Athlétisme : à Ostrava, la Coupe continentale n’a pas convaincu tout le monde

Cela a été la plus grande réunion d’athlétisme jamais organisée dans l’histoire de la République tchèque. La troisième édition de la Coupe continentale, compétition par équipes qui oppose l’Europe, les Amériques, l’Afrique et l’Asie-Pacifique, s’est tenue à Ostrava le week-end dernier. Quelques-uns des meilleurs athlètes mondiaux étaient donc présents en Moravie-Silésie, mais avec un succès mitigé en raison notamment des nouvelles règles testées pour l’occasion par la Fédération internationale (IAAF).

Tomáš Staněk, photo: Jaroslav Ožana/ČTKTomáš Staněk, photo: Jaroslav Ožana/ČTK Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces innovations réglementaires n’ont pas fait l’unanimité. Certains athlètes ont même fort peu apprécié l’expérience, à l’image du lanceur de poids tchèque Tomáš Staněk, vraiment pas emballé par la nouvelle formule de la compétition :

« C’est dommage que ce soit si mal pensé. La plupart des gars commencent à trouver le bon rythme à partir du troisième essai, cela n’a donc aucun sens de raccourcir le concours. Trois essais dans une discipline aussi technique que la nôtre, ce n’est pas assez. Personnellement, j’ai senti aujourd’hui que j’avais de très bonnes sensations à partir de mon troisième essai. Je pense que j’aurais pu lancer plus loin si j’avais pu continuer. Malheureusement, nous ne sommes pas des machines pour prévoir de réussir notre meilleur lancer dès le premier essai. »

Pour mieux comprendre, dans les concours de lancers et de sauts horizontaux (longueur et triple saut), chacun des huit concurrents en lice au début disposait d’abord de trois essais classiques. La nouveauté était donc que seul le meilleur athlète de chacune des quatre équipes disposait ensuite d'une quatrième tentative, les deux athlètes ayant réussi les meilleures performances à leur quatrième essai se départageant ensuite sur un cinquième et dernier essai pour désigner le vainqueur.

Ainsi donc, avec un lancer à 21,22 mètres, Tomáš Staněk aurait pu (ou dû) terminer à la sixième place du concours du poids. Au lieu de cela, il a été prié de remballer ses affaires après son troisième essai, forcément déçu, alors que certains de ses adversaires, autorisés eux à poursuivre, avaient lancé moins loin que lui…

Jakub Vadlejch, photo: Jaroslav Ožana/ČTKJakub Vadlejch, photo: Jaroslav Ožana/ČTK Auteur de 84,76 mètres, soit la deuxième meilleure performance du concours, Jakub Vadlejch a dû, lui aussi, se contenter de la… cinquième place finale au javelot. Comme dans le cas de Tomáš Staněk, le Tchèque a été éliminé au troisième essai parce que l’Allemand Thomas Röhler, son partenaire au sein de l’équipe européenne, avait réussi une meilleure performance (87,07 m). C’est donc ce dernier, en qualité de représentant de l’Europe, qui a été autorisé à poursuivre la compétition. A la différence de son compatriote au poids, Jakub Vadlejch, double vainqueur de la Ligue de diamant (2016, 2017) et vice-champion du monde en titre était, lui, toutefois plutôt satisfait :

« Le sentiment qui prédomine est la satisfaction d’avoir pu lancer sans être handicapé par mon dos. C’est la première chose. Bien sûr, la fin de saison approche et c’est un peu dommage d’avoir de bonnes sensations à cette période de l’année, mais je suis d’abord vraiment content d’avoir pris du plaisir sur ce concours. Pour ce qui est du format de la compétition, on connaissait les règles avant le début du concours. Je pense, moi aussi, que la formule n’est pas idéale, mais c’est comme ça, c’est une compétition par équipes. C’était une expérience, on le savait, il faut l’accepter. »

Autre exemple de ces nouvelles règles censées rendre les épreuves plus attractives pour le public : l’élimination progressive sur les 3 000 mètres et 3 000 mètres steeple des coureurs qui passaient la ligne en dernière position respectivement aux troisième, quatrième, cinquième et sixième tours.

Nikola Ogrodníková, photo: Petr Sznapka/ČTKNikola Ogrodníková, photo: Petr Sznapka/ČTK Une réglementation révolutionnaire qui, au bout des deux journées de compétition, a abouti à la victoire des Amériques devant l’Europe, l’Asie/Pacifique et l’Afrique. Ce succès américain a été marqué entre autres par la victoire de Noah Lyles sur le 100 mètres masculin en 10’’01.

Concernant les autres athlètes tchèques en lice à Ostrava, Nikola Ogrodníková, récente vice-championne d’Europe, a dû se contenter de la septième place au concours du lancer du javelot avec un meilleur essai à 56,61 mètres trop insuffisant pour espérer mieux, tandis que Simona Vrzalová a fini sixième du 1 500 mètres.

Caster Semenya encore loin du record de Kratochvílová

Enfin, une des grandes attractions du week-end a été la présence de Caster Semenya. Très attendue, la Sud-Africaine, d’abord deuxième du 400 mètres samedi, a remporté le 800 mètres en 1’54’’77, soit la huitième meilleure performance de l’histoire sur la distance. Ce chrono est toutefois resté inférieur de 52 centièmes de seconde à sa meilleure performance personnelle, signée cette saison à Paris.

Caster Semenya, photo: Jaroslav Ožana/ČTKCaster Semenya, photo: Jaroslav Ožana/ČTK Caster Semenya était d’autant plus attendue par le public tchèque qu’elle est actuellement considérée comme une des rares athlètes en mesure de battre un jour, peut-être, le record du monde de Jarmila Kratochvílová sur la distance (1’53’’28). Un record vieux de trente-cinq ans depuis juillet dernier et dont la détentrice tchèque estimait récemment, pour la Radio tchèque, qu’il pourrait bien être amélioré précisément par une Caster Semenya qui, en juin dernier au Stade de France, s’est approchée à moins d’une seconde de son exploit tant controversé depuis :

« Je dirais qu’elle est bien meilleure que je ne l’étais, moi, à l’époque. Je pense même qu’elle est la seule actuellement à pouvoir battre mon record et qu’elle aurait peut-être déjà pu le battre si elle était moins hésitante. J’ai comme le sentiment qu’elle attend la bonne occasion pour cela. »

Reste que cette bonne occasion, si la nouvelle réglementation sur l’intersexualité adoptée au printemps dernier par l’IAAF reste en l’état, ne se présentera peut-être jamais pour la Sud-Africaine. En effet, comme les autres athlètes spécialistes des distances allant du 400 mètres au mile qui présentent un taux de testostérone nettement plus élevé que la moyenne des femmes, Caster Semenya devra suivre un traitement de façon à être autorisée à participer aux épreuves internationales.