« Sucho », mot de l’année 2018 en République tchèque

Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague ! Chaque fin d’année, il est de tradition dans de nombreux pays de désigner un mot à la mode qui caractérise un événement ou une discussion typique de l’année qui s’achève. En République tchèque, une enquête de ce type est organisée par le quotidien Lidové noviny. Et comme les années précédentes, sa rédaction et ses lecteurs ont choisi leurs « mots préférés » pour 2018 aussi…

« Sucho sem, sucho tam », pourrait-on dire - soit « sécheresse par-ci, sécheresse par-là » - tant le mot a été prononcé et entendu ces derniers mois dans les médias tchèques. Les chiffres communiqués cette semaine par l’Institut hydrométéorologique l’ont confirmé : 2018 a été l’année la plus chaude en République tchèque depuis 1961. La température moyenne s’y est élevée à 9,6 °C, se situant ainsi 1,7 °C au-dessus de la moyenne enregistrée sur le long terme. Un tel écart positionne donc 2018 au premier rang des années les plus chaudes devant 2014 et 2015, qui détenaient le précédent record avec 9,4 °C. Et tandis que déjà se pose la question de savoir si 2019 ne sera pas encore plus chaude, mis à part peut-être les vendeurs de glace, les brasseries ou encore les propriétaires de piscines, tout le monde, des agriculteurs aux exploitants de stations de sports d’hiver, a pris l’habitude de se plaindre des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes, d’étés devenus insupportables, de la douceur des hivers ou encore de la disparation progressive du printemps et de l’automne. La République tchèque ne constitue bien entendu pas une exception à l’échelle européenne : 2018 a été l’année la plus chaude en France aussi (température moyenne de 14 °C) comme en Allemagne et en Autriche, pays voisins de la République tchèque, et sans aucun doute aux quatre coins du continent. Les Tchèques sont ainsi désormais plus sensibles aux enjeux environnementaux et aux conséquences perceptibles du changement climatique. Pour eux, il s’agit même de craintes concrètes qu’ils expriment de plus en plus souvent (cf. : https://www.radio.cz/fr/rubrique/faits/de-quoi-ont-peur-les-tcheques).

C’est donc assez logiquement que « sucho » a été élu « Mot de l’année 2018 » à l’issue de la traditionnelle enquête organisée par le quotidien Lidové noviny. Au-dessus d’une photo montrant un brin d’herbe poussant dans une terre sèche et craquelée, ce petit mot figurait même en une de l’édition de samedi dernier du journal. « Sucho » désigne donc la sécheresse, l’aridité, mais le substantif peut nous intéresser aussi parce qu’il figure, comme en français, dans l’expression « být na suchu », à savoir « être à sec », ne plus avoir d’argent, être fauché. Attention toutefois ici à ne pas confondre avec « být v suchu », qui signifie également « être à sec » mais cette fois dans le sens d’être à l’abri des intempéries, à couvert de la pluie. Veillons néanmoins à ne pas rester trop longtemps à sec – « zůstat na suchu », car cela veut alors dire que l’on n'a rien à boire…

 « Sorry jako »

Photo: Michaela Danelová, ČRoPhoto: Michaela Danelová, ČRo Au palmarès de l’enquête de Lidové noviny, « sucho » a donc succédé à « antibabiš », un mot composé qui ne figure dans aucun dictionnaire, possède une connotation exclusivement négative et faisait référence à l’opposition manifestée par la majorité des partis politiques du pays et une partie des électeurs à l’égard du Premier ministre Andrej Babiš, grand vainqueur en octobre 2017 en sa qualité de leader du mouvement ANO des élections législatives. Mais « antibabiš » sert aussi à désigner la loi sur les conflits d’intérêts finalement adoptée par le Parlement au début de l’année 2017 à une époque où Andrej Babiš, malgré son exercice des fonctions de ministre des Finances, figurait encore à la tête du groupe Agrofert (https://www.radio.cz/fr/rubrique/faits/anti-babis-la-loi-sur-le-conflit-dinterets-a-ete-adoptee).

Les lecteurs du site Lidovky.cz (le site du journal), eux, avaient alors préféré « sorry jako », qui était de facto un tic de langage d’Andrej Babiš. L’expression, qui n’a pas de sens, est composée du mot anglais « sorry » et du petit mot tchèque « jako » qui signifie « comme », souvent employé par les Tchèques comme un mot dit béquille pour combler un vide dans un discours.

Toutou Rambo, ce héros

Photo: Twitter de Karla ŠlechtováPhoto: Twitter de Karla Šlechtová Pour 2018, ces mêmes lecteurs, qui pouvaient voter en ligne, ont préféré « Rambohafík », un mot qu’il ne sert là non plus à rien de chercher dans un quelconque dictionnaire. Il ne s’agit en fait de rien d’autre que du surnom donné par l’ancienne ministre de la Défense Karla Šlechtová à son caniche. Mais bien plus que le surnom en lui-même, composé du nom « Rambo » et de l’onomatopée « haf » qui en tchèque exprime le bruit de l’aboiement, le problème est surtout que la ministre, pas avare il est vrai durant son mandat des faux pas et autres maladresses en tout genre, avait pris en photo son toutou – qui s’appelle Jessík pour éclairer votre lanterne - assis sur la tombe du soldat inconnu au mémorial de Vítkov à Prague lors d’une cérémonie officielle avant de publier la photo en question sur son compte Instagram accompagnée du commentaire « Hrdá na svoji zemi, miluji svého psa » - « Fière de mon pays, j’aime mon chien »…

Quoi de plus beau, nous direz-vous, qu’une ministre de la Défense aimant son chien ? Rien sans doute, ne serait-ce que pour les Tchèques et leur belle langue en 2018. Il ne nous reste donc plus qu’à vous souhaiter de vous porter du mieux possible - mějte se co nejlíp !, de porter le soleil en vous (même quand il fait trop chaud) - slunce v duši, salut et à bientôt - zatím ahoj !