du solstice d'hiver, décembre - prosinec, est donc le mois à partir duquel le soleil « opět prosvítá », c'est à dire « éclaire, illumine de nouveau ». Mais ce rapport ne serait pas seulement météorologique, mais aussi religieux, puisque pour les Tchèques, les fêtes de Noël sont les fêtes de la lumière. Mais notre remontée jusqu'à la source ne peut s'arrêter là, car il convient de noter qu'en vieux tchèque, jusqu'à la moitié du XIVe siècle, l'appellation du mois de décembre était listopad, soit aujourd'hui novembre. Or, il est bien diffcile de parler de jours plus éclairés que nous venons d'évoquer à cette période de l'année. C'est pourquoi une autre étymologie n'est pas à écarter. Celle-ci veut que prosinec - décembre, soit à mettre en rapport avec le verbe prosit, qui en français signifie « prier », « demander ». Cette théorie est également très logique, puisque novembre et décembre sont les mois de l'Avent, période pendant laquelle on exprime des prières, des demandes pour l'arrivée du Messie. Enfin, dernière origine possible : l'appellation prosinec - décembre pourrait provenir de prasinec. Prasinec a été l'appellation de décembre en Bohême, Moravie et en Slovaquie à partir du XVe siècle, et se rapproche du mot prase - cochon. Là-aussi très logiquement, puisque décembre est, encore aujourd'hui, le mois où l'on tue les cochons.

C'est ainsi que nous mettons un point final à ces deux émissions de début d'année du « Tchèque du bout de la langue » consacrées aux origines, à l'étymologie des mois tchèques et de leurs appellations. En attendant de vous retrouver la semaine prochaine, portez-vous du mieux possible - mějte se co nejlíp ! Portez le soleil en vous - mějte slunce v duši !, salut et à bientôt - zatím ahoj !

08-01-2005