Šmicer, le plus français des joueurs tchèques, fête ses 40 ans

27-05-2013

C’est une émission un peu spéciale que nous vous proposons cette semaine. Footballeur tchèque parmi les plus francophones, amoureux de la France, Vladimír Šmicer a fêté ses 40 ans vendredi 24 mai dernier. A cette occasion, nous avons a fouillé dans nos archives et retrouvé toutes les interviews faites à Prague, depuis mai 2006, avec l’ancien Lensois et Bordelais, finaliste de l’Euro 1996 avec la République tchèque et premier joueur tchèque vainqueur de la Ligue des champions ; c’était en 2005 avec Liverpool. Voici donc un florilège des moments les plus significatifs de tous ces entretiens que Vladimír Šmicer a accordés à Radio Prague.

« Vous l’avez apprécié pendant des années, sur cette pelouse et à l’extérieur ; un joueur fantastique, emblématique :
Vladimííííír… » « ŠMICEEER ! » « Vladimííííír… » « ŠMICEEER ! »

Cet hommage vibrant à Vladimír Šmicer a été rendu par les 40 000 supporters lensois qui avaient rempli le stade Bollaert, le 17 avril dernier, à l’occasion du quart de finale de Coupe de France contre Bordeaux. Ce match entre les Sang et Or et les Girondins a constitué un moment spécial et assurément fort en émotion pour l’ancien international tchèque, qui en a donné le coup d'envoi fictif. Lens, c’est en effet le club où Vladimír Šmicer, après des débuts professionnels au Slavia Prague, a commencé sa carrière à l’étranger, tandis que Bordeaux est celui où, après six saisons à Liverpool, il l’a achevée avant de rentrer au bercail de nouveau au Slavia. Au total, ce sont cinq saisons, trois dans le Nord et deux dans le sud-ouest, que l’ancien milieu de terrain a passées en France, en Ligue 1.

Onze ans après quitté le club qui l'avait vu grandir et fait découvrir à l'Europe du football, Vladimír Šmicer était donc revenu à ses premières amours et au Slavia Prague. C’était en juillet 2007. Un dernier choix de carrière qui, à 34 ans, permettait également à l'international tchèque (81 sélections, dont une avec la Tchécoslovaquie) d'envisager sereinement sa reconversion, puisque le Slavia comptait alors sur lui une fois sa carrière de joueur achevée. Reste que s'il était visiblement heureux de refermer la boucle dans le club de ses débuts, Vladimír Šmicer était aussi déçu de quitter la France, comme il nous l'avait confié :

« Oui, c'est vrai, ma dernière saison en France a été vraiment très décevante. J'ai souvent été blessé. Ensuite, j'ai bien récupéré, mais je n'ai presque pas joué lors des trois derniers mois. C'est aussi pourquoi je suis très content de revenir au Slavia, le club où j'ai débuté ma carrière professionnelle. C'est comme ça, c'est la vie, même si c'est un peu dommage que cela se termine de la sorte en France. »

Bordeaux n'a pas souhaité prolonger votre contrat. En revanche, y a-t-il d'autres clubs français qui se sont manifestés ?

« En France, pas vraiment, car après ma blessure, les clubs ont douté de mon état de santé et n'étaient pas convaincus de mes capacités à jouer une saison de plus. C'était donc très difficile. J'étais d'accord avec Ivan Hasek, sur le départ à Saint-Étienne, pour travailler avec lui s'il était engagé dans un autre club en France. Malheureusement, lui non plus n'a pas trouvé de club, alors c'en était plus ou moins fini de mes espoirs de rester en France. »

Durant les deux saisons passées au Slavia, Vladimír Šmicer a décroché deux titres de champion de République tchèque, respectivement en 2008 et 2009. Mais des blessures à répétition au genou l’ont contraint à mettre un terme à sa carrière. Très vite, toutefois, le désormais ex-joueur s’est reconverti. Nommé manager de l’équipe nationale à l’automne 2009, fonctions qu’il remplit toujours, Vladimír Šmicer nous avait expliqué, en juin 2010, peu avant une Coupe du monde à laquelle les Tchèques n’ont pas participé, en quoi consistait son nouveau rôle :

« Je travaille beaucoup avec le sélectionneur. On discute beaucoup du choix des joueurs, de la préparation de l’équipe ou de son programme. Ce sont les points principaux de mon travail. Je suis aussi beaucoup en contact avec les joueurs. Je vais les voir jouer et je parle éventuellement avec l’entraîneur du club en cas de problème. »

Est-ce un nouveau rôle qui vous plaît ?

« Oui… Je suis surtout content de m’être remis au travail dès le moment où j’ai arrêté ma carrière, c’est-à-dire dès le lendemain pratiquement. Et puis je reste dans ce merveilleux sport qu’est le football. »

Vladimír Šmicer, photo: Filip Jandourek, ČRoVladimír Šmicer, photo: Filip Jandourek, ČRo La première interview que nous avons réalisée en français avec Vladimír Šmicer remontait à la Coupe du monde précédente 2006. Un Mondial auquel Šmicer, blessé, n’avait finalement pas pu disputer, à la différence de ses partenaires de la sélection. Cela ne l’avait cependant pas empêché d’évoquer son retour en France et sa première saison à Bordeaux ; un choix dont Šmicer s’était alors félicité :

« J'avais effectivement plusieurs propositions de clubs, mais c'est vrai que j'aime bien Bordeaux, la place, la ville et toutes les possibilités que nous avons là-bas. Je suis content de mon choix. Pas seulement sur le plan sportif, mais pour la vie aussi. Ma femme et mes enfants sont très contents, et nous avons vraiment trouvé de très bonnes conditions à Bordeaux. »

Vous êtes même devenu, paraît-il, un amateur de vin...

« Oui, un peu (il se marre)... Disons que j'essaie de trouver de bonnes bouteilles et d'en goûter quelques-unes. C'est très intéressant. J'aime bien ça, je suis amateur de vin rouge et c'est l'endroit idéal pour ça. »

On peut supposer que votre profession de footballeur professionnel vous ouvre les portes de tous les grands châteaux...

« Oui, j'ai déjà visité quelques grands châteaux. C'est toujours avec beaucoup de plaisir. Ces visites me permettent d'en découvrir l'histoire. C'est très intéressant parce que c'est quelque chose que je n'ai jamais vu. Auparavant, je n'avais jamais eu non plus l'occasion de parler avec des gens qui travaillent dans le vin et le connaissent. »

Dans cette même interview de mai 2006, nous avions également évoqué son niveau de français, plutôt bien entretenu durant ses six saisons passées en Angleterre :

« (Il sourit) Quand je suis arrivé à Liverpool, le manager était Gérard Houiller et un de ses adjoints Patrice Bergues. Et puis il y a eu aussi plusieurs joueurs français et j'ai continué à parler français avec eux. Bien sûr, ce n'est pas pareil : j'ai oublié quelques mots, mais ça va... Je peux continuer et ça me fait plaisir. C'était plus facile pour moi de revenir en France grâce à la langue. »

Lens ne vous manque pas ?

« Ah ! Lens... Honnêtement, si Lens avait tenu à ce que je revienne absolument, je pense que j'y serais allé. Mais je n'ai pas senti la même chose qu'avant, tandis que Bordeaux tenait plus à moi. C'est pourquoi j'ai choisi Bordeaux. »

Oui, et puis il y a quand même un peu plus de soleil là-bas...

« (Il coupe) Bien sûr, bien sûr, après ça a joué son rôle aussi, mais j'étais vraiment très heureux à Lens, j'y avais beaucoup d'amis et les supporters ont toujours été formidables avec moi. Je le répète, si Lens avait vraiment tenu à moi, mon choix aurait été beaucoup plus difficile. Là, avec l'intérêt de Bordeaux, ça a été plus facile. »

Depuis un peu plus de trois ans maintenant, Vladimír Šmicer occupe donc les fonctions de manager de l’équipe nationale tchèque. Une position qui l’expose aux critiques, nombreuses, d’un public rarement satisfait des prestations et des résultats de la Reprezentace, comme il le reconnaissait en avril 2011 :

Vladimír Šmicer, photo: CT24Vladimír Šmicer, photo: CT24 « Oui, c’est un problème. Notre public était habitué à voir du spectacle et des grands joueurs. Aujourd’hui, c’est vrai, nous avons une équipe complètement différente. Nous nous efforçons de donner leur chance aux jeunes joueurs, mais les gens critiquent. C’est comme ça. Pourtant, la République tchèque est aujourd’hui 30e au classement de la FIFA (25e actuellement, ndlr), nous ne sommes plus dans les cinq premiers comme il y a quelques années. Ce n’est plus la même chose, mais nos supporters attendent toujours du beau jeu et beaucoup de buts. Malheureusement ça ne se passe pas comme ça. Si nous avons la chance de nous qualifier pour l’Euro, les gens seront toujours derrière nous. Mais c’est aussi à nous d’en montrer plus. Car nous ne sommes pas contents de ce que nous avons montré jusque-là, il faut aussi le dire. Il faut que les joueurs soient plus responsables, qu’ils réfléchissent à leur jeu et qu’ils donnent plus. »

Malgré ses 40 ans, Vladimír Šmicer reste avant tout, aux yeux du public, un joueur qui, partout ou presque où il est passé, a remporté des titres, dont le premier, de champion de France, avec le RC Lens en 1998. Mais le plus grand souvenir de sa carrière reste bien entendu la folle finale de Ligue des champions gagnée avec Liverpool en 2005. Menés 3 à 0 à la mi-temps par le Milan AC, les Reds étaient d’abord parvenus à égaliser avant de s’imposer aux tirs au but. Une finale de rêve dont Šmicer avait été un des héros en inscrivant un but et en transformant son tir au but. Autant de moments inoubliables, comme il nous l’avait raconté en mai 2006 :

« C'est toujours comme si c'était hier. Cela a été la plus belle soirée de ma carrière de footballeur. Je n'avais jamais pensé que je pourrais gagner un jour ce trophée. C'est arrivé il y a un an, mais cette coupe reste dans un coin de ma tête et dans mes yeux... Maintenant, il faut oublier et se concentrer pour essayer de gagner une autre coupe... (Il se marre) Par exemple la Coupe du monde... Non, c'est seulement un petit rêve... Mais on verra... Tout est possible ! »

27-05-2013