Une nouvelle gifle aux Eglises

01-02-2019

L’adoption par la Chambre basse d’un amendement à la loi qui a été initié par les députés communistes et qui défavorise financièrement les Eglises a trouvé un large écho dans les médias. Cette nouvelle revue de presse a retenu quelques éléments de textes qui ont été consacrés à cette décision. Il sera ensuite question de l’islamophobie en Tchéquie. L’endettement des Tchèques à la lumière d’une nouvelle démarche législative est un autre sujet traité. Un regard enfin sur l’appartenance du pays au groupe de Visegrad.

Photo: Zdeňka KuchyňováPhoto: Zdeňka Kuchyňová Le site echo24.cz est l’un des nombreux sites d’information à commenter l’adoption par les députés tchèques d’un amendement à la loi en vue de taxer les compensions financières données aux Eglises en échange des biens confisqués sous le régime communiste et qui ne peuvent pas leur être restitués. A propos de cet amendement soumis par le Parti communiste de Bohême et de Moravie, son auteur écrit :

« Cette démarche qui poursuit le précédent pillage historique se réfère aux sentiments les plus bas qui existent au sein de la nation tchèque. C’est effectivement l’anticléricalisme ou, plus précisément, l’anticatholicisme qui constitue une des plus fortes émotions négatives communément partagées. Tout en ayant été persécutée, liquidée et caricaturée sous l’ancien régime communiste, l’Eglise n’a de cesse de donner lieu à un anticatholicisme prononcé. »

Pour l’auteur d’un commentaire publié dans le quotidien Hospodářské noviny, cette décision se présente comme le plus grand incident moral du pays depuis 1989, date de la chute du régime communiste :

« En fait, c’est assez incroyable. L’Etat a d’abord reconnu qu’il fallait restituer aux Eglises les biens qui leur avaient été volés par les communistes. Et maintenant, c’est sur l’initiative de ces derniers qu’il veut récupérer une partie de ces compensations car, d’emblée, il les trouve exagérées. »

Compte tenu de leur faible cote de popularité, les Eglises représentent pour les politiciens chevronnés une cible idéale. C’est ce qu’estime pour sa part l’auteur d’un texte publié dans le quotidien Lidové noviny, évoquant un paradoxe qui accompagne la campagne contre les restitutions des biens et les compensations financières aux Eglises :

« Tous ceux qui soutiennent cette campagne font souvent partie des combattants contre la prétendue menace islamique et pour les valeurs chrétiennes traditionnelles. Ils partagent sur les réseaux sociaux les articles sur la construction des centres islamiques et des mosquées en Europe occidentale, tout en défendant l’avis selon lequel l’Eglise est appelée à être pauvre. Mais elle l’est effectivement, car le salaire moyen d’un prêtre tchèque est nettement inférieur à celui d’une femme de ménage. Or, beaucoup de gens considèrent les traditions chrétiennes comme un phénomène naturel qui se conserve automatiquement tout seul...».

Il y pourtant peu de chance que l’amendement pour l’imposition des compensations financières aux Eglises passe au Sénat, car la coalition gouvernementale n’y est pas majoritaire.

L’islamophobie version tchèque

Bronislav Ostřanský, photo: Alžběta Švarcová, ČRoBronislav Ostřanský, photo: Alžběta Švarcová, ČRo « L’islamophobie tchèque est une des disciplines dans laquelle les Tchèques excellent ». C’est ce que constate dans le quotidien Deník N, un nouveau journal qui est apparu sur la scène médiatique locale et qui se veut être indépendant, Bronislav Ostřanský, orientaliste et islamologue tchèque reconnu. Dans un texte qui est consacré à ce sujet, il écrit entre autres :

« A l’heure actuelle, la ‘lutte contre l’islam’ qui était très présente dans l’espace virtuel, il y a quelques années encore, n’attire plus tellement. A l’époque, en effet, la plateforme facebook ‘Nous ne voulons pas d’islam en République tchèque’ était partagée par près de 150 000 sympathisants. Devenue acteur influent, elle a réussi à sensibiliser le large public sur l’agenda anti-musulmans. Toutefois, cela ne veut pas dire qu’aujourd’hui les gens soient plus au fait des choses ou mieux renseignés. Bien au contraire. Le climat a changé à tel point que les positions qui étaient auparavant jugées radicales ou inadmissiles sont devenues au fur et à mesure une norme. Pour attirer l’attention des médias, il a suffi à un politicien de proclamer que l’islam était une religion du Mal, tandis que maintenant, il devrait considérablement durcir le ton ».

L’auteur du texte déplore également le fait qu’une grande partie du public tchèque ne cherche plus à identifier l’authenticité de telle ou telle information sur l’islam. La seule chose qui compte c’est de savoir si elle est « pour » ou « contre ». « La voix d’experts qui seraient capables de corriger ne serait-ce que les plus grands non-sens liés à l’islam est pour la plupart absente », écrit-il avant de remarquer :

« Force est de souligner que les débats concernant l’islam et les musulmans menés en République tchèque ne sont pas plus émotionnels que ceux qui se déroulent à l’Ouest ou à l’Est de notre frontière. C’est dans l’ensemble de l’Europe que l’islam soulève de fortes émotions et donne lieu à un vocabulaire fort. Les débats tchèques ont pourtant une spécificité, c’est qu’ils sont parfaitement éloignés de la réalité. Sans les connaître, ‘nous nous sommes créés’ nos propres musulmans qui n’ont rien à voir ce qu’ils sont dans la vie réelle ».

Permettre à plus de personnes de sortir de leur endettement

Photo illustrative: Barbora NěmcováPhoto illustrative: Barbora Němcová « L’espoir avec une fin incertaine ». C’est en une seule phrase, comme l’écrit l’hebdomadaire Respekt, que l’on pourrait caractériser l’amendement à la loi sur l’insolvabilité adoptée la semaine dernière par la Chambre des députés qui donne la chance à un plus grand nombre de personnes qu’auparavant de sortir de leur endettement. Une modification qu’il y a lieu de saluer, d’autant plus que les personnes endettées qui se trouvent dans une situation désespérée, ont souvent tendance à voter des partis extrémistes:

« Les dettes sont un phénomène qui étouffe le pays, car près de 600 mille habitants sont touchés par des saisies. Cet état de fait qui n’a pas de pareil en Europe ne peut pas s’expliquer par des tendances suicidaires des Tchèques en matière des dettes. Ses origines remontent au tournant du millénaire et vont en grande partie sur le compte de l’Etat qui, en ayant adopté une loi sur les agents d’exécution privés, a donné le feu vert à la commercialisation de l’endettement. A partir de là, ces agents ont pu miser sur les petits débiteurs, pendant que les dettes des grands acteurs s’élevant à des centaines de millions de couronnes ont été garanties par l’Etat. Cette approche a permis de multiplier considérablement, par le biais de toutes sortes de pénalisations, de rémunérations pour les avocats et les agents eux-mêmes, les sommes dûes des petits débiteurs, à l’origine très basses. Ainsi, par exemple, une amende de quelques centaines de couronnes pour fraude dans un tramway pouvait s’élever, tant qu’elle n’a pas été dûment payée, à des dizaines de milliers de couronnes ».

L’article conclut que ce nouvel amendement donne aux gens endettés un nouvel espoir tout en soulignant que même si les tribunaux permettent à un plus grand nombre de personnes de sortir de l’endettement, il n’est pas certain qu’au bout des cinq ans prévus le problème puisse être résolu.

Quitter ou pas quitter le groupe de Visegrad

Le groupe de Visegrad, photo: Site officiel du Gouvernemet tchèqueLe groupe de Visegrad, photo: Site officiel du Gouvernemet tchèque L’auteur d’une note publiée dans le quotidien Lidové noviny n’est pas favorable à l’idée selon laquelle la République tchèque devrait quitter le groupe des pays de Visegrad, le V4, composé en outre de la Slovaquie, de la Pologne et de la Hongrie. Une idée qui est parfois défendue par des politologues et des commentateurs, dont certains estiment qu’il s’agit « d’une marque toxique à cause de l’approche de ces pays à l’égard de la crise migratoire ». Il explique pourquoi :

« Il n’est pas raisonnable de liquider un groupe qui n’a pas d’autre ambition que celle d’être un groupe régional dans le cadre de l’Union européenne. Par ailleurs, le nouveau traité que l’Allemagne et la France ont récemment conclu à Aix-la-Chapelle peut également servir d’exemple d’un groupe régional au sein de l’UE. Le groupe V4 constitue en fait une association de voisins (même si la Hongrie n’en n’est pas un) et comme on le sait, les bonnes relations de voisinage représentent des piliers de toute politique étrangère. L’expérience avec le communisme, des problèmes économiques analogues, la très bonne coopération culturelle, autant d’autres traits que ces quatre pays ont en commun. »

Evidemment, comme le souligne l’auteur du texte publié dans Lidové noviny, l’appartenance à l’OTAN et à l’Union européenne est beaucoup plus importante que celle au groupe V4. Pour lui, quitter ce groupe ne serait pas pour autant une bonne décision.

01-02-2019