Re-life, un institut unique pour lutter contre l’addiction aux nouvelles technologies

Le stress, l’incapacité d’entretenir de bonnes relations avec les autres, un mauvais état de santé, l’addiction. Même si la plupart d’entre nous ne peuvent plus s’imaginer une vie sans les nouvelles technologies, leur usage excessif peut causer tout une sorte d’effets négatifs. Les plus menacés sont les enfants. A Prague, l’institut Re:life Internet & Technology Recovery Institute s’efforce de prévenir ce genre de problèmes en proposant un service de conseil pour tous ceux qui se sentent dépassés par les technologies, ainsi que différents programmes préventifs pour les écoles et pour les particuliers.

Apprendre à utiliser les technologies avec prudence

Zuzana Pavelcová, photo: Site officiel de l'institut Re:lifeZuzana Pavelcová, photo: Site officiel de l'institut Re:life « Get offline to be on life » (« Déconnecte-toi pour pouvoir vivre »). C’est la principale devise de l’institut Re:life, un centre unique consacré au traitement et à la prévention des dépendances aux nouvelles technologies et au monde virtuel. Sa fondatrice, la psychologue Zuzana Pavelcová, nous décrit ses fonctions principales :

« Nous sommes le seul établissement orienté vers cette problématique en République tchèque, mais nous sommes assez uniques également à l’échelle européenne. Il existe bien sûr des institutions qui s’intéressent à l’addiction aux nouvelles technologies, mais il s’agit, dans la plupart de cas, d’institutions qui traitent des addictions en général. De plus, nous ne nous limitons pas uniquement au traitement de l’addiction car, quoi que l’on puisse penser, il ne s’agit pas d’un problème si important. En effet, seul 1 % de la population adulte souffre d’une addiction au monde virtuel, ce chiffre étant légèrement plus élevé si l’on considère les adolescents. Notre objectif principal est donc de soutenir la prévention dans ce domaine et d’apprendre aux gens à utiliser les nouvelles technologies avec prudence. Nous proposons un service de consultations psychologiques, nous organisons des conférences et des séminaires et nous nous efforçons d’informer le public à travers les différents médias. »

L’institut Re:life a été créé en 2016 par deux psychologues et une économiste. Les trois femmes ont ainsi voulu dénoncer le fait que quand on parle des dangers liés aux nouvelles technologies, on parle toujours de la cybercriminalité, du cyberharcèlement et de la sécurité sur Internet, mais jamais des effets néfastes que ces technologies peuvent avoir pour la santé mentale de l’individu. Zuzana Pavelcová raconte son expérience :

« J’ai travaillé dans le domaine de la santé publique. Avec ma collègue, nous avons découvert, lors de divers examens psychologiques et de psychothérapies, à quel point le monde virtuel influence l’état psychique et la vie de nos patients. C’était quelque chose dont nous n’avons pas parlé à l’université. Nos enseignants ne considéraient pas cette problématique comme importante. Mais tout d’un coup, notre expérience était différente. Le quotidien de nos patients était envahi par ce monde numérique, ils avaient souvent un problème d’identité mais nous ne savions pas comment les traiter. C’est la raison pour laquelle nous avons commencé à aborder ce thème de manière plus systématique. »

Photo illustrative: fancycrave1 / Pixabay, CC0Photo illustrative: fancycrave1 / Pixabay, CC0 La psychologue ajoute cependant que cela ne veut en aucun cas dire que l’usage des technologies est purement négatif pour la santé mentale. Pour Zuzana Pavelcová, l’institut essaie tout simplement de montrer les deux facettes de la problématique :

« En 2016 encore, les technologies ont été présentées dans la sphère publique uniquement du point de vue positif : on a parlé de leurs avantages, de la digitalisation des écoles et de leur rôle futur dans le développement et dans l’éducation. Mais personne ne s’est intéressé à leurs effets négatifs pour la santé physique et psychique. L’un des objectifs de notre institut était donc d’ouvrir ce débat dans la société. »

Reconnaître une addiction est difficile

Afin d’approfondir leurs connaissances dans ce domaine, les psychologues ont commencé à collaborer avec le professeur Manfred Spitzer, un neuroscientifique et expert en addictions aux nouvelles technologies qui enseigne à l’Université d’Ulm en Allemagne.

Mais comment donc définir une addiction aux nouvelles technologies ? Une question à laquelle même les chercheurs ne savent pas répondre à l’unisson. Récemment, l’Organisation mondiale de la santé a pour la toute première fois classé l’addiction aux jeux vidéo sur la liste des maladies et des problèmes de santé. Quant aux autres types d’addiction aux nouvelles technologies, la frontière entre un usage normal et un usage excessif reste assez floue. Zuzana Pavelcová :

Photo illustrative: natureaddict/Pixabay, CC0Photo illustrative: natureaddict/Pixabay, CC0 « Pour moi, le problème survient au moment où les technologies ne servent plus de moyen de travail ou d’auto-éducation et commencent à nous dépasser, à endommager, voire même à se substituer à nos relations avec les autres. Souvent, les gens que je rencontre se rendent compte de leur problème lié à l’utilisation excessive de technologies, qu’il s’agisse de réseaux sociaux, d’internet, de jeux vidéo ou de shopping en ligne. Ils savent que ces technologies troublent leur vie. Des adultes ont des problèmes de couple, des adolescents ont des problèmes avec leurs parents, etc. Ils essaient donc de réguler l’usage de ces technologies mais ils n’y arrivent pas. »

L’institut Re:life propose des ateliers et des conférences sur différents thèmes liés à la problématique, ainsi que des thérapies destinées aux familles et aux particuliers. Malgré leurs efforts pour toucher également de jeunes adultes qui ont déjà grandi avec les nouvelles technologies et pourraient donc être menacés par leurs effets négatifs, ce sont surtout les parents d’adolescents qui s’adressent à l’institut Re:life pour y chercher de l’aide. D’après Zuzana Pavelcová, il est en effet plus facile de s’apercevoir d’un problème chez les autres, d’autant plus s’il s’agit d’un enfant.

 « Les parents doivent commencer par eux-mêmes »

Pour la psychologue, une autre partie très importante de son travail est la prévention chez les élèves. C’est la raison pour laquelle Re:life organise des séminaires dans différentes écoles à Prague. Et la demande est énorme :

« Nous essayons de pousser ces enfants, à l’aide de différents jeux, à s’apercevoir de la face cachée des nouvelles technologies, à se rendre compte de ce que ces technologies leur apportent et ce qu’elles leur prennent en revanche. A réfléchir comment ils peuvent tous seuls réguler l’usage des technologies dans leur temps libre. Nous avons par exemple un jeu qui s’appelle ‘Dessine ton addiction. Les enfants sont en groupe et essaient de dévoiler les symptômes de l’addiction aux nouvelles technologies. Ensuite, ils dessinent à quoi peut, selon eux, ressembler une personne souffrant de ces symptômes. Ensuite, ils peuvent par exemple mettre en place des règles qui pourraient les aider à ne pas devenir dépendants. Ce travail avec les enfants est très amusant car ils sont très créatifs et intéressés par ce sujet. Ils savent en effet qu’il s’agit d’un phénomène de notre époque qu’ils ne comprennent pas encore très bien mais qu’ils voudraient apprendre à gérer. »

A l’avenir, l’insitut souhaite organiser des ateliers similaires dans d’autres villes de République tchèque. Mais comme l’explique Zuzana Pavelcová, ces séminaires, même s’ils sont très populaires auprès des enfants, ne peuvent servir que de tremplin et ne peuvent pas se substituer au rôle de la famille :

Photo illustrative: Pixabay, CC0Photo illustrative: Pixabay, CC0 « Il est très important que les parents commencent par eux-mêmes. Leurs méthodes fonctionneront ensuite pour leurs enfants. Les enfants perçoivent en effet la problématique de l’usage des technologies de manière très transparente. Ils disent souvent : ‘maman les utilise tout le temps, papa aussi, pourquoi devrais-je apprendre à me réguler’ ? Ce sont les parents qui sont donc clés, ils sont l’alpha et l’oméga. Ni l’école, ni aucun système scolaire ne peuvent remplacer cet exemple au sein de la famille. »

Depuis août dernier, les psychologues préparent donc aussi des séminaires destinés aux parents. Ceux-ci y apprennent par exemple comment ils peuvent eux-mêmes réguler l’usage des nouvelles technologies, comment fixer des règles pour leurs enfants, comment parler avec les enfants des risques des nouvelles technologies ou comment reconnaître les premiers symptômes d’un éventuel problème.