Revolver revue, 25 ans d’autodéfense culturelle

23-02-2010

La revue Revolver a soufflé ses vingt-cinq bougies samedi soir sur la nouvelle scène du théâtre national de Prague. Ce magazine d’actualité culturelle et artistique, née dans les années 1980 et publié sous forme de samizdat, a réussi sa conversion, passant d’un magazine de fait contestataire, contre le régime, à un celui d’une revue de référence en matière de littérature et d’art, tout en gardant, toujours, son esprit critique.

Un quart de siècle pour la Revolver Revue, c’est une longévité assez remarquable pour un magazine littéraire et artistique exigeant, dirigé par un petit comité de rédaction et qui, quelque soit le régime politique dans lequel il s’est développé, a toujours farouchement défendu son indépendance. La Revolver Revue est née en 1985. Elle reprend le flambeau de Vokno, une des premières revues samizdat, issue du mouvement underground, dont les éditeurs purgent à ce moment-là des peines de prison pour leur activité dissidente. Ivan Lamper, Viktor Karlík et Jáchym Topol, les fondateurs de Revolver, consacrent d’ailleurs le premier numéro de la revue à Ivan Martin Jirous, poète et idéologue de l’underground, qui passera près de huit ans en prison sous le régime communiste. Dès 1987, la revue crée également une maison d’édition indépendante et samizdat, les éditions RR. La première publication est Un roman tchèque, de Ladislav Klíma.

Jusqu’à la chute du régime, les moyens de reproduction et de diffusion sont rudimentaires. Le premier numéro est imprimé avec la technique de cyclostyle, une technique de duplication artisanale inventée à la fin du XIXe siècle. 25 numéros sont édités. En 1987, le 7ème numéro parait pour la première fois après être passé par une imprimerie, mais toujours de façon illégale. Alexandr Vondra, ancien ministre des Affaires étrangères, mais aussi ancien signataire de la Charte 77 et collaborateur de Revolver, revient sur ces 25 ans de la revue :

« Cet anniversaire représente beaucoup pour moi. J’avais 25, 26 ans quand la Revolver Revue a commencé. C’est un moment très important, entre 18 et 26 ans, un moment où l’on se forme. Cette époque était terrible mais en même temps elle est associée pour moi à une aventure fantastique, quand nous avions pour quoi nous battre, quand nous avions contre quoi nous battre. Même si on était à un pas de la criminalité – c’est ainsi que la revue s’appelait au début, ‘à un pas de…’ – il y avait beaucoup de rigolade. C’était une affaire de cœur, et pas seulement un calcul rationnel, même si nous voulions faire quelque chose de qualité, meilleur que les autres samizdats. Et je crois que nous y sommes parvenus. »

Terezie Pokorná, photo: Ondřej NěmecTerezie Pokorná, photo: Ondřej Němec Comme l’ensemble des publications samizdat, la Revolver Revue est surveillée de près. La StB mettra même le feu à la maison où sont imprimés ses numéros, en 1989, quelques mois avant la révolution de velours. Terezie Pokorná, l’actuelle rédactrice en chef de la revue, rappelle les conditions d’existence et surtout l’importance de cet espace alternatif sous le régime communiste :

« Il est significatif pour cette époque et pour les samizdats que l’art ou la culture étaient une sorte d’asile. C’était un substitut pour tout ce qui n’était pas possible de faire, comme par exemple de la politique de façon professionnelle. En 1989 et 1990, ça a été une année avec des circonstances tout à fait nouvelles et nombre de gens se sont précipités dans ces évènements. »

Vingt ans après, la revue existe toujours, avec sa petite structure et malgré la concurrence sur le nouveau marché éditorial, ce que Terezie Pokorná considère encore comme un miracle. Surtout, la revue a réussi à conserver ce qui fait son essence : un regard critique et engagé sur la littérature et sur le monde. Terezie Pokorná :

« Nous avons restauré le slogan que nous utilisions en tant que samizdat, qui est ‘Revolver Revue, le magazine d’autodéfense culturelle’. Il était utilisé à l’époque de l’underground et nous l’utilisons maintenant à nouveau parce que nous pensons que ce magazine fait toujours partie de la minorité. Quand il est né sous le communisme, cet encerclement par la majorité avait d’autres paramètres, puisqu’il s’agissait de politique et de pouvoir. Mais maintenant, nous sommes encerclés par le mainstream, la presse à sensation et tous les médias et nous sommes donc une minorité qui doit continuer à défendre cet espace pour une culture comme nous l’entendons. »

Chaque année, la Revolver Revue attribue un prix, récompensant une personnalité, qu’elle soit peintre, écrivain ou musicien comme Ivan Jirous, dit Magor, le philosophe Zdeněk Vašíček ou Tony Ducháček, du groupe Garage. Pour ses vingt-cinq ans, c’est le groupe WWW qui a été choisi.

A l’occasion de cet anniversaire, un hommage a également été rendu à Zbyněk Hejda, qui fêtait le deux février dernier ses quatre-vingt ans. Zbyněk Hejda, ancien signataire de la Charte 77 et lauréat du prix littéraire Seifert en 1996, est un des plus anciens contributeurs de la Revolver Revue. Il fait le parallèle entre la revue Tvář, revue culte du printemps de Prague, et Revolver.

« Ce qui m’a toujours plu dans Revolver Revue, c’est que c’est un périodique qui présente la littérature et les arts plastiques qui ne sont pas dans les courants principaux. Et je pense même que c’est ce qui la relie avec le magazine Tvář, où j’ai travaillé dans les années 1960. A la rédaction de Tvář, nous essayions de boucher les trous, c’est-à-dire de publier des choses qui étaient soit interdites, soit marginalisées, pour les introduire à nouveau dans le monde littéraire. Et dans ce sens, je vois une parenté certaine entre nos efforts et ceux de la Revolver Revue. »

Velvet Revival, photo: Anne-Claire VeluireVelvet Revival, photo: Anne-Claire Veluire La soirée d’anniversaire s’est terminée avec le groupe du Velvet Revival, composé de deux membres du groupe légendaire des Plastics People of the Universe.

23-02-2010