Revue de presse : Soleimani/Camus/Čapek/vaccination/neige

10-01-2020

Cette nouvelle revue de presse s’intéressera en premier lieu à quelques uns des commentaires qui ont suivi l’attaque menée contre le général iranien Soleimani. Elle s’intéressera ensuite aux hypothèses concernant la mort d’Albert Camus et reviendra sur l’anniversaire de la naissance de l’écrivain tchèque Karel Čapek. En dernier lieu, nous évoquerons la polémique autour de la vaccination ainsi que l’absence de neige en montagne cet hiver.

Photo: ČTK / AP Photo / Ebrahim NorooziPhoto: ČTK / AP Photo / Ebrahim Noroozi Seul l’avenir dira si l’opération d’assassinat du général iranien Quassem Soleimani par les Etats-Unis, qui certes, recouvre une dimension militaro-sécuritaire, a été un succès. C’est ce que l’on peut lire dans le quotidien indépendant Deník N ce jeudi, qui indique également:

« D’habitude, la réponse à la question de savoir s’il y a lieu d’agir ou de ne pas agir est problématique, et ce même dans des situations moins dramatiques, car des conséquences négatives en sont imprévisibles. Ce qui est dans ce cas précis particulièrement inquiétant et étonnant, c’est la manière dont le président américain a communiqué sur cette action et ses éventuelles retombées sur l’Iran via Twitter, qui a provoqué l’indignation générale. »

Le quotidien économique Hospodářské noviny note à ce sujet :

« Les Etats-Unis ont justifié leur attaque par la nécessité de défendre les soldats américains dans la régionn tout en arguant que Soleimani dirigeait une organisation jugée terroriste. L’Irak, où a été perpétrée l’attaque, ainsi que l’Iran, l’ont qualifiée d’acte d’agression, l’Iran se réservant le droit de réagir par une autodéfense armée. Lequel d’entre eux a raison ? L’attaque contre Soleimani était-elle légitime ? Mais cette question est-elle réellement importante ? » Le commentateur du journal Mladá fronta Dnes se félicite ce jeudi d’un certain apaisement de la situation, survenu en fin de semaine :

« Les hostilités entre ces deux pays ennemis étaient cette fois-ci beaucoup plus dangereux que toutes les précédentes, mais elles s’atténuent. La haine, la rivalité les intérêts contradictoires et les ambitions nationales persistent, mais concernant les évènements récents, on peut parler de ‘happy end’ ».

Le site echo24.cz, lui, s’attarde sur la divergence d’opinions entre les « pères fondateurs » du parti conservateur pro-européen TOP 09 Miroslav Kalousek et Karel Swarzenberg, qui constituaient jusqu’ici « un couple politique inséparable ». Tandis que ce dernier critique l’initiative du président américain Donald Trump, la qualifiant de criminelle, son confrère, lui, l’interprète comme une légitime défense. Par ailleurs, comme l’indique le site, « la scène politique tchèque est elle aussi divisée dans son appréciation de l’assassinat de Soleimani ».

Albert Camus et les hypothèses tchèques autour de sa mort

Albert Camus, photo: United Press International, public domainAlbert Camus, photo: United Press International, public domain Qui a tué Albert Camus ? Tel est le titre d’un texte qui a été publié dans le supplément Orientace du quotidien Lidové noviny, samedi dernier, faisant ressurgir certaines hypothèses autour du décès du célèbre écrivain français, mort le 4 janvier 1960 dans un accident de la route. Est notamment évoquée l’hypothèse basée sur une note de l’écrivain tchèque Jan Zábrana, vieille de près de quarante ans, selon laquelle il ne s’agissait pas d’un accident mais d’un attentat.

C’est par un jour d’été de 1980 que celui-ci écrit dans son journal qu’un homme dit bien informé lui aurait confié que l’accident de la route qui a causé la mort d’Albert Camus a été organisé par les services de renseignements soviétiques. Petr Zídek, historien et journaliste, écrit à ce propos dans le magazine Orientace :

« La note a été publiée pour la première fois en 1992 dans un recueil de journaux intimes de Zábrana intitulé Toute la vie (Celý život). Et c’est sur cette note que l’historien italien Goivanni Catelli, qui vivait pendant un certain temps dans l’ancienne Tchécoslovaquie, a élaboré une théorie selon laquelle le Prix Nobel de littérature français aurait été liquidé par le KGB, les services secrets tchécoslovaques étant éventuellement complices. Il a par la suite développé cette théorie dans son livre La mort de Camus ».

Pour le journaliste, cet ouvrage, faute de références et de sources authentiques, ne pourrait être considéré comme historique. Il explique :

« La théorie de Catelli ne s’appuie pas sur des faits dignes de confiance. Il n’y est question que d’hypothèses et de spéculations. En fait, il s’agit d’une théorie de conspiration pareille à celles qui, en cas de décès tragiques ou inattendus des célébrités, circulent habituellement dans l’espace publique. Il y a lieu d’admettre que ce sont vraiment une panne technique et un excès de vitesse qui ont causé la mort d’Albert Camus ».

Karel Čapek : une œuvre et une vie comme un avertissement

Karel Čapek, photo: Archives de ČRoKarel Čapek, photo: Archives de ČRo La dernière édition de l’hebdomadaire Respekt a réservé une grande place au souvenir de l’écrivain tchèque Karel Čapek, né le 9 janvier 1890, il y a 130 ans :

« Karel Čapek était la principale figure culturelle et incontournable de la Tchécoslovaquie de l’entre-deux-guerres : il aimait sortir, fréquenter les cafés de Prague, rencontrer les gens... Journaliste ou encore auteur de livres et de pièces de théâtre à succès, dont on ne citera que La Guerre des salamandres ou Le Dossier Makropoulos, il fut aussi un compagnon intellectuel pour le président Tomáš Garrigue Masaryk. »

L’écrivain est mort d’une pneumonie en décembre 1938, période sombre pour la Tchécoslovaquie. L’annexion des Sudètes et l’émergence de tendances nationalistes et fascisantes avaient, certes, de quoi détériorer sa santé fragile. Le chroniqueur de Respekt écrit à ce propos :

« La fin tragique de Karel Čapek doit être pour nous un avertissement, un rappel de ce que dans ce pays, les choses peuvent facilement se renverser. Il y a en effet chez beaucoup une haine latente, sous l’enveloppe trompeuse de la tolérance et de l’ouverture. Toutefois, aussi symbolique et prémonitoire soit-elle, cette mort ne doit pas reléguer au second plan l’essentiel chez Čapek, c'est-à-dire sa vie et son œuvre ».

Le débat concernant la vaccination obligatoire 

Photo: Dirk Fuhlert / Pixabay, CC0Photo: Dirk Fuhlert / Pixabay, CC0 Au cours de l’année 2019, près de 590 cas de rougeole ont été recensés en Tchéquie. Cette hausse, considérable par rapport aux dernières décennies, est principalement causée par l’augmentation du nombre de contestataires de la vaccination obligatoire. Le site hlidacipes.org rapporte à ce propos :

« Les statistiques en disent long sur la méfiance croissante vis-à-vis de la vaccination : 98% de la population était vaccinée en 2000 contre moins de 83% en 2017. Le problème, c’est que ceux qui s’opposent à la vaccination se font entendre et voir dans l’espace publique, une façon de semer l’incertitude et d’influencer ceux qui hésitent. L’Etat envisage une meilleure sensibilisation ainsi que des pénalisations afin de pallier ce problème. »

Mettre fin à la polémique n’est pourtant pas chose aisée, comme l’explique le site hlidacipes.org :

« Ni l’Etat ni les experts n’ont encore trouvé de moyen efficace permettant de faire front à la diffusion de ce scepticisme concernant la vaccination. Sur les pages web du Ministère de la santé publique et de l’Association vaccinologique tchèque, par exemple, on ne trouve que peu d’informations détaillées sur l’efficacité de la vaccination, alors que les réseaux sociaux et les sites de désinformation constituent un terreau fertile pour ses contestataires. »

Le commentateur fait enfin part d’un projet de loi adopté par la Chambre des députés, qui stipule le dédommagement des parents dans de rares cas de décès ou d’atteinte à la santé de leur enfant suite à une vaccination obligatoire.

En attendant la neige en montagne

Photo illustrative: Luděk BrhelPhoto illustrative: Luděk Brhel Doit-on envisager un avenir sans neige dans les régions montagneuses de Tchéquie ? C’est la question que pose l’auteur d’un texte publié dans l’hebdomadaire Reflex qui décrit la situation actuelle, source de profondes déceptions chez les très nombreux amateurs de ski alpin tchèques :

« Cette année, l’hiver que l’on a connu dans le passé se fait attendre. En effet, entre une absence de neige en vallée, quelques centimètres de neige dans les stations de ski, et seulement deux ou trois journées glaciales, le bilan de la saison semble mauvais. Les prévisions météorologiques ne sont pas plus optimistes, exception faite de la fin du mois de janvier. Sans l’utilisation massive de canons à neige, la skiabilité serait presque partout très faible. Economiquement parlant, cet hiver s’inscrira très probablement parmi les saisons touristiques les moins réussies ».

Ce constat donne naturellement lieu à toute sorte de spéculations sur la façon dont les lieux de vacances s’adapteront au scénario qui veut qu’un jour, disparaîtra la neige en montagne, et ce pour de bon.

10-01-2020