Premier hockeyeur d’Europe de l’Est à avoir émigré clandestinement, Václav Nedomanský a été intronisé au Hall of Fame

25-11-2019

C’est une de ces nombreuses belles histoires de l’Histoire du sport tchèque. La semaine dernière, parallèlement au 30e anniversaire de la révolution de Velours, Václav Nedomanský a été intronisé au Temple de la renommée (Hall of Fame) du hockey à Toronto. Après le gardien Dominik Hášek, l’ancien attaquant aujourd’hui âgé de 75 ans est ainsi devenu le deuxième joueur tchèque à être honoré de la sorte. Un honneur que ce joueur légendaire doit aussi à son émigration clandestine de Tchécoslovaquie en 1974 pour rejoindre l’Amérique du Nord.

Václav Nedomanský, photo: ČTK/AP/Nathan DenetteVáclav Nedomanský, photo: ČTK/AP/Nathan Denette

C’était un sportif comme il n’en existe plus guère aujourd’hui, à l’heure de l’hyperspécialisation. Joueur parmi les tout meilleurs de l’histoire du hockey tchèque et tchécoslovaque - et dieu sait s’ils ont été nombreux – Václav Nedomanský a aussi été un excellent footballeur. A l’été 1965, quatre ans seulement avant que le Slovan Bratislava ne remporte la finale de la Coupe des vainqueurs de coupes aux dépens du FC Barcelone (une autre époque, on vous dit), il avait ainsi disputé un match du championnat de Tchécoslovaquie avec le grand club slovaque.

Václav Nedomanský, photo: Archives Hockey Hall of FameVáclav Nedomanský, photo: Archives Hockey Hall of Fame Václav Nedomanský était aussi un Tchécoslovaque parfait. Né en 1944 à Hodonín, dans le sud de la Moravie et dans une région des Sudètes qui appartenait encore au Protectorat de Bohême-Moravie, c’est dans la rivière Morava dont le cours forme aujourd’hui la frontière entre les deux Etats indépendants que sont devenues la Tchéquie et la Slovaquie, qu’il se baignait lorsqu’il était enfant, comme il aime encore à le raconter. Et c’est donc à Bratislava qu’il a fait l’essentiel de sa carrière en Tchécoslovaquie. Douze saisons passées et près de 420 matchs disputés sous le maillot du Slovan entre 1962 et 1974 avec une moyenne à peine inférieure à un but par match.

Mais c’est bien évidemment sous un autre maillot, celui de l’équipe nationale, que Václav Nedomanský a connu ses heures les plus glorieuses. Une Reprezentace dont il a été un pilier avec 163 buts inscrits en 220 matchs, huit médailles mondiales, dont une d’or, deux autres olympiques (1968 et 1972) et tous ces duels à la vie à la mort disputés contre grand le rival soviétique après l’écrasement du Printemps de Prague.

Tout cela a constitué la première vie de Václav Nedomanský. C’était avant la deuxième, en Amérique, et avant son émigration au printemps 1974 avec femme et enfant. Avec aussi un ancien partenaire en sélection, Richard Farda :

« Nous sommes passés par Mikulov (poste-frontière situé en Moravie du Sud entre l’actuelle République tchèque et l’Autriche). Nous avions convenu que je passe le premier, le 1er juin, et Václav le lendemain. Nous avions reçu une autorisation de sortie de territoire pour quelques jours de vacances en Suisse. Je connaissais les gardes-frontières et je leur ai dit de laisser Václav tranquille. ‘Monsieur Farda, ne craignez rien, tout se passera comme vous le voulez’, m’avaient-ils répondu. Et c’est comme ça que nous nous sommes retrouvés à Zurich un peu plus tard… »

Mais c’est bien évidemment sous un autre maillot, celui de l’équipe nationale, que Václav Nedomanský a connu ses heures les plus glorieuses. Une Reprezentace dont il a été un pilier avec 163 buts inscrits en 220 matchs, huit médailles mondiales, dont une d’or, deux autres olympiques (1968 et 1972) et tous ces duels à la vie à la mort disputés contre grand le rival soviétique après l’écrasement du Printemps de Prague.

Václav Nedomanský, photo: Archives Hockey Hall of FameVáclav Nedomanský, photo: Archives Hockey Hall of Fame En 1974, Václav Nedomanský a déjà 30 ans et ses plus belles années derrière lui. Après un passage par la Suisse, il rejoint pourtant Toronto avec la ferme intention de prolonger sa carrière de quelques saisons encore :

« C’était une décision importante, oui, mais aussi nécessaire. Ma carrière en Tchécoslovaquie touchait à sa fin et je n’avais pas beaucoup d’autres solutions que d’émigrer, car la Fédération tchécoslovaque de hockey refusait de discuter avec moi pour me laisser partir. Donc voilà, j’ai pris la décision que j’estimais devoir prendre pour le bien de tout le monde. »

Après trois premières saisons dans l’Association mondiale de hockey, une ligue professionnelle alors en concurrence avec l’historique NHL, Václav Nedomanský rejoint finalement la prestigieuse ligue nord-américaine à 33 ans. Il défendra alors successivement, six ans durant encore, les couleurs des Red Wings de Detroit, des Blues de Saint-Louis et des New York Rangers.

Premier joueur tchèque de l’histoire à inscrire un but en NHL, Václav Nedomanský est surtout devenu le premier joueur d’Europe de l’Est à avoir fui illégalement son pays pour s’imposer en Amérique du Nord. C’est donc aussi au courage de l’homme que les dirigeants de la NHL ont rendu hommage en l’introduisant au Temple de la renommée, institution qui honore les meilleurs joueurs de l’histoire. Auteur d’un article en forme d’hommage intitulé « Vaclav ‘Big Ned’ Nedomansky : le géant du hockey international » mis en ligne sur le site de la chaîne de télévision québécoise Le Réseau des sports (cf. : https://www.rds.ca/hockey/lnh/big-ned-le-geant-du-hockey-international-1.7014813), François Gagnon a confié à Radio Prague International ce que cette intronisation représentant à ses yeux :

« Cela a permis de renouer avec l’Histoire. On vient de célébrer le 30e anniversaire de la chute du mur de Berlin alors que les jeunes âgés aujourd’hui de moins de vingt-cinq prennent tout pour acquis. Alors, rappeler qu’à une époque qui n’est quand même pas si lointaine, un des plus grands joueurs de l’histoire du hockey ait décidé de quitter son pays avec sa femme et son fils et de franchir le rideau de fer pour pouvoir poursuivre sa carrière en Amérique du Nord, permet de mesurer dans quelle mesure la réalité a changé au fil des années. »

Dans un anglais hésitant et sous les yeux de sa femme tchèque et de ses trois enfants, Václav Nedomanský, devenu « Big Ned » en Amérique, a modestement partagé son émotion lors de la cérémonie d’intronisation. Peu habitué aux honneurs, sa présence au Temple de la renommée n’est pourtant qu’une juste récompense selon François Gagnon :

« Lorsque son intronisation a été annoncée en juin dernier, beaucoup de monde s’est demandé qui est ce Václav Nedomanský. Pour beaucoup trop d’amateurs de hockey, c’était un illustre inconnu. Ces gens-là ont donc ainsi pu découvrir son histoire. Václav Nedomanský est redevenu actuel en quelque sorte. Ce que j’espère maintenant, c’est qu’un écrivain se penche sur son histoire pour la mettre en valeur. »

Une vie en forme de roman dont l’histoire mériterait certainement effectivement d’être racontée dans un livre, mais qui, avant cela, le sera dans un film documentaire réalisé par son propre fils et qui sera intitulé « Big Ned ».

'Big Ned', photo: VashiVisuals'Big Ned', photo: VashiVisuals
25-11-2019