Jan Štern, maire de la nuit à Prague : « Les touristes ne réalisent pas toujours qu’ils font la fête dans des zones résidentielles »

27-08-2019

Jan Štern, premier « maire de la nuit » de la ville de Prague, s’est vu confier la tâche de résoudre les problèmes causés par les nuisances sonores et les comportements violents. Mais quels moyens efficaces existent-ils afin de conserver la tranquillité du centre-ville pour ses résidents ? Nous avons discuté de ces questions avec Jan Štern en commençant par aborder les parties de la ville au cœur des problèmes de tapage nocturne :

Jan Štern, photo : Ian WilloughbyJan Štern, photo : Ian Willoughby

Náplavka, photo : Annette KrausNáplavka, photo : Annette Kraus « On peut relever deux épicentres de la vie nocturne et donc des problèmes sonores qui en découlent : la rue Dlouhá et ses environs ainsi que Náplavka. »

Avez-vous rencontré des propriétaires de bars, de boites de nuit dans ces endroits en particulier ? Au premier abord, ça ne semble pas dans leur intérêt de ménager leur clientèle.

 « Oui, j’en ai rencontré, et ils se sont montrés étonnement responsables sur la question. Surtout dans la zone autour de la rue Dlouhá. Ils ont même formé une association appelée Soho Prague qui sert d’intermédiaire avec la ville. Ils savent que s’ils ne coopèrent pas pour résoudre les problèmes et même instaurer quelques mesures, cela pourrait conduire à des régulations strictes. Pour eux, ce serait le pire scénario. »

Il existe un terme tchèque, « noční klid », qui signifie calme nocturne. C’est difficile de faire comprendre aux touristes qu’ils dérangent parfois les résidents?

 « Très difficile. Il y a deux ou trois semaines, nous avons eu l’idée d’organiser une campagne de sensibilisation à l’attention des touristes qui viennent à Prague pour sa vie nocturne. Le but de cette campagne est d’informer les visiteurs sur des règles précises qui nous paraissent à nous, Praguois, naturelles. L’une d’entre elles est bien sur l’heure de calme nocturne, disons 22h. »

La rue Dlouhá, photo : Øyvind Holmstad, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0La rue Dlouhá, photo : Øyvind Holmstad, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 « Une autre est qu’il est interdit de boire de l’alcool dans différents endroits de Prague, notamment dans le centre. Et le troisième message est que même dans la rue Dlouhá, par exemple, vous demeurez dans une zone résidentielle. Et ce qui est intéressant aussi, c’est que les bars et les pubs, de l’association Soho par exemple, coopèrent avec nous en diffusant les visuels de la campagne. »

Lorsque des personnes font trop de bruit après 22h, ou s’ils boivent sur la place publique, ils sont susceptibles de recevoir une contravention. C’est vrai ?

 « Oui bien sûr. Cependant, Prague est l’une des quatre ou cinq villes les plus visitées d’Europe. Il y a donc trop de monde et on ne peut pas juste se reposer sur la police et leur dire : tenez, c’est votre problème. Car la police n’a pas les moyens de gérer une situation comme celle-ci. »

Photo : Sebastian, Flickr, CC BY-NC 2.0Photo : Sebastian, Flickr, CC BY-NC 2.0 Est-ce qu’une des racines du problème n’est pas que Prague, au fil des années, s’est donnée la réputation d’une destination parfaite pour les enterrements de vie de jeune fille ou de garçon, ou l’on trouve de l’alcool bon marché ?

 « C’est le cœur du problème. Et le fait est qu’à présent, ça prendrait des années à la ville pour se débarrasser de cette image. On doit se concentrer sur la culture et d’autres facettes que Prague peut offrir à ses touristes »

Mais pensez-vous vraiment qu’un changement soit possible tant que l’alcool restera bon marché ici ?

Photo : Prague City TourismPhoto : Prague City Tourism « C’est évidemment un élément majeur mais je ne crois pas que Prague soit encore si abordable pour les touristes. Bien sûr, la bière reste peu chère. Je ne pense pas que cela va changer. J’espère que non. Mais désormais, les hébergements et les services ne sont plus aussi bon marché. Je pense que c’est davantage sur l’image de la ville qu’il faut travailler. Celle d’une ville ou vous avez accès aux drogues, ou vous pouvez faire la fête de manière beaucoup plus excessive que la d’où vous venez. »

J’ai entendu parler d’organisateurs d’enterrements de vie de jeune fille ou de garçon qui placeraient les différents groupes dans plusieurs hôtels pour éviter qu’ils se battent. Les agences de voyage qui gèrent l’arrivée des touristes, ont, me semble-t-il, une part de responsabilité dans les nuisances sonores et les violences. Avez-vous pu travailler avec ces agences ?

 « Et bien nous essayons de nous concentrer sur les problèmes les plus importants comme les barathons nocturnes – des tours des bars organisés dans le centre de Prague. Ils y a parfois jusqu’à 100 membres pour un seul guide qui vont d’un pub à l’autre, passant le plus clair de leur soirée dans la rue à faire du bruit. Nous avons donc réussi à nous mettre d’accord sur des mesures, comme par exemple avec les bars de l’association Soho Prague, qui se sont engagés à ne plus collaborer avec les organisateurs de barathons. »

Vyšehrad, photo : Stanislav Jelen CC BY-SA 3.0Vyšehrad, photo : Stanislav Jelen CC BY-SA 3.0 Qu’est-ce que vous répondriez a l’idée que la ville devrait encourager les touristes à sortir du centre-ville pour aller dans des endroits comme Vršovice, Letná ou encore Karlín ?

 « D’un côté, je comprends que les gens qui aiment aller a des endroits comme Vyšehrad, par exemple, les apprécient justement parce qu’il n’y a pas beaucoup de touristes. Ils pourraient se dire : Pourquoi révéler ce secret (rires) ? Pourquoi ne pas le garder pour nous ? D’un autre côté, je ne pense pas que ce soit juste de laisser le centre-ville supporter seul les conséquences du tourisme de masse. »

Avez-vous le sentiment que beaucoup de Tchèques ne veulent plus fréquenter le centre-ville à cause du bruit et des foules de touristes ?

 « Oui, bien sûr. Pour moi, quand j’étais plus jeune, ce n’était jamais une option. Pourquoi aller là-bas ? J’avais d’autres endroits où j’aimais aller comme Vinohrady, Žižkov, Újezd. Mais d’un autre point de vue, je pense que c’est dangereux d’abandonner le centre aux touristes. J’aime beaucoup cette idée que nous sommes en train de réhabiliter le centre-ville pour ses habitants afin qu’ils puissent y habiter sereinement. »

Photo : freestocks-photos, Pixabay / CC0Photo : freestocks-photos, Pixabay / CC0 Nous avons parlé de la situation dans les rues mais j’entends de plus en plus de problèmes liés aux nuisances sonores dans les immeubles. A cause des hébergements type Airbnb, des résidents se plaignent de locataires faisant la fête dans leur immeuble. Y-a-t-il quelque chose que vous puissiez faire ?

 « C’est effectivement un problème mais ça ne fait pas partie de mon agenda. Ce que la ville essaie de faire c’est de parvenir à des accords avec l’organisation Airbnb, ce qui serait un bon point de départ. Un des points qui devra absolument être traité par l’accord est le suivant : comment éviter les situations dans lesquelles plusieurs appartements sont loués par Airbnb dans un même immeuble pour des groupes d’une vingtaine de personnes dont les voisins subissent les conséquences. »

Vous êtes le maire de la nuit à Prague depuis le début de l’année. Quelle expérience en avez-vous tiré ?

 « Je suis vraiment ravi que Prague ait décidé de créer ce concept qui correspond parfaitement, je trouve, à l’esprit de la ville. Le travail a été très enrichissant personnellement et très excitant. J’ai quand même été surpris que ce soit parfois si difficile pour la ville d’accueillir des changements. Je ne suis pas habitué à ça. Là où je vivais jusqu’au début de l’année, tout était bien plus rapide et direct ».

27-08-2019