Pour les eurosceptiques tchèques, la bataille n’est pas terminée

05-11-2009

Cette semaine, le président tchèque Václav Klaus a signé le Traité de Lisbonne. Cet acte qui a provoqué en Europe un grand soupir de soulagement et qui est très favorablement accueilli, aussi, par la majeure partie de la scène politique tchèque, en tête avec le gouvernement de Jan Fischer, est un des principaux thème des médias nationaux de ces derniers jours.

Václav Klaus, photo: CTKVáclav Klaus, photo: CTK Au lendemain de la signature du Traité de Lisbonne par le chef de l’Etat tchèque, l’ensemble des journaux a publié à la une, une grosse photo de Václav Klaus sur laquelle il affiche un air grave, un regard pesant. Pour lui, comme il l’a déclaré publiquement à la Télévision tchèque, après avoir apposé en catimini, loin des flashes de photos et des caméras, sa signature au bas du Traité, « la République tchèque est en train de perdre sa souveraineté ».

C’est notamment sur ce point du bref discours de Václav Klaus que se concentrent la plupart des commentaires consacrés à ce sujet. Dans l’édition de mercredi du quotidien le plus lu, Mladá fronta Dnes, nous pouvons lire :

« Prétendre que le Traité de Lisbonne liquide la souveraineté de notre pays est sournois… Politicien doué et expérimenté, pourquoi Václav Klaus se présente-t-il comme un farouche adversaire non seulement du Traité de Lisbonne, mais de toute l’intégration européenne ? Et pourquoi, en fait a-t-il signé un document qu’il considère comme le Mal absolu ? »

L’auteur de l’article se contente de constater qu’il n’y a pas d’explications rationnelles à ces questions. Václav Klaus, selon lui, présente un drôle de « mélange de patriote vieux jeu, de libéralisme absolu, d’exhibitionnisme et de calcul. Le tout, pimenté par une forte intelligence, une forte volonté et un caractère dominant, donne un mélange intéressant, fort et dangereux. Le président tchèque provoque, brise les mythes. L’Union européenne se présente comme un rival de taille, digne d’un ‘combat de titans’ ».

« Mais Václav Klaus, peut-on lire en conclusion, n’est pas un héros ou un titan. La lutte est finie, puisque la force de l’adversaire s’est imposée ».

La lutte ne semble pas pour autant vraiment finie, ce que prouvent les réactions issues du camp europhobe autour de Václav Klaus. Outre les spéculations du conseiller présidentiel Petr Hájek sur l’éventualité de la sortie de la Tchéquie de l’Union européenne, le politologue Jiří Pehe évoque sur son blog les démarches de la dernière heure des principaux acteurs de ce camp :

« Les eurosceptiques tchèques réagissent à la ratification de Lisbonne avec hystérie. Le secrétaire du président Ladislav Jakl a déclaré que la lutte n’était pas terminée. Petr Mach, leader d’un tout petit parti à vocation eurosceptique et ancien collaborateur de Klaus, est ouvert : la sortie de l’Union européenne sera dès maintenant le principal objectif à atteindre de son programme politique. Le sénateur Jiří Obelfazer, initiateur du recours à la Cour constitutionnelle contre le Traité de Lisbonne se prend pour un voyant en affirmant que l’UE est censée éclater dans vingt ou trente ans. L’eurodéputé Jan Zahradil fait savoir que après la ‘comédie’ en rapport avec la ratification, un nouvel acte de la ‘comédie’ va se jouer en rapport avec l’élection des représentants de l’UE, conformément au Traité. L’économiste Pavel Kohout dessine les contours d’un avenir sinistre ».

En conclusion, Jiří Pehe s’adresse à ces protagonistes anti-Lisbonne en écrivant :

« Si, vraiment, vous avez du mal à respirer au sein de l’Union européenne et si vous n’arrivez pas à persuader la majorité de la population et des représentants politiques qu’il serait souhaitable de quitter l’Union, n’oubliez pas qu’il y a plusieurs pays européens qui n’en sont pas membres et qui seraient prêts à offrir leur asile aux réfugiés d’un pays membre de l’Union européenne. Ce sont, par exemple, la Russie, la Biélorussie, l’Ukraine, la Moldavie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie ou l’Arménie. Mais si, au contraire, vous arrivez à atteindre votre but, ce sera à nous tous de nous retrouver dans ce club privilégié. Force est de constater que, dans un tel cas, nous le mériterions bien ».

Le phénomène de l’Union européenne est un des sujets abordés par le président tchèque dans son nouvel ouvrage intitulé « Où commence le lendemain « (Kde začíná zítřek), qui sera lancé officiellement le 16 novembre, donc à la veille du commencement de la révolution de Velours. Le quotidien Právo a publié un extrait du livre, dans lequel il est dit entre autres, nous citons :

« Le fait que les décisions soient faites à distance, amoindrit énormément l’intérêt des citoyens qui ont le sentiment de ne pouvoir rien influencer et qui, de ce fait, tournent le dos à la politique… Le système de co-financement obligatoire oblige les Etats à financer les projets qui en fait ne les intéressent guère. En conséquence, les régions peuvent finalement avoir l’impression que la centrale européenne est plus importante que le gouvernement national. » Et Václav Klaus de continuer :

« Je suis donc convaincu que, dans ce sens, l’effet net de l’intégration européenne est négatif. Le système politique de la démocratie parlementaire se voit gravement altéré ».

Le quotidien économique Hospdářské noviny s’interroge, lui, en premier lieu sur l’actuelle position de la République tchèque en Europe et écrit : « Espérons que le dénouement du duel pourra sauver ne serait-ce qu’une partie du respect et de la confiance dont nous voudrions jouir en Europe ». Plus loin, nous pouvons lire :

« Dans cette bataille, il s’agissait plus de convictions que d’arguments... Avec la ratification du Traité de Lisbonne, cette bataille ne se termine pas. Son nouveau tour nous attendra en rapport avec le débat sur l’adoption de l’euro, car même la monnaie européenne commune est en grande partie un projet symbolique ».

En effet, l’euro est perçu par les Tchèques comme un symbole du monde occidental, de la modernité, de la possibilité de voyager en Europe sans l’obligation de se rendre dans des bureaux de change. Dans un article intitulé « Une meilleure vie sans l’euro », le quotidien Lidové noviny souligne que, dans ce contexte, « le débat sur l’euro a toujours eu et aura même à l’avenir, un caractère politique, émotionnel et idéologique. »

Dans un commentaire publié dans l’édition de jeudi de ce quotidien, son auteur Jiří Peňás réfléchit sur différents aspects de ce que l’on appelle la bonne volonté. Pour lui, l’absence de cette qualité peut donner lieu à toute sorte de ruses et de bassesses, camouflées par la prétendue défense des intérêts nationaux (personnels). Une tactique dont nous avons été les témoins ces temps derniers. Il écrit :

« Je suis persuadé que Václav Klaus réalise qu’aucun danger de la part des Allemands des Sudètes ne nous menace, sauf notre mauvaise conscience. Pourtant, il a puisé dans l’arsenal des craintes et des haines anciennes. Il n’a pas tenu compte des intérêts véritables du pays consistant à développer de bonnes relations avec les nations, surtout celles auxquelles nous sommes liés par des attaches historiques, géographiques et de civilisation. Supposer ou attiser la mauvaise volonté chez les autres est la même chose que de l’avoir soi-même. La défense des ‘intérêts nationaux’ ne rend pas la nation tchèque plus grande et plus forte, mais bien au contraire plus faible et plus complexée ».

Václav Klaus, photo: CTKVáclav Klaus, photo: CTK Dans les pages du journal Lidové noviny, nous pouvons lire que « les jeux et les ruses autour de la ratification ont trouvé leur point culminant dans la déclaration du président que la République tchèque perdait sa souveraineté ». L’auteur de l’article conclut :

« Il serait donc logique et moral que Václav Klaus renonce à son poste. Pourtant il ne le fera pas. Pourquoi ? Il sait très probablement qu’en fait, aucun événement tragique ou fatal n’est survenu et que personne ne l’empêchera d’exercer sa fonction souveraine, dans un Etat souverain ».

05-11-2009