Athlétisme : le zéro pointé des Tchèques à Doha

07-10-2019

Pour la deuxième fois de l’histoire, les Tchèques n’ont décroché aucune médaille aux championnats du monde d’athlétisme, qui se sont achevés dimanche à Doha. Sans être tout à fait un fiasco, ce maigre bilan reflète toutefois plutôt fidèlement le niveau actuel de l’athlétisme tchèque.

Les premiers championnats du monde de l’histoire, qui s’étaient tenus à Helsinki en 1983, semblent aujourd’hui appartenir à la préhistoire. A l’époque, la sélection tchécoslovaque, emmenée, il est vrai, par la supersonique Jarmila Kratochvílová, vainqueur des 400 et 800 mètres, ou encore par les lanceurs de poids et de disque survitaminés Helena Fibingerová et Imrich Bugár, avait décroché pas moins de neuf médailles, dont quatre d’or, en Finlande. Derrière les intouchables Allemagne de l’Est, Etats-Unis et Union soviétique, la Tchécoslovaquie avait alors terminé quatrième au classement des nations.

Zuzana Hejnová, photo: ČTK/AP Photo/Nariman El-MoftyZuzana Hejnová, photo: ČTK/AP Photo/Nariman El-Mofty

Trente-six ans plus tard, les Tchèques sont donc rentrés bredouilles, sans la moindre breloque autour du cou, des dix jours de compétition à Doha. S’il ne s’agit pas d’une première historique puisque les Mondiaux de Tokyo en 1991 s’étaient eux aussi déjà achevé sur un zéro pointé, la 42e place finale au classement par pays n’en reste pas moins particulièrement décevante, comme le concède l’entraîneur en chef Jan Netscher :

« Pas mal de pays ont énormément progressé et la concurrence est de plus en plus relevée. Il suffit de prendre pour exemple le concours féminin du saut à la perche. Vous aviez une limite pour la qualification directe pour la finale qui était relativement élevée avec 4,60 mètres. Or, pas moins de dix-sept filles l’ont franchie et se sont qualifiées. A un an des Jeux olympiques, le niveau augmente très vite, et c’est à nous qu’il appartient de nous préparer de telle manière à ce que nos athlètes soient dans leur meilleure forme le jour J. Si on prend l’ensemble des disciplines ici à Doha, seuls trois ou quatre de nos représentants ont réussi leur meilleure performance de la saison, et c’est trop insuffisant. »

Au-delà de l’absence de podiums, d’autres chiffres confirment le famélique bilan tchèque lors de ces Mondiaux. Zuzana Hejnová, ancienne double championne du monde du 400 mètres haies en 2013 et 2015, et Jakub Vadlejch, médaillé d’argent au lancer du javelot à Londres en 2017, ont signé les meilleures performances en terminant tous deux cinquièmes. Pour le reste, aucun autre athlète tchèque n’a figuré parmi les huit premiers dans une autre discipline.

Rien, pas même au javelot

Jakub Vadlejch, photo: ČTK/AP Photo/David J. PhillipJakub Vadlejch, photo: ČTK/AP Photo/David J. Phillip Même au lancer du javelot, discipline dans laquelle les Tchèques excellent traditionnellement (Jan Železný et Barbora Špotáková sont toujours les détenteurs des records du monde) et qui leur avait encore permis de décrocher trois médailles en 2017, il a cette fois fallu se contenter du strict minimum. En l’absence de Vítězslav Veselý, sacré en 2013 mais blessé cette année, Jakub Vadlejch n’est pas parvenu, dimanche, à se mêler davantage à la lutte pour le podium. Son meilleur essai à 82,19 mètres est resté trop loin des meilleurs, et notamment de celui du vainqueur, le Grenadien Anderson Peters (86,89 m), comme il le regrettait à la sortie de la piste :

« Je suis bien sûr déçu de ne pas avoir remporté de médaille pour la Tchéquie. Je n’en étais pas si loin, même si, honnêtement, je dois reconnaître que mon classement final reflète assez bien l’ensemble de ma saison. J’ai rarement figuré parmi les trois meilleurs dans les grands meetings et cette cinquième place est donc plutôt logique. »

Ces dix à quinze dernières années, après les retraites des décathloniens Roman Šebrle et Tomáš Dvořák, les succès tchèques ont essentiellement été le fruit des performances de deux femmes : Barbora Špotáková, double championne olympique (2008 et 2012) et triple championne du monde (2007, 2011 et 2017) au javelot, et Zuzana Hejnová, rare sprinteuse blanche régulièrement sur le podium du 400 mètres haies dans les grandes épreuves, comme en témoignent ses deux titres mondiaux ou encore sa médaille d’argent olympique décrochée aux Jeux de Londres en 2012. Mais à respectivement 38 et 32 ans, Špotáková, mère de deux enfants, et Hejnová, souvent handicapée par les blessures, mettront elles aussi un terme à leur carrière la saison prochaine à l’issue des JO à Tokyo.Derrière, les successeurs prêts à prendre le relais ne sont pas légion.

Tomáš Staněk, photo: ČTK/AP Photo/Morry GashTomáš Staněk, photo: ČTK/AP Photo/Morry Gash La dixième place à Doha du lanceur de poids Tomáš Staněk, médaillé de bronze aux Mondiaux en salle en 2018, dans un concours qui a été le plus relevé de l’histoire avec trois hommes à 22,90 mètres, confirme aussi que le niveau général dans un sport plus international et globalisé que jamais ne cesse de s’élever. Tomáš Staněk a été un témoin privilégié de ce concours hors normes :

« Je savais avant la finale qu’il me faudrait être très bon pour espérer quelque chose. Mais quand je vois que la médaille de bronze était à 22,90 mètres, je me dis que c’est un niveau de performance que je n’atteindrai sans doute jamais. Je donne pourtant le meilleur de moi-même et, franchement, je ne sais pas quoi faire de plus. La seule consolation est de me dire que j’ai participé à un concours historique, car sinon, voir où en sont les autres, ça fait mal. »

Le déclin tchèque est aussi celui de l’Europe

Plus généralement, même si l’athlétisme reste encore largement pratiqué par les enfants dans les écoles et dans les clubs en République tchèque, l’évolution des performances d’ensemble est semblable à celles de beaucoup d’autres pays européens. Avec deux médailles d’argent et de bronze, la France, qui compte pourtant une population six fois plus nombreuse, n’a guère davantage brillé au Qatar…

La sélection tchèque a également souffert de l’absence sur blessure ou de la méforme de quelques éléments prometteurs, et comme l’admet l’entraîneur en chef Jan Netscher, il devient alors quasi impossible dans ces cas-là pour les athlètes tchèques de rivaliser avec l’élite mondiale :

Jan Netscher, photo: Ivana Roháčková, ASC DuklaJan Netscher, photo: Ivana Roháčková, ASC Dukla « Nous ne sommes pas un très grand pays et avons toujours eu la chance jusqu’à récemment encore d’avoir deux ou trois athlètes qui répondaient présent dans les grands championnats pour ramener des médailles. Désormais, nous avons un trou générationnel. Mais il faut objectivement reconnaître que nous n’avons pas de chance non plus. Zuzana Hejnová a lutté pour une médaille sur le 400 mètres haies, mais la vainqueur de la finale a signé un nouveau record du monde. Ce sont des chronos qui ne sont pas dans les cordes de Zuzana. Cela a été la même chose au lancer du poids chez les hommes. Il n’y a pas eu de record du monde, mais quand on voit les performances réalisées par les trois médaillés, il était compliqué pour Tomáš Staněk de les inquiéter. »

Jusque dans un passé relativement récent, les pays européens remportaient environ 70% des médailles d’or lors des grands championnats d’athlétisme. Désormais, cette moisson, confrontée à l’éclosion du Nouveau Monde, est inférieure à 30%. En somme, en athlétisme comme dans d’autres sports aussi, la République tchèque ne fait que participer au déclin du Vieux Continent. Les JO à Tokyo dans dix mois, puis les prochains Mondiaux à Eugene (Etats-Unis) en 2021 confirmeront sans doute un peu plus encore cette tendance.

07-10-2019