Même sans stade, la République tchèque peut-elle (raisonnablement) rêver de l’Euro 2020 ?

Le comité exécutif de la fédération européenne de football (UEFA) a officialisé, vendredi dernier, la liste des trente-deux fédérations nationales qui se sont portées candidates à l’accueil du championnat d’Europe 2020. Pour la première fois dans l’histoire de la compétition, la phase finale sera disputée à travers toute l’Europe, puisque treize pays hôtes seront retenus. Parmi les candidats figure la République tchèque. Seul problème, mais de taille : pour l’heure, aucune ville tchèque ne dispose d’un stade suffisamment grand et répondant aux critères imposés par l’UEFA pour qu’un match de l’Euro puisse y être organisé.

Photo: tungphotoPhoto: tungphoto Depuis l’annonce faite par Michel Platini, le président de l’UEFA, que l’Euro 2020 se tiendrait aux quatre coins du Vieux continent, et non plus dans un ou deux pays comme en France en 2016 et comme le veut la pratique jusqu’à présent, la République tchèque a manifesté son intérêt pour le projet. Ses dirigeants s’affirment convaincus du bien-fondé de leur démarche, même si le secrétaire général de la fédération (FAČR), Rudolf Řepka, refuse de donner une idée plus concrète des chances réelles de succès :

« C’est difficile à dire, entre autres parce que l’UEFA n’a pas encore arrêté clairement sa conception. Mais pour l’instant, tout laisse à penser qu’elle va répartir les 32 fédérations et leurs candidatures dans six à huit zones géographiques différentes. On verra dans quelle zone sera placée la République tchèque et quels seront les autres pays candidats précisément dans cette zone. En tous les cas, sur la base de l’organisation antérieure ou à venir d’autres manifestations internationales, nous croyons que nos chances sont relativement bonnes. »

Eden Aréna, photo: Markus Unger, CC BY 2.0 GenericEden Aréna, photo: Markus Unger, CC BY 2.0 Generic Outre des événements comme les championnats du monde de biathlon ou de slalom de canoë-kayak cette année, en matière de football, la République tchèque a accueilli pour la première fois, à Prague, début septembre, la Supercoupe d’Europe, match annuel opposant le vainqueur de la dernière Ligue des champions à celui de la Ligue Europa. Spectacle sur le terrain aidant, cette confrontation dans la capitale tchèque entre le Bayern Munich et Chelsea a été un vrai succès. Seulement, la rencontre s’est tenue à l’Eden Aréna. Flambant neuf ou presque, le théâtre habituel des rencontres du Slavia Prague et de certaines de l’équipe nationale est certes le stade le plus moderne du pays, mais sa capacité d’accueil ne dépasse pas les 21 000 spectateurs. Un chiffre nettement insuffisant pour pouvoir prétendre organiser ne serait-ce que des matchs de groupe d’un championnat d’Europe.

Parmi les treize pays retenus pour cet Euro 2020 itinérant, douze seront chargés de l’organisation de trois matchs de groupe et d’un huitième ou quart de finale, toutes ces rencontres devant se tenir dans une seule et même ville. Le treizième pays, qui pourrait bien être la Turquie avec Istanbul selon les préférences publiques de Michel Platini, accueillera, lui, les deux demi-finales et la finale, pour lesquelles un stade ayant une capacité minimale de 70 000 personnes est requis par l’UEFA.

La République tchèque ne peut donc prétendre qu’à la tenue de matchs de poule et d’un huitième de finale. Si pour ceux-ci les instances européennes du football exigent des enceintes d’au moins 50 000 places, deux fédérations proposant un stade de « la plus petite catégorie » pourraient néanmoins également être retenues à titre d’exception. L’idée défendue en effet par Michel Platini est que l’édition 2020 soit aussi l’occasion d’accueillir quand même l’Euro pour des petits pays ne possédant le plus souvent qu’un seul stade et étant dans l’incapacité structurelle d’organiser un tournoi complet. La République tchèque répond tout à fait à ce profil. Toutefois, même « stade de la plus petite catégorie », selon les termes du règlement de candidature de l’UEFA, n’en signifie pas moins une capacité d’accueil de 30 000 spectateurs minimum. Les dirigeants tchèques réfléchissent donc à la chose. Rudolf Řepka :

Le stade du Sparta à Letná, photo: che, CC BY-SA 2.5 GenericLe stade du Sparta à Letná, photo: che, CC BY-SA 2.5 Generic « On verra quelles seront les préférences. Pour l’instant, nous avons encore un peu de temps devant nous. Ce qui est sûr, c’est qu’il faudra prendre une décision dans les six prochains mois. Nous avons plusieurs possibilités. La première, la prioritaire, serait de construire un nouveau stade sur la colline de Strahov, à l’endroit du vieux stade existant dont la fédération est propriétaire. La deuxième serait d’agrandir un des stades que nous utilisons actuellement pour les matchs de l’équipe nationale à Prague, soit celui du Sparta à Letná ou celui du Slavia à Eden. Une étude de faisabilité a été commandée par la société propriétaire du stade d’Eden pour son éventuel agrandissement. Enfin, la troisième serait d’utiliser un stade en dehors de Prague. »

Dans un pays qui a souvent du mal à remplir ses deux stades de 20 000 places à Prague lorsque son équipe nationale y évolue, cette dernière possibilité semble toutefois la moins probable de toutes et vouée à mourir dans l’œuf. Et puis, si matchs du championnat d’Europe de football il devait bien y avoir en République tchèque, difficile des les imaginer ailleurs qu’à Prague, ne serait-ce que pour des questions de prestige et d’image du pays à l’étranger. Sans même parler, plus prosaïquement, des raisons logistiques objectives comme la présence de l’aéroport Václav Havel et l’existence d’une capacité hôtelière suffisante. D’ailleurs, son président, Miroslav Pelta, confirme que Prague et plus précisément la localité de Strahov ont pour l’instant les préférences d’une majorité à la FAČR :

StrahovStrahov « Le gros problème jusqu’à présent a toujours été de trouver un terrain à Prague remplissant les conditions requises pour la construction d’un stade national digne de ce nom. Aujourd’hui, nous disposons d’un tel terrain et une capacité de 30 000 personnes nous semble raisonnable. Pour la réalisation et son financement, il faudrait qu’il s’agisse d’un projet issu de la volonté commune de la FAČR et de l’UEFA, bénéficiant d’une aide publique et d’un investissement du secteur privé. Pour que le tout soit viable, ce stade devrait ensuite servir de bureaux avec des espaces commerciaux pour ne pas attendre et être dépendants de la tenue d’un match de foot, d’un meeting d’athlétisme ou d’un concert. »

En République tchèque, le projet « stade national » est régulièrement ressorti des cartons, même si au final rien, ni à Prague ni ailleurs, n’est jamais sorti de terre. Bien qu’envisagé depuis de nombreuses années, le dossier ne prend donc pas la poussière et reste toujours plus ou moins d’actualité, sauf peut-être en période de crise économique, comme cela est le cas actuellement. Miroslav Pelta défend néanmoins son idée avec pragmatisme :

Miroslav Pelta, photo: Filip Jandourek, ČRoMiroslav Pelta, photo: Filip Jandourek, ČRo « Ce stade devrait aussi servir à l’athlétisme pour que la République tchèque puisse dans quelques années se porter candidate à l’organisation des championnats d’Europe en plein air. Bien sûr, quand les gens lisent ou entendent dans les médias les sommes nécessaires à la réalisation d’un tel stade, ils se demandent si je n’ai pas perdu la raison. Mais il n’y a pas encore lieu de parler d’argent. Ce qu’il faut, c’est d’abord discuter du projet et voir qui pourrait participer à sa réalisation. Pour l’heure, nous n’avons encore négocié avec personne et il n’y a donc pas lieu de faire des conclusions hâtives. »

Si rien ne sert de courir, le temps passe vite quand même, et si la FAČR entend bien organiser des matchs de l’Euro 2020 comme elle le prétend, il faudrait quand même penser à partir à point, comme le reconnaît son secrétaire général Rudolf Řepka :

Rudolf Řepka, photo: FAČRRudolf Řepka, photo: FAČR « La première date butoir est le 25 avril 2014. D’ici-là, il nous faudra effectivement avoir soumis notre dossier à l’UEFA. Celle-ci évaluera ensuite les candidatures de tous les pays avec d’éventuelles visites d’inspection dans ceux-ci, puis annoncera en septembre 2014 les treize fédérations retenues pour l’organisation du tournoi. »

En attendant cette décision finale, la République tchèque peut déjà se réjouir de l’accueil d’une autre compétition européenne de football d’envergure. C’est en effet elle qui sera chargée de l’organisation du championnat d’Europe espoirs en 2015, un événement plus modeste pour lequel les « petits stades tchèques » conviendront cette fois tout à fait.