François Glorieux : un musicien belge qui a entre autres composé un In Memoriam pour Jan Palach

Un musicien belge et un musicien tchèque se sont réunis pour donner des concerts dans leur pays respectif – François Glorieux et Richard Pachman. Tandis que François Glorieux a déjà derrière lui une oeuvre riche et très variée, Richard Pachman en est encore au début de sa carrière. Lors de leur dernier concert à Prague, ce lundi, les deux artistes ont rendu hommage à Jan Palach, qui avait sacrifié sa vie en 1969 pour réveiller la société tchèque et l’inciter à la résistance contre l’occupant soviétique.

La visite de François Glorieux à Prague a été l’occasion pour Václav Richter de s’entretenir avec ce musicien belge de la signification de l’acte de Jan Palach, mais aussi de son œuvre, de sa collaboration avec Richard Pachman et de la musique tchèque.

Vous êtes un artiste à multiples facettes. Pouvez-vous présenter votre art ?

« Je suis, disons, de base classique, mais j’ai toujours été ouvert pour toutes les tendances et j’ai eu l’occasion de diriger des grands orchestres et de travailler avec des grands noms. Je vais citer même des noms de jazz, Stan Kenton, qui était un monument des ‘big band’, Michael Jackson qui a fait appel à moi pour faire des orchestrations et des arrangements. Vous voyez donc cette immense diversité. C’est ainsi que je pourrais me présenter le mieux. Je suis pianiste, compositeur, chef d’orchestre, mais j’ai joué aussi, et je crois que c’est une chose importante, un rôle dans de la domaine de l’improvisation. Je trouve qu’on n’a pas fait assez pour les jeunes. On ne leur a pas assez expliqué et de la bonne manière, pas d’une façon scholastique mais d’une façon sympathique l’art de la musique classique. Et par le truchement de l’improvisation, en travaillant avec les jeunes qui me donnaient des thèmes et des mélodies célèbres et populaires, je leur ai montré toute l’histoire de la musique, de Bach, de Beethoven, Bartok, Ravel etc., à travers des musiques populaires. Et comme ça, ils ont beaucoup appris. »

Vous collaborez souvent avec le jeune musicien et chanteur tchèque Richard Pachman. Pourquoi?

« Richard Pachman m’avait engagé pour mon tout premier récital qui a eu lieu le 10 mai 2005 et c’est ainsi que je l’ai rencontré. Et depuis il y a une grande amitié qui est née. Il m’a fait entendre sa musique et m’a proposé de faire des concerts avec lui, de travailler ensemble. Il était aussi très intéressé par mes improvisations et mes arrangements. C’est ainsi qu’il me donne par exemple des fois des mélodies et me dit ‘Voilà comment moi je les sens et maintenant je voudrais entendre ce que tu en fais’. Et c’est très intéressant, je pense.»

Peut-on dire donc que vous vous complétez avec Richard Pachman ?

« Oui, d’une certaine manière, on peut le dire certainement. Et puis j’ai beaucoup de sympathie pour lui et je crois qu’il a la même sympathie pour moi et j’aime bien d’être avec lui sur scène, aussi, parce qu’il y a une grande entente. Et ce qu’il aime aussi, c’est que, quand je l’accompagne, je ne me tiens jamais à la même version. J’arrive toujours avec de petites surprises. Et ça, il l’aime particulièrement.»

Vous avez un programme dans le cadre duquel vous rendez hommage à Jan Palach. Quel est d’après vous le sens du sacrifice de Jan Palach ?

«D’abord je tiens à dire que le plus beau mot qui existe pour moi dans la littérature c’est l’humanité et le deuxième plus beau mot est la liberté et aussi la paix. Pour moi c’est d’abord un symbole d’un énorme courage et d’un immense amour pour son pays. C’est l’image que je garde de Jan Palach. Et c’est pour cela que je voulais lui faire un ‘In memoriam’ qui existe en disque déjà, et qui est évoqué par un solo de trompette. C’est une pièce assez nostalgique, assez triste, bien sûr. C’est Jan Palach, ce dévouement et cette force qu’il a eu de faire ça, pour bien montrer que l’occupation n’était pas une chose acceptable. »

Est-ce que cette collaboration avec Richard Pachman va se poursuivre. Allez vous continuer à donner ensemble des concerts à travers la République tchèque?

«Bien sûr. J’ai déjà eu le plaisir de faire en tout, je crois, 17 concerts avec Pachman. Non seulement à Prague mais aussi à Litomysl ou est né Smetana, nous avons été à Brno, à Olomouc. D’ailleurs Richard Pachman est né dans cette ville. On a été à Horice, on a fait d’autres villes. Moi j’ai aussi introduit Richard en Belgique parce que je pense qu’il a fait des choses pour moi, et qu’il est tout à fait normal que je fasse quelque chose pour lui. C’est ainsi qu’il est venu déjà faire quatre concerts à la ville de Gand, il est venu à Anvers et dans d’autres villes dont Courtrai, ma ville natale. Je l’ai présenté au public. C’est très agréable de travailler avec lui, parce que c’est un garçon très sympathique et je crois qu’on a beaucoup de points communs. »

Vous avez parlé de Smetana. Aimez-vous la musique tchèque. Occupe-t-elle une certaine place dans votre répertoire ?

 « Il y a une anecdote qui est assez drôle. Quand j’avais sept ans, j’ai composé ma première mélodie. Et bien sûr quand on est si jeune on n’a encore rien entendu comme disques d’autres compositeurs. Mon père était oculiste, spécialiste des maladies des yeux. Il jouait un peu de violon et nous avions un piano. D’après ce qu’on m’a raconté plus tard, je suis allé au piano et j’ai commencé à écrire une sorte de rêverie, un sorte de berceuse, ne connaissant aucune note de musique. Et c’était très romantique et très mélodique. Et trois ou quatre ans plus tard j’entends pour la première fois ‘La Moldau – Vltava’ de Smetana. Et je me suis écrié : ‘Il m’a copié’. (Rires.) C’est une mélodie qui m’avait tellement marqué. Je trouve un peu regrettable que quand on joue de la musique de Smetana, c’est surtout évidemment ce poème alors que dans le cycle ‘Ma Vlast - Ma Patrie’ il y a d’autres parties intéressantes. Smetana est vraiment une figure ‘nationaliste’. Je crois que Dvořák est un compositeur moins ‘nationaliste’. Il y a quelques semaines j’ai joué au piano des oeuvres de Zdeněk Fibich. Donc voilà encore un autre compositeur tchèque. Et j’ai enregistré des oeuvres de Bohuslav Martinů qui est aussi un compositeur intéressant. Et puis il y a Leoš Janáček… Je crois que la musique tchèque joue un très très grand rôle. »