Le Tchèque du bout de la langue : « Podzim », un automne tellement tchèque

Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague ! Avec l’arrivée de l’automne – podzim, nous sommes entrés, ne serait-ce que linguistiquement parlant, dans une des plus belles et poétiques périodes de l’année. Vive donc la fin de l’été et l’hiver qui approche… Découvrons pourquoi !

Photo: Štěpánka BudkováPhoto: Štěpánka Budková La sécheresse et la chaleur qui ont marqué le dernier été - et dont nous avons été nombreux à nous plaindre - puis le retour, avec la rentrée scolaire, des précipitations, la baisse progressive malgré tout du mercure et la chute des premières feuilles des arbres, nous l’ont rappelé, une fois encore : à la différence de beaucoup d’autres êtres humains sur la Terre, les Tchèques, et avec eux la majorité des Européens, ont la chance de vivre dans une région du monde soumise à un climat tempéré. Ce ne sont donc pas seulement les saisons des pluies et sèche ou les saisons chaude et froide qui se succèdent comme cela est le cas ailleurs, mais quatre saisons, quatre périodes de l’année, aux caractéristiques bien différentes. Mais nous ne vous apprenons là rien de très nouveau.

Si l’on s’en tient au calendrier, nous avons changé de saison et sommes passés de l’été à l’automne – podzim, au moment de l’équinoxe – dont l’équivalent en tchèque est le très joli mot – également très explicite - de « rovnodennost » composé de l’adjectif « rovný » - « égal », du substantif « den » - « jour », puis du suffixe « -ost » et qui, traduit littéralement, nous donnerait quelque chose comme « jour égal » pour bien signifier que la durée du jour lors de cette journée si particulière est identique à celle de la nuit. Mais penchons-nous plus précisément sur le mot même de « podzim »

Photo: Barbora NěmcováPhoto: Barbora Němcová Un mot tout particulièrement intéressant pour nous tchécophiles, puisqu’on en trouve trace uniquement dans la langue tchèque, et ce à la différence des substantifs désignant les trois autres saisons de l’année – « jaro » pour le printemps, « léto » pour l’été et « zima » pour l’hiver – que l’on qualifiera de « panslaves » - « všeslovanské », dans le sens où ils sont employés dans toutes les langues slaves. En revanche, que ce soit en polonais, en slovaque, en slovène, en serbe, en croate, en ukrainien, en biélorusse ou en russe, c’est le terme « jeseň » (bien entendu sous des formes orthographiques quelque distinctes) qui sert à désigner l’automne.

La question qui se pose dès lors est bien évidemment de savoir pourquoi les Tchèques possèdent ce mot de « podzim » qui n’a absolument rien en commun avec « jeseň ». Sachons donc tout d’abord qu’il ne s’agit pas d’un mot très ancien. La langue tchèque pratiquée au Moyen-Âge ne le connaissait ainsi pas encore. C’est cependant bien lui qui a remplacé le mot « jeseň » employé jusqu’alors. Il semble qu’à l’origine, à compter de la fin du XVe siècle environ, ce terme de « podzim » servait à désigner non pas la saison en tant que telle mais plus précisément les mois d’octobre et de novembre, soit les deux derniers mois qui précédent l’arrivée de l’hiver – « zima ». Ce substantif de « zima » compose la racine de « podzim » qui, lui, est donc un mot composé grâce à l’ajout de la préposition « pod » qui signifie « sous » ou « au-dessous de » et prend la fonction de préfixe dans la composition du mot. Ainsi donc, traduit littéralement, « podzim » veut dire « sous l’hiver », comprenons plutôt « avant l’hiver » et désigne la période qui précède l’arrivée de l’hiver et du froid, dont il convient ici de préciser qu’il se dit également « zima » en tchèque comme logiquement dans les autres langues slaves.

Mais puisque « podzim » à l’origine ne désignait donc que les mois d’octobre et de novembre, quid alors du mois de septembre ? En fait, il existait aussi le terme de « poletí » qui était employé non seulement pour septembre mais aussi pour le mois d’août. Là aussi, il s’agit d’un mot composé avec le préfixe « po » qui signifie « après » et la racine « letí » qui provient du mot « léto » - l’été. Bref, il s’agit là de la période de l’année que l’on qualifiera de « post-estivale » ou tout du moins de la période intermédiaire entre la fin de l’été et le début de l’automne.

Photo: Štěpánka BudkováPhoto: Štěpánka Budková Ce « poletí » est en quelque sorte l’équivalent de ce que les Tchèques appellent aujourd’hui le « babí léto », une expression qui désigne une arrière-saison offrant beau temps et chaleur, une sorte « d’été en automne » dont l’équivalent en français serait – même si les dates ne correspondent pas tout à fait - l’été de la saint Martin. Un « post-été » qui nous rappelle ce beau proverbe tchèque déjà évoqué dans une émission précédente selon lequel « Září, na léto jde stáří », ce qui, traduit librement, donne à peu près « Septembre, l'été prend de l'âge ». Autrement dit, l’été vieillit, entre dans le troisième âge, il est sur le départ, vit ses derniers jours, et l’automne, ou si vous préférez le « sous-hiver », la période pré-hivernale – « podzim » en un mot - approche à grands pas…

C’est ainsi que s’achève ce « Tchèque du bout de la langue » de saison. Nous serons définitivement plongés dans le « podzim » lorsque nous nous retrouverons la prochaine fois. D’ici-là, portez-vous du mieux possible – mějte se co nejlíp !, portez le soleil du « babí léto » en vous – slunce v duši, salut et à bientôt – zatím ahoj !