« Du beurre sur la tête », « du miel autour de la bouche »

19-02-2011

Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague – Ahoj vám všem, milovíkům češtiny Radia Praha ! « Avoir du beurre sur la tête » - « mít máslo na hlavě », « étaler du miel autour de la bouche » - « mazat med kolem úst », « sauter sur le bout de gras » - « skočit na špek », ou encore « remballer ses quelques prunes » - « sbalit si svých pár švestek » : autant d’expressions imagées de la langue tchèque relatives à la nourriture que l’on retrouve dans la chanson intitulée « Poslední večeře » - « Le dernier dîner », du groupe Xindl X. Pour cette fois, nous vous proposons d’étudier quelques-unes de ces expressions…

Dans le premier couplet de la chanson, il est d’abord question « d’avoir du sel dans les yeux » - « v očích mám sůl », et « du beurre sur la tête » - « na hlavě máslo », « d’étaler, de mettre du miel autour de la bouche » - « mažu vám med okolo úst », mais aussi littéralement de « ne pas chialer pour du lait renversé » - « nad rozlitým mlíkem nebulím ».

Intéressons-nous donc pour commencer à la première de ces expressions : « mít sůl v očích ». On peut l’imaginer ou certains en ont peut-être déjà fait l’expérience, avoir du sel dans les yeux n’a rien d’agréable. Cela pique même, bref c’est très dérangeant. Mais en réalité, les Tchèques ne disent pas « avoir du sel dans les yeux ». La véritable expression est plutôt « být solí v očích », soit traduit littéralement « être du sel dans les yeux », dans les yeux de quelqu’un. Cependant, le sens reste très proche, à savoir que « être le sel dans les yeux de quelqu’un » signifie que l’on dérange, que l’on gêne, que la personne en question ne nous apprécie pas ou plus, que notre présence ne lui est pas agréable, comme peut être désagréable, incommodante, déplaisante la présence accidentelle de sel dans les yeux.

La deuxième expression que l’on retrouve dans la chanson, « mít na hlavě máslo », est, elle, plus courante. Il semble qu’il s’agisse là d’une locution qui existe également en français et dans d’autres langues. Selon certaines sources, « avoir du beurre sur la tête » proviendrait même du français. Il semble que dans certaines villes en France au XVe siècle, l’usage voulait que les marchandes de beurre qui cherchaient à voler leurs clients sur les marchés étaient placées sur le pilori. On leur plaçait alors une motte de beurre sur la tête et elles devaient la conserver jusqu’à ce que le beurre fonde au soleil. Il s’agissait ainsi d’une façon de ridiculiser en public une personne malhonnête, un truand. Aujourd’hui, cette expression n’est bien entendu plus utilisée pour les marchands de beurre. Mais le sens initial a été conservé. Quelqu’un qui « a du beurre sur la tête » est quelqu’un qui est compromis dans une affaire douteuse, qui devrait ne pas avoir la conscience tranquille pour ce qu’il a fait ou commis. De certains hommes politiques, par exemple, les Tchèques disent souvent qu’ils ont « du beurre sur la tête ».

Les Tchèques peuvent donc « avoir du beurre sur la tête » mais aussi « étaler du miel autour de la bouche » - « mazat med kolem úst ». Notons tout d’abord une différence : mieux vaut avoir du miel autour de la bouche que du beurre sur la tête. A n’en pas douter, la sensation est beaucoup plus agréable. Il s’agit là d’une évidence, nous direz-vous, mais il n’empêche que cela nous aide déjà à supposer qu’il s’agit là d’une métaphore qui possède sans doute une connotation plus positive.

En fait, il s’agit de s’efforcer de plaire à quelqu’un, d’obtenir ses faveurs, en le gratifiant par exemple de quelques compliments : en quelque sorte flatter, amadouer, embobiner quelqu’un pour obtenir ce que l’on désire. Et pour cela, rien de mieux donc que des mots sucrés, doucereux, voire même mielleux, et par conséquent parfois exagérés et hypocrites.

Enfin, dernière expression du premier couplet de la chanson à nous intéresser pour cette fois : « nad rozlitým mlíkem nebulím » - « ne pas chialer pour du lait renversé ». La véritable locution est « nemá cenu plakat na rozlitým mlékem », soit « cela ne sert à rien de pleurer pour du lait renversé ». Là encore, la métaphore est aussi claire que belle. Certes, il est bien dommage de renverser du lait, mais maintenant qu’il est renversé et qu’il est trop tard, cela ne sert plus à rien de pleurer ou de se plaindre. Vous l’aurez compris, les Tchèques utilisent donc cette expression lorsque le mal a déjà été fait. Mais voilà, ce qui est fait est fait : le verre ou la bouteille de lait a été renversée, pleurer ne changera rien à ce fait. Et bien entendu, puisqu’il s’agit d’une métaphore, elle peut être employée dans d’autres situations semblables ou comparables.

Pas la peine de pleurer, donc, même si « Le tchèque du bout de la langue » arrive déjà à son terme. Nous nous remettrons à l’étude et au décorticage de cette chanson « « Poslední večeře » - « Le dernier dîner », du groupe Xindl X, dans notre prochaine émission. En attendant, portez-vous du mieux possible - mějte se co nejlíp!, portez le soleil en vous - slunce v duši, salut et à bientôt - zatím ahoj !

19-02-2011