Fécondation in vitro low cost en République tchèque

Le tourisme médical : un phénomène bien connu qui attire dans des pays où les coûts sont réduits des patients venus de contrées où les frais de santé sont largement supérieurs. Un phénomène connu en Europe, notamment en République tchèque, où bon nombre d’étrangers viennent se faire soigner les dents ou ont recours à la chirurgie esthétique dans des cliniques privées réputées pour leurs prix et leur qualité. Nouvelles dents, nouveau nez, nouveaux seins : ça on le savait.

Ce que l’on savait moins en revanche, c’est que des couples étrangers viennent de plus en plus en République tchèque pour concevoir des bébés éprouvette. Direction Zlin, en Moravie, une ville qui, bien qu’elle ne s’appelle plus Gottwaldov, est toujours aussi lugubre.

« Voilà la pièce où les hommes donnent leur sperme, on le prend ici pour faire l’analyse à 37°C... » : Helena est infirmière dans la clinique de reproduction assistée de Zlin, une clinique où se rendent de plus en plus de couples étrangers. Le mois dernier, on a fêté la naissance du 650è enfant conçu ici. Les patients viennent d’Allemagne, de France, des Etats-Unis, de Russie ou encore d’Israël. Ladislav Pilka, pionnier de la fécondation in vitro dans les années 80, est le médecin-chef de cette clinique privée :

« Dans un bon nombre de pays voisins, le don d’ovocyte est interdit. Ici, la législation le permet. Et puis, dans les autres pays il y a un manque cruel de donneuses. Notre but premier, c’est d’aider les couples infertiles. Bien sûr, il faut qu’on gagne de l’argent pour payer le personnel et le matériel, mais le but final c’est la médecine. Nous avons de plus en plus de patients, mais l’avantage ici c’est que les délais d’attente sont beaucoup plus courts. Ailleurs, on peut attendre plus d’un un, mais ici le délai peut être de seulement un mois. »

La législation tchèque est très permissive. Sont autorisés notamment le don de gamètes, le don double ovule/spermatozoïde, la congélation de cellules ou leur transfert immédiat, la micro-injection (ICSI), la culture embryonnaire, le dépistage génétique avant implantation (DPI). Pour ce qui est du don d’ovule/ovocyte, la clinique passe des annonces dans la ville, et entre autres à l’université de Zlin.

La loi interdit à une jeune fille de vendre ses ovocytes, mais elle touche une indemnité qui s’élève à 15 000 couronnes (environ 600 euros), une somme qui correspond à un salaire moyen dans cette région. Dans la base de données de la clinique de Zlin, il y a près de 80 donneuses en ce moment. Evelyne est une Française de 46 ans qui est venue le mois dernier avec son mari :

« Il y avait une demande toute bête, qui me concernait, puisque c’est le sperme de mon mari mais l’ovule d’une autre dame. Donc pour qu’il y ait un peu plus de similitudes si ça marche j’ai dit que j’étais brune, aux yeux marron, d’1m63, etc. Je m’en suis remise entièrement aux professionnels sur place en me disant que si on me demandait ça c’était pour essayer de trouver quelqu’un d’un peu similaire. Pas Adriana Karembeu par exemple, vous voyez ? »

Lorsque nous avons parlé avec Evelyne, elle venait de rentrer en France et ne savait pas encore si elle était enceinte. Après une tentative infructueuse en Espagne, elle a décidé d’aller en Moravie avec son mari :

« Venir en République tchèque... C’est finalement un peu par hasard en surfant sur internet. Nous sommes tombés sur l’association Maia et avons vu qu’il y avait un partenariat avec la Tchéquie. Nous sommes plusieurs centaines de Françaises maintenant. La première tentative en Tchéquie pour nous c’était en juillet, seulement deux mois après notre inscription. Ici, c’est à même pas deux heures d’avion de France, l’avion coûte moins cher, le prix du don d’ovocyte coûte moins cher, le transfert coûte moins cher, l’hôtel coûte moins cher, enfin tout coûte moins cher! »

Des tarifs tellement bon marché comparé à ceux en vigueur sur le marché que des sites internet américains proposent même des formules « vacances fécondation in vitro », avec en option des visites touristiques et des cures dans la station thermale de Luhačovice, à une vingtaine de kilomètres de Zlin. Le tout pour environ 10 000 dollars. Comment la clinique de Zlin peut se permettre de pratiquer de tels tarifs ? Réponse de son directeur, le Dr Rumpik :

« Ici, la main d’oeuvre est toujours très bon marché comparé aux pays de l’Ouest, ce qui nous permet de pratiquer ces tarifs. Les médicaments et la préparation coûte la même chose partout dans le monde, mais le travail des docteurs et des chercheurs est moins cher ici, ce qui entraîne un prix total inférieur. Par exemple, par rapport aux Etats-Unis, cela coûte trois fois plus cher. Si vous enlevez le prix du billet d’avion et le logement ici, alors le prix ici correspond à un tiers du prix américain, l’un des endroits du monde ou ça coûte le plus cher. »

Les affaires marchent tellement bien pour la clinique de Zlin, qui affiche un taux de réussite supérieur à 50%, qu’une filiale vient d’être ouverte à Brno, pour permettre aux patients de s’y rendre plus facilement depuis l’aéroport de Prague.