Les « -ová » des noms de famille au féminin (dernière partie)

Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague – Ahoj vám všem, milovníkům češtiny Radia Praha ! Nous allons aborder pour cette fois la quatrième et dernière partie de notre petite série consacrée à la « éminisation » des noms de famille, une particularité de la langue tchèque, comme nous l’avions découvert dans les précédentes émissions. Rappelons que l’usage veut que soit ajouté le suffixe « -ová » ou la terminaison « -á » aux noms de famille portés par les femmes, et ce que ces noms soient tchèques ou étrangers. Pour cette dernière fois, nous allons constater que les choses ne sont vraiment pas si simples…

Lors de notre dernière émission sur le sujet, nous avions présenté les différents cas de figure mentionnés par la législation tchèque qui permettent à une femme vivant en République tchèque de ne pas « féminiser » son nom de famille, c’est-à-dire de ne pas y ajouter automatiquement le suffixe « -ová ». En voici donc le rappel : par exemple, si une femme tchèque se marie avec le Français M. Dupont, elle peut faire la demande pour que, elle aussi, puisse s’appeler Mme Dupont et non pas Mme Dupontová après le mariage. Il peut également s’agir d’une étrangère, par exemple une Française, Melle Dupont, qui se marie en République tchèque avec un Tchèque ou un étranger et qui ne souhaite pas devenir Mme Dupontová. Troisième cas de figure : une femme de nationalité tchèque peut entreprendre les démarches pour la suppression du suffixe « -ová » si elle possède un permis de séjour permanent dans un pays étranger. Concrètement, si Mme Nováková, épouse du Tchèque M. Novák, possède un permis de séjour en France, elle peut faire la demande pour devenir Mme Novák. Enfin, le dernier cas de figure est celui d’une femme qui possède une nationalité autre que la nationalité tchèque et qui vit en République tchèque. Ainsi, notre Française Mme Dupont restera Mme Dupont même une fois installée en République tchèque.

On le constate : rien n’est simple. Et ça ne l’est ni pour les étrangers ni pour certains Tchèques eux-mêmes, comme le prouve cet exemple récent :

En février dernier, alors que se tenaient les Championnats du monde de ski nordique à Liberec, en Bohême du Nord, une information étonnante a figuré pendant plusieurs jours dans les premières pages des différents quotidiens nationaux. Selon cette information, le directeur des sports de la Télévision publique tchèque avait pris la décision de se séparer de l’une de ses commentatrices parce qu’il lui reprochait de ne pas « féminiser » les noms des concurrentes étrangères pendant les retransmissions des épreuves de ski de fond. L’affaire avait alors relancé le débat sur le bien-fondé de l’ajout du suffixe « -ová » aux noms étrangers. Tandis que le directeur de la Télévision tchèque justifiait sa décision en mentionnant les plaintes d’un certain nombre de téléspectateurs qui trouvaient scandaleux qu’une employée de la télévision publique ne respecte pas les usages de la langue tchèque, la commentatrice, ancienne skieuse professionnelle, se défendait, elle, en affirmant que la consigne lui avait certes été donnée de « féminiser » les noms, mais qu’elle avait pris l’habitude du temps de sa carrière professionnelle d’appeler les concurrentes étrangères, dont certaines sont donc ses anciennes adversaires, de leurs noms originaux.

Finalement, sans que le problème n’ait été résolu mais sous la pression des nombreux messages envoyés à la télévision pour soutenir la commentatrice, celle-ci avait retrouvé son poste. Mais l’affaire a eu le mérite de démontrer l’importance du problème que la « féminisation » des patronymes étrangers peut poser, et ce même aux Tchèques, et de montrer jusqu’à quel point les avis sont partagés.

Reste quand même encore un élément important à préciser et qui pourra nous servir de conclusion : le site Internet de l’Institut de la langue tchèque de l’Académie des sciences, référence en matière de recherche sur la langue tchèque contemporaine et sur son évolution depuis le Moyen-Âge, recommande la « féminisation » des noms de famille. L’institut justifie sa recommandation en expliquant simplement que l’emploi du suffixe « -ová » permet de distinguer clairement si la personne dont il est question est un homme ou une femme.

Mais les chercheurs de l’institut précisent également qu’il ne s’agit bien là que d’une recommandation, d’un conseil, puisque le respect de la grammaire de langue tchèque n’est pas exigée par la loi. Ainsi, de nombreux traducteurs et interprètes ont décidé de ne plus « féminiser » les noms étrangers, en argumentant qu’il ne s’agit que d’une particularité tchèque typique. A vous de juger…

C’est ainsi que se referme ce « Tchèque du bout de la langue » et avec lui notre série consacrée au suffixe « -ová », autrement dit à la féminisation des noms de famille dans la langue tchèque. En attendant de vous retrouver avec un autre thème dès la semaine prochaine, portez-vous du mieux possible – mějte se co nejlíp !, portez le soleil en vous – slunce v duši, salut et à bientôt – zatím ahoj !