« Les enfants africains nous appelaient les piroguiers du ciel »

05-06-2012

Retour, dans cette rubrique, à l’aéroport de Vodochody, à quelques kilomètres au nord de Prague. Samedi dernier, une quarantaine de pilotes professionnels et amateurs en provenance de toute la France y ont organisé des vols de découverte destinés à des enfants handicapés tchèques. La manifestation s’est déroulée dans le cadre du Rallye Aéro France, lancé en 1995. Cette année, les participants à ce rallye parcourent la voie aérienne entre Paris et Bucarest, ouverte en 1920.

Nous sommes à l’aéroport de Vodochody, à une vingtaine de kilomètres du centre de Prague. C’est un aéroport privé, destiné pour l’instant aux avions de taille réduite et où s’entraînent également des pilotes de chasse, mais qui aspire à devenir un aéroport international, comparable à celui de Prague-Ruzyne. C’est donc sur la piste de l’aéroport de Vodochody que se sont posés, samedi midi, quatorze avions de sport avec, à leur bord, les participants à la 18e édition du Rallye Aéro France. Celui-ci emmène les pilotes, venus de tous les coins de la France, ainsi que leurs amis, à la découverte de la République tchèque, de la Hongrie, de la Croatie, du Monténégro et de l’Italie. Ce rallye aérien avait comme point de départ, samedi matin, l’aérodrome de Strasbourg. Nous écoutons les pilotes Christian Dalbin et Thierry Blanzat, venus à Prague à bord d’un Cessna 182 qui appartient à leur collègue Bruno Philippe. Nous écoutons Christian et Thierry :

 « Nous sommes partis de nos provinces vendredi. Nous nous sommes rassemblés à Strasbourg et nous sommes allés à Prague. »

En combien de temps avez-vous parcouru la distance entre Strasbourg et Prague ?

 « En ce qui nous concerne, le vol a duré exactement 2h15. Mais il y a des avions plus rapides qui ont mis moins de temps et, au contraire, des avions un peu plus lents. On va dire que la durée du vol a été entre 1h50 et 2h45 pour les plus lents. »

Cela s’est bien passé ?

 « Très bien. La météo n’était pas extraordinaire, mais l’arrivée à Vodochody a été assez sympathique. Regardez, il y a du soleil ! Il ne fait pas très chaud, la température était plus élevée à Strasbourg. En fait, chaque année, nous faisons un rallye différent. L’année dernière, nous sommes allés jusqu’à Beyrouth, en passant par la Grèce et Chypre. Nous étions deux fois en Lybie, ainsi qu’en Afrique centrale et dans les pays nordiques. »

Comment se déroule un tel rallye ?

 « C’est difficile à dire. Ce sont différentes individualités rassemblées dans un avion. Il n’y a pas beaucoup de dialogue entre les avions. Tout le monde suit le périple. Il y a une activité au sol qui consiste à visiter les pays que l’on traverse, à découvrir des pays et des régions où nous ne sommes jamais allés. »

Habituellement, les rallyes durent une semaine, comme celui de cette année ?

 « Cela peut durer jusqu’à trois semaines. Il est difficile de se libérer pour des périodes plus importantes. Tout le monde n’est pas retraité comme mon ami Christian ici présent. (rires) »

Vous-même, Thierry Blanzat, que faites-vous dans la vie ?

« Je travaille pour France Télécom Orange. Je m’occupe d’un data center. »

Les Rallyes Aéro France, nous l’avons déjà dit, ont aussi une dimension solidaire et sociale, les pilotes organisant des vols de découverte destinés notamment aux enfants handicapés. Thierry Blanzat :

« Nous proposons de tels vols si possible au cours de chaque rallye. Parfois, c’est un peu difficile à organiser localement. Cela nous permet d’améliorer les contacts quand on arrive quelque part, et puis les gens nous perçoivent différemment. En principe, les enfants sont contents et cela fait plaisir également aux adultes. »

Bruno Philippe vit à Paris et pratique l’aviation depuis vingt-cinq ans, de manière plus intense encore depuis son départ à la retraite en 2009. Depuis une dizaine d’années, ce médecin cardiologue participe régulièrement aux Rallyes Aero France. Il a co-organisé notamment des voyages à tendance humanitaire en Afrique :

 « Les rallyes ont été organisés par une ONG. Nous, les pilotes, nous avons apporté une participation financière. Nous avons fait connaissance de la population locale et nous, qui sommes médecins, nous avons aussi apporté un peu de notre savoir-faire en passant. Plus concrètement, en 2006, nous étions au Burkina Faso, et en 2007 nous sommes allés au Congo-Brazzaville. »

Vous avez votre propre avion…

 « Oui, je m’y suis lancé. Pendant longtemps, j’ai volé dans des aéroclubs qui sont très nombreux en France. Mais dans les aéroclubs, on est toujours limité par des avions qui sont libres. Tandis que quand on a son propre avion, on peut voler quand on a du temps, et c’est merveilleux. J’ai un Cessna 182. C’est un appareil quadriplace que j’ai pu acheter neuf en 2007. Il est très bien équipé, avec toute l’avionique moderne, le pilote automatique… Il a tout pour rendre le voyage agréable. »

Alors… que puis-je vous souhaiter ? Bon vent ?

 « Bon vent, oui, cela se dit aussi, comme pour les marins. Je me souviens qu’en Afrique, les enfants nous appelaient ‘les piroguiers du ciel’… »

Près de la piste, on retrouve Christian Dalbin qui pilote un des appareils :

« On va emmener un petit garçon qui est épileptique. Il est accompagné par son grand-père. »

« En effet, j’accompagne mon petit-fils qui s’appelle Martin Malíček. Nous sommes tous les deux ravis parce qu’il n’a encore jamais pris l’avion. Cette opportunité qui nous est offerte par Rallye Aéro France nous a fait un énorme plaisir. »

Didier Cariou est lui aussi pilote. Il assiste au décollage des avions avec des enfants à bord :

 « C’est toujours une grande émotion de voir des enfants monter dans l’avion et d’en ressortir, sauf quand ils sont malades, évidemment. Mais cela arrive rarement. Aujourd’hui, le vol risque d’être un peu turbulent, à cause des nuages qui sont bas, mais il devrait quand même être agréable. Il y a donc quatre avions qui vont décoller dans un intervalle de quelques minutes. Ensuite, nous allons mobiliser d’autres appareils pour tous les enfants qui voudront partager ce plaisir. Il y a toujours un adulte accompagnateur et un ou deux enfants par avion. On avait fait la même opération, il y a deux ans, à Tunis. »

Cela se passe de la même manière dans tous les pays ?

 « L’idée est de donner des points caractéristiques de la région, pour que les enfants puissent reconnaitre ce qu’ils vont survoler. Cela permet aux enfants de voir leur environnement du ciel, ce qui est toujours magique. Nous allons voler assez bas, nous serons entre 1 500 et 2 000 pieds, donc à une altitude située entre 700 et 800 mètres. Bien évidemment, on adapte l’altitude en fonction du relief. Mais nous n’allons pas monter très haut, pour pouvoir profiter des jolis paysages et des châteaux qui vont être survolés. »

 « Ce matin, nous avons tous décollé de Strasbourg et c’est un grand changement de se retrouver ici. »

Vodochody est un petit aéroport, n’est-ce pas ?

 « La piste est quand même longue. Hier, nous nous sommes posés sur un terrain qui faisait 700 mètres de long. Ici, la piste est infiniment plus grande, elle fait plus de 2 000 mètres. Le circuit que nous allons parcourir fait environ 50 kilomètres. C’est un triangle qui permet de survoler deux châteaux. Le vol va durer entre un quart d’heure et vingt minutes. »

 « Le premier avion qui décolle vient de la Vendée, dans l’ouest de la France. Le pilote qui est aux commandes est expérimenté, il a beaucoup volé en Afrique et en Europe. Il vient de construire un avion de collection. C’est un Mosquito, un avion de la Seconde Guerre mondiale. C’est un vrai passionné. »

Quelle est, pour l’instant, votre plus belle expérience de pilote ?

 « J’en ai une aux Etats-Unis, en arrivant sur le Lac Powell, par le coucher de soleil. Le soleil se reflétait sur le lac et sur les côtés, il y avait des falaises de couleur ocre. Il n’y avait absolument pas de vent, donc l’arrivée était magique. Comme si c’était un rêve, un rêve que j’ai partagé avec ma compagne et mon petit garçon qui n’avait jamais volé. Une autre expérience inoubliable, je l’ai vécue au milieu du Ténéré, au Sahara, où j’ai survolé l’Arbre de Thierry Sabine. Il était un des organisateurs et initiateurs du Paris-Dakar. Il est mort dans le désert. Au milieu de nulle part, il y a donc un arbre que j’ai eu l’occasion de survoler en 2003. C’était émouvant, car j’imagine qu’il y a peu de pilotes français, ou de pilotes tout court, qui ont pu survoler en plein désert un tel symbole de la passion saharienne. »

Pour avoir un souvenir aussi inoubliable, il suffit parfois de parcourir cinquante kilomètres en Bohême centrale. En effet, les vols proposés par Rallye Aero France à l’aéroport de Vodochody ont été appréciés tant par les enfants que par les adultes. Un des passagers, qui a accompagné son fils handicapé, nous a confié ses impressions après avoir quitté l’avion :

 « C’était notre tout premier vol et c’était merveilleux. Nous avons survolé le château de Veltrusy, la ville de Mělník et le confluent de l’Elbe et de la Vltava. Nous avons fait ensuite le tour du mont de Říp et sommes revenus. A part ça, nous avons vu des usines chimiques de la région. Ce n’est ce qu’il y a de plus beau ici, mais c’est aussi intéressant vu d’en haut. »

www.rallyeaerofrance.com

05-06-2012