De Paris à Prague, les étudiants du master CIMER de la Sorbonne font voyager le street art européen

19-03-2013

Après les murs de la Sorbonne, ce sont ceux de la Meetfactory à Prague qui accueillent l’exposition Beyond the Wall (« Au-delà du mur »), organisée par les étudiants du master Communications Interculturelles & Muséologie au sein de l'Europe en Reconstruction – autrement dit : le master CIMER. Un projet dédié à la promotion du street art européen. Radio Prague s’est entretenue avec Ariane Batou-to Van, ancienne stagiaire de la rédaction franaçaise et principale organisatrice de l’exposition à la Meetfactory.

Photo: Jérôme Batou-To VanPhoto: Jérôme Batou-To Van Pour commencer, d’où est venu le projet ? D’où est venue cette envie de créer un évènement autour du street art ?

 « Nos professeurs nous ont encouragés à avoir un projet commun qui rassemble tous les étudiants et soit indépendant du Master. En cours, nous avons eu deux intervenants sur le street art : une curatrice, Claire Calogirou, qui est l’une des membres de notre jury et qui a organisé une exposition de graffiti et de street art à Nantes, et un graffeur artiste qui est venu intervenir en cours sur le street art. C’est de là qu’est partie l’idée d’organiser un concours de graffiti et de street art dans toute l’Europe. L’idée était aussi de faire participer tout le monde et pas seulement des étudiants ou des artistes. »

Photo: Jérôme Batou-To VanPhoto: Jérôme Batou-To Van Vous avez choisi comme thème Beyond the wall - « Au-delà du mur ». Peux-tu expliquer le sens de ce thème ?

 « Nous nous sommes retrouvés avec les étudiants et nous avons essayé de trouver un thème qui soit à la fois lié au graffiti et à nos études. Le master CIMER est spécialisé sur l’Europe orientale et centrale. On s’est dit que « au-delà du mur » évoque le mur de Berlin, et aussi le mur comme support du graffiti. »

Il s’agissait donc d’un concours. Comment on été choisies les photographies et, surtout, qui a gagné ?

 « C’était un concours en effet, nous avons proposé à tout le monde d’envoyer des photos. L’idée était surtout d’obtenir de la matière pour faire une exposition. Toutes les photos que nous reçues ont été mises en ligne et vues par les trois membres du jury. C’était David Černý, un artiste tchèque qui gère la Meetfactory, Claire Calogirou, qui est donc une curatrice spécialisée dans le graffiti, et Tarek qui est un artiste-graffeur et le rédacteur en chef du Paris-Tonkar magazine, un magazine français de graffiti. Ce sont eux qui ont choisi les photos qu’ils préféraient. Nous les avons laissés choisir le gagnant en leur donnant un barême de points et ils se sont mis d’accord sur Tomáš Junker, un artiste tchèque d’Olomouc qui est venu faire une démonstration à Paris pour le vernissage. La photo qu’il nous a envoyée a été prise lors d’un festival en République tchèque par lui et des amis. C’est ce qui est le plus proche de ce qu’était le graffiti avant. Aujourd’hui, cela a tendance à devenir quelque chose d’esthétique, d’esthétisant. La photo pour laquelle les membres du jury ont voté est une photo qui est très proche du graffiti des origines. »

Vous avez reçu des photographies de toute l’Europe. Comment avez-vous fait pour donner à cet évènement une dimension aussi grande ?

Photo: MeetfactoryPhoto: Meetfactory « Nous voulions bien sûr que toute l’Europe participe, mais c’était l’Europe centrale et orientale qui nous intéressait. C’était l’occasion pour nous de tester nos relais culturels. Chaque étudiant dans notre master a une spécialité, soit il apprend le tchèque, soit il apprend le polonais, soit il s’intéresse plus à cette région ou à une autre... Donc, c’était à chacun de contacter sa région de prédilection en passant par toutes sortes de sites Internet, tout ce qu’on pouvait trouver. Cela a été assez dur. Nous avons donc essentiellement contacté ces régions-là, et par exemple nous avons eu beaucoup d’envois de Croatie, parque que nous avons une étudiante croate qui a réussi à contacter un site sur lequel l’appel à participation a pu être relayé, et ce site est lui-même relayé par le ministère de la Culture croate. Nous avons quand même eu des Italiens ou des Anglais, qui ne font pas partie de la zone que nous avions prévue. C’étaient soit des gens que nous connaissions, soit des gens qui ont trouvé notre appel à participer par hasard. »

David Černý est un artiste très connu en République tchèque. Comment avez-vous organisé la collaboration avec lui ?

Photo: Jérôme Batou-To VanPhoto: Jérôme Batou-To Van « Quand j’étais à Radio Prague l’année dernière, je suis allée à la Meetfactory et j’ai rencontré sur place des personnes qui y travaillent et nous avons eu l’idée d’un partenariat entre le festival Fagani qui est organisé à la Meetfactory et notre projet, qui n’en était encore qu’au stade de projet. La personne avec qui j’ai parlé m’a dit ‘ah tu sais, si tu en as envie, David Černý pourrait faire partie de ton jury’ et nous nous sommes dit que c’était une super idée ; nous lui avons demandé et il a accepté. C’était vraiment super, parce que c’est bien sûr un très grand nom et nous sommes nombreux à nous intéresser à la République tchèque. Notre directrice de master est aussi tchèque. J’ai aussi invité David Černý pour le vernissage à la Meetfactory et il est passé. C’est LA figure prestigieuse de notre jury. »

Vous avez installé votre exposition d’abord à Paris à la Sorbonne puis à la Meetfactory à Prague. Quel accueil lui a réservé le public et y a-t-il des différences dans la perception du street art entre la France et la République tchèque ?

 « Nous avons eu des gros problèmes à la Sorbonne pour exposer et pour obtenir un mur pour une démonstration le jour du vernissage. Nous voulions qu’il y ait une démonstration sur mur. Or, il y a des grands murs gris dans l’enceinte universitaire et nous nous étions proposé de faire une démonstration sur ce mur et de le repeindre en gris tout de suite après si ça ne plaisait pas. Mais cela a été impossible. En plus, nous avons dû demander l’autorisation de manière très officielle pour pouvoir exposer, alors que toutes les expositions étudiantes qui ont lieu en Sorbonne ne passent pas forcément par une demande d’autorisation. Cela a été vraiment dur, et ce uniquement parce que c’était du graffiti. Nous avons tous été étonnés dans le sens où, dans nos cours, on nous présente le graffiti et le street art, mais au niveau de la Sorbonne en général, cela a été plutôt mal accueilli. Bien sûr, c’était partagé, certains professeurs nous ont aussi soutenus, d’autres beaucoup moins.
Photo: Jérôme Batou-To VanPhoto: Jérôme Batou-To Van Il y avait des étudiants et des gens de l’extérieur qui sont venus voir l’exposition. Ce qui les intéressait, c’était de voir ce qui se faisait en Europe. Souvent, c’était des gens qui s’y connaissaient bien, donc c’est resté une petite exposition.
Pour la Meetfactory, il y a eu beaucoup de monde au vernissage, et surtout des gens qui avaient seulement vu le flyer ou ce qu’il y avait d’inscrit sur le site Internet et qui ont décidé de venir. Il y avait à la fois des participants tchèques, des Tchèques qui s’intéressent au graffiti et au street art, des étrangers, un peu de tout en fait... »

L’accueil a donc été meilleur en République tchèque ?

Photo: Jérôme Batou-To VanPhoto: Jérôme Batou-To Van « La Meetfactory organise déjà un festival de graffiti animé, les murs se prêtent très souvent à des évènements de graffiti et de street art. J’ai l’impression que c’est mieux accepté à Prague et en République tchèque, même si j’ai vu cette histoire du pont qui devait être recouvert de graffiti et que ça n’avait pas trop plu. C’était un grand pont gris qui était une œuvre structuraliste ou constructiviste et ils voulaient recouvrir les pieds du pont d’œuvres de street art. Mais des gens ont dit ‘vous n’avez même pas demandé l’autorisation à l’artiste’, alors que c’était juste un énorme bloc de béton. En tout cas, ce sont des questions d’actualité en République tchèque et je ne pense pas que ça le soit en France. »

Photo: MeetfactoryPhoto: Meetfactory La République tchèque semble en effet plus accueillante pour le graffiti et le street art que la France. De nombreuses galeries privées ou des centres culturels « undergound » se font une joie d’offrir un espace à l’art urbain et les espaces publics se laissent gagner par cette tendance. La galerie de la Bibliothèque municipale de Prague a été la première galerie publique à accueillir une exposition de street art en octobre dernier, intitulée « Art illégal dans un monde de légalité ».

L’exposition Beyond the wall continue son parcours. Après la Meetfactory, c’est l’Institut français de Prague qui lui prêtera ses murs. Ceux qui n’ont pas eu l’occasion d’aller jusqu’à la Meetfactory auront donc la possibilité de voir cette exposition dans le centre-ville à la Galerie 35 dès la fin du mois d’avril et tout au long du mois de mai.

19-03-2013