Dix ans après, le festival de la culture orientale continue de lutter contre les préjugés

A l’heure où en République tchèque, les slogans anti-migrants, antimusulmans font florès, surtout en ces temps de campagne électorale, organiser un festival de la culture orientale a tout d’une gageure. Pourtant, c’est le défi que relève depuis dix ans déjà Lucie Němečková, inlassable propagatrice des cultures du monde en République tchèque. Celle à qui l’on devait déjà le festival Afrique en création avait eu l’idée de créer un autre événement intitulé : Un croissant de lune au-dessus de Prague, pour promouvoir le théâtre et la culture des pays du Maghreb, du Proche et du Moyen-Orient. Radio Prague l’a rencontrée.

Lucie Němečková, photo: Irena VodákováLucie Němečková, photo: Irena Vodáková Lucie Němečková, bonjour. Je suis ravie de vous accueillir dans nos studios à Radio Prague. Nous étions a priori dans le même studio ici, il y a dix ans, quand vous avez lancé le festival de la culture orientale à Prague. Pas seulement à Prague d’ailleurs puisque vous vous déplacez dans d’autres villes de République tchèque. Dix ans de festival donc, pour ce festival qui se déroule cette année du 11 au 20 octobre. Qu’est-ce que vous ressentez à l’idée de souffler les dix bougies de ce festival ? Faites-nous un petit bilan…

 « Je ne me rends pas compte que cela fait déjà dix ans. J’ai l’impression que je l’organise depuis toujours. Dix ans, c’est vrai que ça passe très vite. En préparant la brochure de cette année, on y a mis les photos de chaque édition. Et c’était incroyable pour moi de redécouvrir le nombre de spectacles qu’on avait accueilli ainsi que le nombre d’invités… Donc c’est un vrai bonheur et un grand espoir pour moi pour dire qu’on pourra peut-être se rencontrer ici à nouveau dans dix ans. »

En effet, on se rencontrera peut-être pour les vingt ans du festival, on l’espère ! Je voulais vous demander encore : n’est-ce pas difficile d’organiser un festival de la culture orientale en République tchèque où, à l’heure actuelle, la tendance est plutôt aux rhétoriques anti-migrants et antimusulmanes ?

 « C’est à chaque fois difficile de faire un festival. Et c’est vrai qu’avec cette thématique, c’est encore un peu plus difficile. Mais en même temps, c’est la raison pour laquelle on l’organise. Nous voulons faire disparaître les préjugés, réunir les gens, leur faire découvrir les cultures et les pays qu’ils ne connaissent pas et qu’on juge souvent très sévèrement à partir de tous les clichés que nous portons en nous-mêmes. Parmi nos spectateurs, dont le nombre augmente d’année en année, il y a des gens qui s’y intéressent de plus en plus et c’est pour nous un vrai encouragement pour continuer. »

Faire connaître ce monde-là, cela permet donc de lutter contre les préjugés en effet. Comme d’habitude, le théâtre est au cœur du festival. Quels sont les pièces auxquelles vous invitez les spectateurs ?

Photo: Site officiel du festival Nad Prahou půlměsícPhoto: Site officiel du festival Nad Prahou půlměsíc « Cette année, on accueille plusieurs spectacles et chacun est intéressant de manière différente. On commence au théâtre Na prádle, avec un spectacle en arabe, avec des étudiants de la langue arabe. Puis, il y aura un spectacle sur la thématique de la Palestine, au studio Rubin. Il y aura aussi la première de la célèbre pièce My Name is Rachel Corrie suivie d’un autre spectacle d’un auteur français d’origine algérienne, Mohamed Kacimi, qui est d’ailleurs dans le passé au festival. Ce sera l’occasion de voir sa pièce Terre Sainte. Dimanche, nous accueillons Mahi Binebine, un auteur marocain dont on présente la pièce Les Chevaux de Dieu. Nous avons aussi prévu un programme pour les enfants et à la fin aussi, un nouveau spectacle sur la thématique des migrations. »

Ce festival essaye de jeter des ponts entre la culture orientale et les pays tchèques. Ceci se reflète notamment dans un événement que vous avez intitulé : Kafka et le monde arabe. Dites-nous en plus sur cette passerelle…

Franz Kafka, photo: public domainFranz Kafka, photo: public domain « Le thème de cette année est : Inspiration dans la diversité. Nous voulons donc attirer l’attention sur le fait que quand on parle du monde arabe, on parle de nombreuses cultures différentes. Il n’y a pas seulement les Arabes, il y a aussi les Kurdes, les Berbères, et si l’on parle de religion, il y a les juifs, les chrétiens etc… Il nous paraissait donc très intéressant de faire une conférence sur ce thème-là. Nous accueillons donc à cette occasion deux professeurs d’université, Faten Morsi de l’Université Ain Shams au Caire et Hassan Hilmy de l’Université de Casablanca : on va parler des rapports et de l’influence littéraire de Kafka dans le monde arabe. Le soir de cette conférence, nous allons plonger plus avant dans ce thème avec les étudiants de l’Université Charles qui vont lire différents extraits de plusieurs auteurs inspirés par Kafka. »

Le festival se consacre en grande partie au théâtre, mais pas uniquement, puisqu’une large place est aussi accordée à la musique. Il y a de la musique arabe évidemment. Mais aussi une soirée musicale très intéressante. Le vendredi 19 octobre, vous jetez à nouveau une passerelle entre le monde arabe et les pays tchèques, avec une soirée musicale et littérature autour de Heřman Černín, un noble tchèque, qui a voyagé notamment en Turquie et ailleurs en son temps…

Heřman Černín, photo: NPÚ, CC BY-SA 4.0Heřman Černín, photo: NPÚ, CC BY-SA 4.0 « Oui, c’est cela. En plus, pendant ce spectacle se déroulera dans un magnifique lieu, le palais Colloredo-Mansfeld, ce qui devrait augmenter l’émotion de ce spectacle, avec la lecture de ces superbes textes et la musique d’époque. »

Donc de la musique du XVIIe siècle dans le cadre d’un palais baroque…

 « Tout à fait. »

Pour terminer, peut-on dire en quelques mots quels événements vont se dérouler en région ?

 « On débarquera avec le festival à Hradec Králové, Plzen et Brno. A Hradec, il y aura une rencontre entre les étudiants et Mahi Binebine. Au mois de novembre, au théâtre Drak, il y aura un spectacle pour enfants d’ombres chinoises d’un artiste palestinien, suivi d’un atelier de marionnettes. Plzen va nous accueillir avec un tout nouveau spectacle de David Zelinka qui parle de la problématique de la Tchétchénie. Et puis, à Brno, le public pourra découvrir Les Chevaux de Dieu de Mahi Binebine. »

http://nadprahoupulmesic.simplesite.com