Retour du Canada difficile pour les Roms de Vimperk

17-08-2010

En 2007, le Canada a de nouveau levé l’obligation de visas imposée aux ressortissants tchèques. S’ensuivit, comme dans les années 1990, une vague d’émigration des Roms tchèques, qui ont été des milliers à demander l’asile aux autorités canadiennes. Peu d’entre eux ont réussi à l’obtenir et la grande majorité a été expulsée après s’être vue refuser ce statut. Le retour en République tchèque a été difficile pour beaucoup, comme pour les Roms de Vimperk, qui avaient été nombreux à vouloir vivre le rêve canadien.

VimperkVimperk Vimperk: une petite ville d’environ 8000 habitants située dans la région de la Šumava, à quelques kilomètres des frontières allemande et autrichienne. Comme toute la région des Sudètes, Vimperk a été vidée de sa population allemande au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. La ville est donc aujourd’hui en très grande majorité habitée par des Tchèques, mais aussi par une petite communauté rom. Quelle est la taille de cette communauté ? Une question à laquelle il est difficile de répondre, même pour Bohumil Petrášek, l’adjoint au maire de Vimperk :

Bohumil PetrášekBohumil Petrášek « Chez nous, lors du dernier recensement, il n’y a que quatre ou cinq citoyens qui se sont déclarés comme Roms. Tous les autres se sont déclarés comme Tchèques. Néanmoins, je dirais qu’il y a environ une centaine de Roms ethniques qui vivent de manière permanente à Vimperk. Les problèmes que nous avons avec la communauté rom sont principalement liés avec ceux qui sont arrivés ici d’autres régions et de Slovaquie d’où ils sont partis pour des raisons sociales ou économiques. »

David Lací a 28 ans, il avait décidé de partir au Canada avec sa femme et ses deux enfants. Aujourd’hui il est en train de faire des travaux sur un des canaux de la ville avec son frère et son oncle :

« C’était à la fin de l’année 2007, notre immeuble a brûlé, on a commencé à avoir peur. Quelqu’un a mis le feu et on ne sait toujours pas qui c’était. Tout ça s’est fait très rapidement, on a entendu que le Canada avait ouvert ses frontières, on a mis de l’argent de côté et on est parti immédiatement. »

A Toronto, ils étaient une quarantaine de Roms originaires de Vimperk.

« Nous ne pensions pas que ça allait se passer comme ça là-bas. On croyait qu’on allait être attendus et aidés. Nous avions surtout peur de la barrière de la langue. Là-bas ce n’est pas ce que les gens croient, qu’en arrivant vous allez tout recevoir. On a été aidé pour le logement mais c’est tout, après il faut travailler, s’occuper comme partout. »

« Nous n’avons pas décidé de rentrer de notre plein gré. Nous sommes passés devant le juge, qui nous a refusé le statut de réfugié et nous avons été expulsés. Nous n’étions pas enthousiastes à l’idée de rentrer. Les enfants ne voulaient pas partir, ils avaient tout là-bas. L’environnement et le niveau de vie sont différents là-bas et ça va prendre du temps pour que ça s’améliore ici. Là-bas il n’y a pas de différences entre les gens, de différences entre Blancs, Noirs, Pakistanais ou Afghans, homosexuels. Là-bas c’est différent. »

Le retour a été compliqué pour les Roms de Vimperk. Avant de partir, la majorité d’entre eux étaient locataires d’appartements appartenant à la municipalité et leurs contrats n’avaient pas été résiliés avant le départ. Le retour a donc souvent rimé avec dettes. Bohumil Petrášek, adjoint au maire de Vimperk :

Vimperk, photo: CT24Vimperk, photo: CT24 « Je pense que les Roms de Vimperk se sont laissés attirer par la perspective d’une vie facile au Canada. Ils ont cru qu’on allait les prendre en charge là-bas, qu’ils allaient toucher des allocations sans devoir travailler. Quand ils ont vu quelle était la réalité, ils sont presque tous rentrés. Mais malheureusement pendant leur séjour, certains n’ont pas payé leur loyer ici, donc le contrat a été résilié. Maintenant il leur faut habiter chez des amis ou des voisins et ils n’ont pas pu récupérer leur appartement. »

C'est le cas également de David Lací :

« Je dirais que certains d’entre nous se sont mis dedans tous seuls. Je vais le dire franchement : ils n’ont pas rendu l’appartement avant de partir. Dans mon cas, je n’ai pas pu rentrer dans mon logement. En partant, j’avais fermé l’appartement, mais une autre famille a forcé la porte pour y habiter sans payer et comme il était encore à mon nom, j’avais une dette importante et n’ai pas pu réemménager dedans. »

L’ajoint au maire de Vimperk concède que la ville n’a pas de politique d’intégration proprement dite mais seulement des programmes d’aide à l’embauche qui se révèle peu efficaces.

Vimperk, photo: CT24Vimperk, photo: CT24 « La plupart des Roms tentent de s’intégrer dans la société et de travailler. Ceux avec lesquels nous avons en général des problèmes sont ceux qui n’ont pas de travail et ne payent pas leur loyer et leurs factures. Mais selon moi le gros problème est la prostitution rom, quand certains d’entre eux ne vivent que de l’argent que leur rapporte la prostitution. »

David Lací, son frère et leurs familles ne voient pas d’avenir pour eux à Vimperk et concèdent être excédés par le comportement de certains Roms. Ils sont aussi énervés par le racisme quotidien. Les regards, les attitudes... Surtout, on ne les laisse pas entrer dans certains établissements, ce que la serveuse d’un restaurant nous a confirmé – « Individuellement peut-être, mais pas en groupe, vous comprenez... ». Bref, David ne sait pas encore où, mais il veut partir :

Vimperk, photo: CT24Vimperk, photo: CT24 « Si je pouvais, je prendrais l’avion immédiatement. A cause de tout. D’abord à cause du travail, c’est la principale raison pour laquelle on est parti au Canada. Ici il n’y a pas de boulot. C’est ce qui nous oblige à partir, y’a rien ici. Surtout, je ne vois pas d’avenir pour mes enfants ici. »

David Lací dit avoir beaucoup appris pendant l'année et demi passée au Canada. Il a d’abord appris l’anglais avec son frère. Et puis, en côtoyant des Pakistanais, des Afghans et des Indiens, il s’est rendu compte que ce qui était dit sur l’origine des Roms devait être vrai. Il parle le romani et arrive à les comprendre quand ils parlent lentement. « Comme nous ils disent tous ‘bala’ pour cheveux », explique-t-il à son oncle qui ne veut toujours pas croire que les Roms sont originaires d’Inde.

17-08-2010