Les kangourous de retour parmi l'élite du football tchèque

La nouvelle saison du championnat tchèque a commencé ce week-end, avec pour la première fois depuis longtemps quatre équipes praguoises dans la Gambrinus Liga, l'équivalent de la Ligue 1. Parmi ces quatre équipes, à côté des deux grands clubs de la capitale, le Sparta et le Slavia, et du Viktoria Zizkov, on trouve le FC Bohemians 1905, une équipe généralement désignée par le terme Bohemka et dont le kangourou est le symbole. Le club du quartier de Vrsovice, à l'agonie il y a à peine deux ans, renaît aujourd'hui de ses cendres, grâce avant tout à ses supporters, qui se sont cotisés pour le sauver de la faillite.

Le stade à Vrsovice, photo: Kristýna MakováLe stade à Vrsovice, photo: Kristýna Maková Ce dimanche à Vrsovice, c'était jour de football. Un grand jour pour tous les fans du FC Bohemians 1905, de retour en première division cette saison après des années de galère. En 2005, 100 ans après sa création, le club criblé de dettes n'a dû son salut qu'à l'initiative de ses supporters qui ont tous mis la main au porte-monnaie. Ingénieur d'une trentaine d'années, Jan a mis 2000 couronnes dans le pot commun :

« Bohemka, c'est mon club préféré depuis que je suis tout petit. Et quand il y a eu ces problèmes, j'ai donné de l'argent pour le sauver parce que personne ne voulait investir dedans. Finalement ça a marché et c'est super ! Moi je fais partie des supporters typiques, qui quand ils étaient jeunes ont vu le club briller dans les années 1980. Moi, j'avais 6 ou 7 ans quand j'ai commencé à venir ici, et ça m'est resté ! »

Photo: Kristýna MakováPhoto: Kristýna Maková Dimanche, ils sont tous venus, tout de vert et blanc vêtus, et certains voulaient montrer qu'ils connaissaient bien la musique :

« Bohemka est et sera, et nous serons toujours là ! »

Ce club est un monument du football tchèque. 1905 est l'année de son inscription sous le nom AFK Vrsovice à la Fédération tchèque de football, qui ne comptait alors que quatre membres (Sparta, CAFC Vinohrady, SK Zizkov et SK Cesky Brod).

1927 : année d'une légendaire tournée en Australie pour le club, qui prend le nom de AFK Bohemians pour que les locaux sachent qu'ils viennent de Bohême et surtout pour qu'ils puissent prononcer le nom de l'équipe. Tournée triomphale que cette virée en Océanie, d'où les Praguois reviendront avec deux kangourous, le marsupial étant resté depuis le symbole du club.

Sous le protectorat nazi, les Bohemians au nom trop anglophone pour l'occupant devront s'appeler Bohemia tout court. Après-guerre et après le coup de Prague, les camarades du parti décideront de changer le nom du club à plusieurs reprises, de Sokol Zeleznicari Praha, il devient Spartak Stalingrad en 1952 puis TJ CKD Praha en 1962 pour redevenir TJ Bohemians CKD Praha en 1965.

Les années 1970 et 1980 seront les années de gloire pour les Bohemians. Champions de Tchécoslovaquie en 1983, ils participeront neuf fois de suite aux coupes d'Europe. Et c'est sur la pelouse du stade de Vrsovice, Dolicek, qu'Antonin Panenka a travaillé à l'entraînement ce qui allait devenir « la panenka ».

Antonin Panenka, photo: CTKAntonin Panenka, photo: CTK Ils sont rares, très rares même, les joueurs de foot qui ont donné leur nom à un geste technique particulier. Pelé, Maradona, Platini ou Zidane n'ont pas eu cet honneur. Et quand Zidane dépose son pénalty sous la barre de Buffon en finale de Coupe du monde, certains disent même que c'est une panenka. Madjer a laissé son nom à une talonnade, Arconada à une bourde, et Panenka de la Bohemka à une pichenette légendaire, « la pichenette de Vrsovice », dernier tir au but qui a permis à la Tchécoslovaquie de devenir championne d'Europe en 1976.

« J'ai inventé ce pénalty ici, sur la pelouse de Bohemka. Après chaque entraînement je faisais des concours avec le gardien Hruska. Je tirais des pénaltys et on jouait pour des bières ou du chocolat mais il gagnait toujours parce que c'était un bon gardien. Alors j'ai commencé à réfléchir à une manière de le battre, et je me suis aperçu qu'en levant un peu la balle au centre du but, il était difficile pour le gardien qui avait anticipé sur un côté de revenir. C'était deux ans avant la finale de Belgrade. L'inconvénient, c'est que j'ai commencé à grossir, en gagnant à mon tour chocolat et bières... »

Pour ce péno d'anthologie made in Vrsovice, le roi Pelé dira de Panenka que « cet homme est soit un fou soit un génie »... Aujourd'hui, Antonin Panenka est le président du FC Bohemians 1905. Pour lui, maintenant que le club est revenu parmi l'élite, il s'agit d'y rester :

« J'ai joué ici pendant 23 ans ; je suis arrivé à la Bohemka quand j'avais 9 ans, en 1957. Pour moi c'était la fête, des souvenirs inoubliables. Depuis mes débuts et depuis que je fais partie des dirigeants, le stade a beaucoup changé. Pour cette nouvelle saison, on a d'ailleurs dû le mettre aux normes de la première division. Je suis confiant, nous avons un public exceptionnel. Quand sur le terrain les choses se passent mal, les chants et les encouragements des supporters parviennent à motiver les joueurs pour remporter le match. »

Photo: Kristýna MakováPhoto: Kristýna Maková Malgré leurs fervents supporters, dans un stade complet avec 6710 spectateurs, les kangourous n'ont pas réussi leur retour dans la Gambrinus Liga. Mettons-ça sur le compte du trac, ils ont pris 2-0 face à Ostrava... Mais il en faudra plus, beaucoup plus, pour décourager les supporters. Avec impatience, ils attendent les derbys praguois. Et il y en aura une dizaine cette année...