Timber! A Prague, des bûches avant Noël

04-11-2019

Si vous êtes passés par le Parc des expositions de Holešovice, plus connu sous le nom de Výstaviště en tchèque, ce premier weekend de novembre, impossible de manquer les imposants chariots élévateurs et pelleteuses en haie d’honneur devant le palais industriel au nord du VIIe arrondissement de Prague. Et pour cause, les halles accueillaient ces 1er et 2 novembre les championnats du monde de bûcheronnage sportif.

Photo: Camille MontagnonPhoto: Camille Montagnon

Ce sont en tout 1 500 tickets qui ont été vendus pour les 1 500 places disponibles occupées par des passionnés de la coupe de bois sportive qui n’ont pas hésité à faire parfois des milliers de kilomètres afin de soutenir leur équipe nationale. Un voyage qui n’est pas venu à bout de ces supporters comme en témoigne l’ambiance survoltée qui a rythmé les deux soirées de compétition.

Photo: Camille MontagnonPhoto: Camille Montagnon Joffrey fait partie des nombreux supporters français tous vêtus d’un chapeau blanc aux bandes tricolores. Ce n’est pas la première compétition à laquelle il assistait et ce ne sera pas la dernière, lui-même adhérent dans le club de bûcheronnage sportif de Schirrhein en Alsace :

« La plupart des gens sont bûcherons dans le village, donc c’est inné. Chaque habitant coupe du bois dans la forêt, donc on est un peu inspirés parallèlement par le sport. »

C’est le relai par équipe qui a ouvert l’édition 2019 vendredi dernier, sûrement l’épreuve la plus attendue car la plus symbolique. Tour à tour les délégations défilent à travers les halles sur une estrade avant de rejoindre la scène. Le chef de file qui a le rôle de porte-étendard suivi des quatre autres membres de l’équipe semblent fendre la foule sous des tonnerres d’applaudissements, des projecteurs et les commentaires des animateurs.

Une fois les vingt équipes en lice alignées sur scène dont seulement quatre ne sont pas européennes, à savoir le Canada, les Etats-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, l’hymne tchèque retenti dans un rare silence et semble donner le départ de la compétition.

L’équipe française, photo: Camille MontagnonL’équipe française, photo: Camille Montagnon Le relai peut alors commencer. Les drapeaux se dressent, les tronçonneuses vrombissent comme pour s’échauffer, chacun des quatre membres de l’équipe fait son repérage. Puis le décompte est lancé.

L’épreuve ne durera pas longtemps, moins d’une minute pour les meilleurs, jusqu’à une 1’44 pour l’Irlande qui finira en dernière position. Le relai se divise en quatre parties. Tout d’abord, un athlète réalise l’épreuve du « stock saw » qui consiste à découper une tranche de bois dans un tronc couché de 40 cm de diamètre et sans dépasser la marque qui délimite une zone de 10 cm. Une fois que le « cookie » tombe, la deuxième épreuve commence. C’est « l’underhand chop ». Il s’agit d’une bûche maintenue couchée et épaisse de 32 cm que le sportif doit découper à la hache alors qu’il se tient debout dessus. Il doit veiller à couper des deux côtés au risque d’être disqualifié. Lorsque la bûche est fendue, le relai passe au « single buck » durant lequel un athlète découpe un disque de bois d’un diamètre de 46 cm dans un tronc, à l’aide d’une scie individuelle de deux mètres. Si l’équipe française a échoué à se qualifier pour les quarts de final contre l’Allemagne, la République tchèque a remporté sa première manche contre l'Autriche.

L’équipe française, photo: Camille MontagnonL’équipe française, photo: Camille Montagnon Fin de partie pour l’équipe française qui termine avec un temps d’1’12 qui lui permet d’obtenir la onzième place au classement final. Pierre Puybaret, quatre fois champion de France de bûcheronnage revient sur la prestation de son équipe et relativise :

« C’est une grande fierté de représenter la France aux championnats du monde. On se bat aux championnats de France pour participer aux championnats du monde justement, pour représenter notre pays. Je pense que la France est très bien placée au niveau bûcheronnage, même si on n’a pas fait de belles performances aujourd’hui. On ne se situe pas trop mal au niveau européen. Et il y a pas mal de supporters qui sont venus nous encourager, ça fait plaisir. »

L’équipe tchèque, photo: Camille MontagnonL’équipe tchèque, photo: Camille Montagnon

Pour la République tchèque, le championnat continue mais l’équipe s’incline face aux Etats-Unis et cède sa place pour les demis malgré un meilleur temps qu’au premier tour d’1’03. Pour Jan Holub, chez qui le bûcheronnage est « une philosophie de vie » puisqu’il en a fait également son métier, le classement final n’est pas très surprenant. A la question de savoir ce qui pour lui a manqué lors de cette deuxième manche, Jan Holub répond :

Jan Holub, photo: Camille MontagnonJan Holub, photo: Camille Montagnon « C’est très difficile à dire car être l’une des quatre meilleures équipes du monde c’est assez compliqué et en Europe, seul un pays peut le faire [la Pologne cette année, ndlr]. En revanche nous sommes très heureux d’avoir inscrit un nouveau record en relai par équipe lors des championnats européens de l’année dernière. C’est un énorme succès pour nous. Je pense que si nous avions tout fait sans erreur, nous aurions peut-être pu battre les Etats-Unis mais cela reste très compliqué. Les compétiteurs d’outre-mer, qu’ils viennent du Canada, de Nouvelle-Zélande ou des Etats-Unis, pratiquent le bûcheronnage sportif depuis plus longtemps que nous soit environ une vingtaine d’années. Tandis que nous, nous ne le pratiquons que depuis cinq ou six ans. C’est un facteur très important car ils commencent très jeunes. C’est une sorte de tradition que les fils héritent de leurs pères et leurs grands-pères avant eux. »

Un avis que partage Pierre Puybaret qui ne s’étonne pas non plus de retrouver l’Australie face à la Nouvelle-Zélande en finale :

« Depuis plusieurs années, c’est les mêmes finales. J’avais plus misé sur la Nouvelle-Zélande pour le titre. Malheureusement, l’Australie l’a emporté mais bon ce n’est pas grave, c’est deux grandes équipes. »

Deux grandes équipes qui bénéficient d’un terreau riche à domicile puisque c’est vers la fin du XIXe siècle que des bûcherons australiens et néozélandais commencent à se défier à grands renforts de hache et de scie en dehors de leurs heures de travail. Un sport qui se propage rapidement en Amérique du Nord et dont la première compétition connue a eu lieu en 1891 en Tasmanie. Il semblerait donc que la République tchèque se soit bien défendue pour obtenir la cinquième place du classement final, juste derrière la Pologne. Pierre Puyrabet salue leur performance au micro de Radio Prague International :

L’équipe australienne victorieuse, photo: Camille MontagnonL’équipe australienne victorieuse, photo: Camille Montagnon « L’équipe tchèque se bat au niveau européen et oui, c’est l’une des grosses équipes. »

Les épreuves individuelles de samedi soir n’ont fait que confirmer la tendance avec quatre épreuves remportées par l’Australien Brayden Meyer, mais un Pierre Puybaret qui se démène et obtient la 8ème place en « stock saw » et « standing block chop », tandis que le Tchèque Martin Roušal le devance de peu dans chaque épreuve.

A noter que le bois coupé lors de la compétition sera en partie offert à l’organisation Buďánka qui œuvre à la revitalisation du hameau éponyme à Smíchov tandis que le reste retournera aux Pays-Bas où il a été produit pour être utilisé en bois de chauffage.

Photo: Camille MontagnonPhoto: Camille Montagnon
04-11-2019