J'habite dans le château où composait Haydn

Zoltan Duphénieux habite à Dolni Lukavice, quelques kilomètres au sud de Plzen, dans le château du village. Un château en mauvais état, confisqué aux ancêtres de Zoltan par les communistes et restitué récemment. Un château dont le propriétaire d'origine était le comte von Morzin, qui a employé Joseph Haydn en 1758 comme maître de chapelle. C'est dans ce château que Joseph Haydn a composé sa première symphonie, la symphonie de Lukavice (Lukawitzer Symphonie).

Château de Dolni Lukavice, photo: Libor Tomšík et Magdalena Moeller, CC BY-SA 3.0 UnportedChâteau de Dolni Lukavice, photo: Libor Tomšík et Magdalena Moeller, CC BY-SA 3.0 Unported « Je suis Zoltan Duphénieux, ici on m'appelle « le comte », même si je n'en suis pas un. C'est plutôt rigolo. Je suis franco-tchèque, j'ai toujours vécu en France mais je vis ici depuis un peu plus de trois ans. Nous sommes ici avec ma mère pour nous occuper de cette restitution, de ce château qui a été restitué à mon grand-père. Nous sommes entre Plzen et Klatovy, dans la Bohême profonde. Ce château a été construit en 1706 si je ne me trompe, par le comte Morzin. Comme beaucoup de gens le savent, Haydn a habité ici et a composé ses premières symphonies. »

Une de ses symphonies, la première, porte même le nom de ce village.

 « Oui, Lukavicka, et voilà où Haydn habitait. Il y avait une belle fresque dont on ne voit plus grand-chose. En fait on est situé en face de la chapelle, il y a très peu de châteaux qui possèdent une chapelle comme celle-ci avec un dôme. C'est la plus vieille pièce du château, il y a beaucoup de travail à faire. Et encore on a de la chance que le magnifique autel n'ait pas été volé. C'est une chose normale le pillage, je pense que si j'avais été du village j'aurais fait pareil... Mais il y a eu des dégâts très récents aussi. Dans la grande pièce il y avait deux miroirs, cassés à coups de pierre par des gamins, des miroirs qui valent très cher et qui avaient résisté tout ce temps... »

Tu as 30 ans, quand et pourquoi as-tu décidé de venir vivre ici avec ta mère ?

« Ça fait une dizaine d'années qu'a commencé le processus restitution. Petit à petit c'est venu, on a eu le château, elle est d'abord venue commencer à faire ce qu'elle pouvait ici avec le peu d'argent qu'on avait. Je l'ai rejointe un an après. »

De quand date la décision finale de restitution ?

« Il faudrait demander ça à ma mère pour les dates exactes. A la fin de l'année dernière, nous avons récupéré la brasserie, où le grand-père faisait de la bière pour Pilsner Urquell. »

On fait encore de la bière ici ?

« Non, malheureusement ils ont liquidé tout le matériel, vendu au prix du métal à l'époque... »

On vient de sortir dans le parc...

Château de Dolni LukaviceChâteau de Dolni Lukavice « Oui, avec quelques statues qui traînaient sur le côté dans les bosquets et qu'on a récupérées... Le château fait 1000 m2 au sol, il y a 1500 m2 autour et je ne me souviens pas de la surface du parc. »

C'est plutôt classe de vivre à 30 ans là où composait Haydn...

« Oui, oui, j'apprécie, même si je ne suis pas très fan de Haydn... C'est un des compositeurs classiques que je n'aime pas trop... »

Alors quels sont les côtés négatifs quand on vit ici à l'année ?

« Il fait froid ! »

Et l'isolement, pas trop dur ?

La brasserieLa brasserie « Non, j'apprécie la campagne. J'ai beaucoup vécu en ville et je n'en pouvais plus. Ca fait partie des raisons pour lesquelles je suis venu ici... Je suis mieux à la campagne. C'est le luxe. Même dévasté, je suis content. Nous attendons pour la brasserie, parce que Ctibor Turba (mime et chorégraphe tchèque, ndlr) a flashé sur la grande pièce et son toit en structure Archimède, sans piliers. Il commence un projet pour obtenir des fonds européens pour pouvoir retaper la brasserie et faire un théâtre. Mais même si je n'arrive pas à trouver de l'argent, ça peut s'écrouler à moitié, j'ai mon autre moitié et je peux toujours chauffer... Moi, ça va, je suis bien, je suis chez moi avec un bel endroit où vivre, très peu de taxes parce que les taxes d'habitation ici ce n'est que l'équivalent de 2500 couronnes par an. Je peux être pauvre tout en habitant ici, ça ne me pose pas de problème. »

C'était Zoltan Duphénieux, et dans la prochaine édition de cette émission nous parlerons avec sa mère, Madame Duphénieux née Veverkova, de l'histoire de la famille et surtout de celle de son grand-père. Ferdinand Veverka, homme politique influent qui avait racheté ce château avant d'être contraint à l'exil en 1948, et qui fut notamment pendant plusieurs années le conseiller politique de l'empereur éthiopien Hailé Sélassié...