Le Centre tchèque lance la première Nuit de la littérature à Paris

05-02-2013

Cinéaste et diplomate, Michael Wellner-Pospíšil a passé une grande partie de sa vie à Paris. Dans la première moitié des années 2000, il a transformé le Centre tchèque, situé 18 rue Bonaparte, au cœur du Quartier latin, en une des institutions culturelles tchèques les plus actives à l’étranger. Après avoir dirigé l’institut de Sofia, ainsi que l’ensemble du réseau des Centres tchèques dans le monde, Michael Wellner-Pospíšil est de retour, depuis quelques mois, dans la capitale française. Via Hrabal, un cycle de débats intitulé « Le cénacle européen » ou encore « La nuit de la littérature », où des personnalités connues présentent dans des endroits inhabituels des extraits d’œuvres littéraires contemporaines – tels sont quelques-uns de nouveaux projets du Centre tchèque de Paris que Michael Wellner-Pospíšil évoque, dans ce magazine, au micro de Radio Prague.

Michael Wellner-Pospíšil, photo: ČTMichael Wellner-Pospíšil, photo: ČT Vous êtes revenus à Paris après cinq ans. Qu’est-ce qui vous a surpris, quel Paris avez-vous retrouvé cette fois-ci ?

 « J’ai retrouvé Paris telle qu’il était il y a cinq ans. Comme je revenais relativement souvent voir ma femme, voir aussi comment ça se passait ici, je n’étais pas particulièrement surpris. Je dois avouer que je suis très content d’avoir cette occasion de revenir ici à nouveau et de pouvoir en plus profiter l’expérience que j’ai acquise à Sofia, en Bulgarie, et aussi à Prague. »

Revenons à votre enfance et jeunesse. Comment êtes-vous arrivé à Paris ? Par quoi cette ville et ce pays vous ont autant séduit ?

 « Le pays m’a beaucoup séduit, puisque mon père était francophone et francophile, il a fait son baccalauréat au lycée français de Plovdiv, en Bulgarie, donc le français était comme sa langue maternelle. Moi, j’ai fréquenté le Lycée Jan Neruda à Prague et j’ai eu ensuite la chance d’obtenir la bourse du gouvernement français pour terminer à Paris mes études de cinéma, entamées à la FAMU de Prague. Je suis immédiatement tombé amoureux de cette ville et puis c’était aussi la lecture des ‘Trois mousquetaires’ d’Alexandre Dumas qui m’a fait aimer la capitale. Je retrouvais dans certains endroits les images de Gustave Doré, l’illustrateur des ‘Trois mousquetaires’. Paris m’a toujours été très proche, je ne sais pas pourquoi… Peut-être par le caractère, le mode de vie des Français et des Parisiens qui m’ont toujours parfaitement convenu. Ensuite, j’étais très content d’avoir rencontré ma femme qui est Française. Je me suis installé en France, et notamment à Paris, en 1979-1980. »

Vous êtes donc cinéaste de profession. Vous avez entre autres participé au film de Věra Caïs, présenté dans le cadre du projet Via Hrabal que vous venez d’inaugurer au Centre tchèque.

'Une trop bruyante solitude''Une trop bruyante solitude' « Oui, j’étais premier assistant sur le film ‘Une trop bruyante solitude’ avec Philippe Noiret, Jean-Claude Dreyfus, Jiří Menzel et Hrabal lui-même. J’ai toujours été un grand admirateur de Hrabal et auparavant j’avais fait deux films documentaires sur Hrabal pour la télévision française, avec mon ami Patrick Casals qui est un très grand réalisateur de films documentaires en France. Nous avons fait ensemble deux films, un pour Arte et un autre pour France 3. J’ai eu l’occasion, le bonheur et l’honneur de m’approcher de Hrabal et d’aller aussi à sa table, dans le bistrot pragois Au Tigre d’or - en fait il s’agit d’une tablée. Les gens continuent à se réunir autour de cette table même après la mort de Hrabal tous les mardis de quinze heures à dix-sept heures. C’est quasiment une obligation mais une obligation très agréable de venir là-bas, de débattre avec les gens qui s’y réunissent, alors que l’esprit de Hrabal flotte autour d’eux... Comme j’ai toujours eu une grande faiblesse pour ce grand écrivain, je me réjouis d’avoir lancé l’opération Via Hrabal qui se déroule actuellement au Centre tchèque, avec notamment une exposition à l’occasion du 99ème anniversaire de la naissance de l’écrivain. Puisque c’est le 99ème et non pas le 100ème anniversaire, on a devancé tous les autres d’un an. Pour cette manifestation, nous avons trouvé un partenaire extrêmement sympathique : la célèbre librairie du Quartier latin ‘La Hune’ qui se trouve juste à côté de l’Eglise Saint-Germain-des-Prés. Ils ont été enchantés par notre projet et ils nous ont permis d’installer toute une vitrine consacrée à Hrabal. »

Quelle est actuellement la fréquentation du Centre tchèque de Paris ? Qui sont ses visiteurs ?

 « J’ai l’impression que les visiteurs sont souvent les jeunes, il y a évidemment pas mal de Tchèques qui vivent à Paris, mais je ne pense pas qu’ils soient majoritaires. Ce sont plutôt les Français, il arrive souvent que nos sympathisants tchèques qui amènent au Centre leurs amis français. Je dirais qu’il y a à peu près quatre cinquièmes de visiteurs français et un cinquième de Tchèques. Le nombre de visiteurs me paraît assez important, notamment les soirées de jazz organisées tous les vendredis soir qui sont extrêmement bien fréquentées, ainsi que des projections de films, des expositions, des débats, des conférences etc. Ça marche bien et pourtant ce n’est pas facile : Paris même offre tellement de propositions culturelles qu’il devient impossible de suivre tout ce qui est intéressant. Actuellement, vous avez à Paris cinq ou six expositions absolument fantastiques ! Il est très difficile de trouver sa place et d’attirer l’attention du public, mais on y arrive et je pense qu’on se débrouille plutôt bien. »

Avez-vous un rêve, un projet que vous voudriez absolument réaliser avant la fin de votre mandat du directeur du Centre tchèque ?

Photo: Google MapsPhoto: Google Maps « J’aimerais bien mettre en place deux projets qui me tiennent beaucoup à cœur. Mon rêve serait que le Cénacle européen du Centre tchèque devienne aussi populaire comme les soirées du jazz et j’aimerais aussi lancer la Nuit européenne de la littérature. Je souhaite également collaborer, de manière beaucoup plus intense, avec les régions. Nous avons déjà entamé des négociations avec certaines villes, comme Lille, Lyon, Marseille ou Grenoble. Quant à la Nuit européenne de la littérature, c’est un projet qui a suscité l’intérêt de mes collègues des instituts culturels étrangers à Paris. Je me suis servi de mes expériences pragoises, car la Nuit de la littérature à Prague, organisée par les Centres tchèques depuis six ou sept ans, est une manifestation très prisée du public pragois. J’ai donc proposé ce projet à mes collègues regroupés dans l’organisation FICEP (Le Forum des instituts culturels étrangers de Paris) que j’avais par ailleurs cofondée il y a très longtemps avec un ami canadien. Nous allons avoir à peu près une quinzaine de pays participants à cette manifestation qui sera soutenue par le ministère français de la Culture, la ville de Paris et le FICEP. Je suis très content que ce beau projet, lancé par les Centres tchèques et qui a remporté tant de succès à Prague mais aussi dans d’autres villes où nous l’avons ‘exporté’, par exemple à Edinburg, Dublin, Moscou, Londres ou Stockholm, verra également le jour à Paris. »

Quand est-ce qu’on peut s’attendre à la réalisation de ce projet ?

 « La Nuit européenne de la littérature aura lieu le 1er juin 2013 et se déroulera dans le 6e arrondissement, dans le Quartier latin. »

http://paris.czechcentres.cz
http://www.nocliteratury.cz

05-02-2013