Le disque vinyle: un savoir-faire tchèque

Disques vinyles de GZ Digital Media, photo: www.gzcd.com

Lodenice est le nom d'un village situé à environ 10 kilomètres à l'ouest de Prague. C'est là, depuis maintenant plus d'un demi-siècle, que l'on fabrique des disques vinyles. L'usine de Lodenice, qui emploie 700 personnes, attire aujourd'hui musiciens et producteurs du monde entier.

De passage en Tchéquie pour faire presser leurs disques, Baron Black et King Kalabash, deux chanteurs de reggae français, originaires de la Martinique, expliquent les raisons du choix de la République tchèque. Des raisons avant tout financières, mais pas uniquement:

"Pour 1000 singles, c'est moitié moins cher qu'en France, sans compter les droits de reproduction mécanique qu'il faut payer en France. C'est une différence de prix, mais il ne faut pas oublier que c'est une question de qualité aussi. On voit ce que c'est par rapport à d'autres pays"

Le savoir-faire tchèque remonte au début des années cinquante. Sous le régime communiste, l'entreprise Gramofonove zavody de Lodenice était déjà réputée pour la qualité de ses produits. Jon Powell est le directeur commercial de GZ Digital Media, société aujourd'hui propriétaire de l'usine:

"Le disque vinyle, c'était le produit fabriqué au départ par GZ depuis l'année 1951. A l'époque, il y avaient 90 presses, et il en reste aujourd'hui 20, ce qui est relativement beaucoup par rapport à nos concurrents en Europe. Ca marche très très bien, nous faisons toutes sortes de disques vinyles, toutes sortes de modèles, de dimensions et de couleurs."

En ce qui concerne les droits d'auteurs, la politique de l'entreprise et devenue très stricte.

"Nous demandons à tous nos clients de fournir la preuve qu'ils ont réglé les droits d'auteurs dans leur pays d'origine. Vous ne pouvez pas contourner la règle. GZ a signé des accords internationaux contre le piratage, notamment avec la société IRMA."

Le lacquer, c'est le produit original envoyé en vue de faire presser son disque. Si le client fait appel aux services de l'usine de Lodenice, ce n'est pas par hasard. Jon Powell:

"Nous coupons un genre de lacquer ici qui s'appelle Direct Metal Master (DMM) et qui est le dernier développement de la technologie vinyle. Cela donne la meilleure qualité possible."

Mais la qualité des disques vinyles pressés en République tchèque vient surtout de la matière première. James Bolson, en charge du département vinyle de GZ digital media:

"Je pense que désormais, la qualité n'a pas à voir avec les machines employées mais avec notre matière première, les grains de PVC que vous voyez ici, que nous fabriquons nous même. Beaucoup d'usines de pressage considèrent que nous travaillons avec la meilleure matière première en Europe. Ce que vous voyez ici, c'est la base de tout, c'est ça le disque vinyle!"

L'usine de Lodenice tourne 24 heures sur 24. Aux presses, les ouvrières font les trois 8.

"Ceci est la matière brute, ça ressemble à du sucre noire qui, une fois chauffé, va former une espèce de mélasse qui descend dans les presses"

Le développement des nouvelles technologies n'a pas entraîné la disparition totale du disque vinyle. DJ anglais installé depuis longtemps en Tchéquie, James Bolson reste convaincu que l'avenir du vinyle n'est pas aussi sombre que l'on pourrait le penser:

"Le vinyle n'est pas mort, Le marché est très spécialisé mais il est toujours là. La culture DJ a très certainement contribué à cela, mais je pense que beaucoup de gens aiment tout simplement le vinyle, pour la musique classique, la pop, le rock, et surtout la House et la Techno."

En ce qui concerne les perspectives d'avenir pour le marché du disque vinyle et pour l'usine de Lodenice, Jon Powell, le directeur commercial de l'entreprise, est très optimiste:

"Actuellement le produit ne baisse pas, le marché augmente même, il n'est limité que par la capacité de production. Si nous pouvons doubler la capacité de notre usine, on peut trouver les commandes. Le marché pour les cinq prochaines années est solide, il n'y a pas d'autre produit en concurrence avec le vinyle. Le problème principal reste les pièces de rechange pour les machines, qui sont très difficiles à trouver et extrêmement chères"

Même si le vinyle conserve une place non négligeable, c'est désormais la production de CD et de DVD qui constitue la part la plus importante de l'activité de la société GZ Digital Media. Une société privatisée après la révolution de velours, aujourd'hui détenue en majorité par des capitaux américains, et qui produit 450 000 CD par jour. La sécurité a même du être renforcée récemment en raison d'un contrat passé avec Microsoft pour la fabrication de CD pour ses logiciels.