L’importance du 21 août 1969 dans la mémoire collective tchèque

23-08-2019

Cette nouvelle revue de presse propose d’abord quelques observations au sujet de la commémoration des événements du 21 août 1969. Elle se penche aussi sur la prochaine nomination d’un nouveau ministre de la Culture. Elle s’intéresse ensuite à la controverse et aux émotions que les démarches de la jeune Suédoise Greta Thunberg ont provoquées en Tchéquie. Un regard ensuite sur une initiative gouvernementale tchèque concernant la migration. Quelques mots aussi au sujet du groupe Agrofert, fondé par le Premier ministre Andrej Babiš.

Le 21 août 1969, photo: Archives du Museé de la Police tchèqueLe 21 août 1969, photo: Archives du Museé de la Police tchèque « La journée du 21 août 1969 pendant laquelle les forces de sécurité du régime dit de normalisation battaient et tuaient les Tchèques qui ont refusé de se soumettre à l’occupation soviétique de leur pays est, dans une certaine mesure, une date plus tragique encore que celle de l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes alliées du Pacte de Varsovie un an auparavant. » C’est ce qu’estime le commentateur du quotidien Hospodářské noviny qui explique :

« Ces événements témoignent de la rapidité avec laquelle, chez nous, les forces de collaboration et hostiles à la liberté ont été à même de se former, de se concentrer et de donner libre cours à leur brutalité. C’est un memento national qu’il y a lieu de se rappeler à haute voix pour minimiser la probabilité de ce que le côté obscur de notre ‘caractère doux’ ne resurgisse un jour sous telle ou telle forme ».

De l’avis de l’auteur d’un texte mis en ligne sur le site aktualně.cz, les noms des cinq victimes qui ont été le 21 août 1969 tuées par les soldats de leur propre pays demeurent méconnus de la majorité écrasante de la société. Ce constat l’amène à observer :

« Le rappel des manifestations qui se sont déroulées il y a 50 ans et qui ont été brutalement réprimées est beaucoup plus modeste que celui de l’occupation du pays en août 1968. Et pourtant, cet anniversaire en dit sur nous beaucoup plus que l’invasion elle-même. Si l’on veut se rappeler notre propre histoire sans idées schématiques, il faudra examiner les événements du 21 août 1969 plus en détail, plus ouvertement et, au final, plus douloureusement. Certes, il est plus facile de se rappeler les chapitres de l’Histoire où nous étions victimes d’un acte extérieur. Dire qu’il y avait des milliers de membres des milices, des forces de sécurité et de l’armée qui, un an après l’occupation, sont intervenus contre leurs concitoyens et plus compliqué que d’évoquer le mythe du Printemps de Prague et les méchants occupants ».

L’enjeu, selon le commentateur, n’est pas pour autant de chercher dans l’histoire moderne les moments les plus sombres de nos propres échecs, mais de les admettre, d’en tenir compte et de leur réserver la place qui leur appartient.

Le quotidien Lidové noviny remarque pour sa part qu’à ce jour, les noms de ceux qui ont tué les cinq manifestants demeurent non identifiés, car « le régime a disposé d’une vingtaine d’années confortables pour liquider les documents incommodes ».

Le journal Deník N fait quant à lui part de la récente sortie d’un ouvrage qui se penche sur les événements du 21 août 1969 dans les rues des villes tchèques et moraves et qui, d’après ses auteurs, « restent injustement dans l’ombre des anniversaires plus connus ».

Interrogations autour du nouveau ministre de la Culture

Lubomír Zaorálek, photo: ČTK / Ondřej DemlLubomír Zaorálek, photo: ČTK / Ondřej Deml La Tchéquie aura, enfin, la semaine prochaine, un nouveau ministre de la Culture. La nomination de Lubomír Zaorálek prévue pour mardi devrait mettre fin à un feuilleton à rebondissements qui a fait tanguer le gouvernement, a été commentée ce jeudi, par exemple, sur le site aktualně.cz :

« La culture en République tchèque subit depuis un certain temps déjà une crise politique ou encore une crise de concept et de communication. Jusqu’ici, personne n’a réussi à donner à la politique culturelle locale un visage sympathique et convaincant. Le fait que Lubomír Zaorálek ne s’en est encore jamais occupé n’est pas très grave, en raison de son expérience politique et de ses capacités intellectuelles. Le problème, c’est qu’il n’y a rien sur quoi il pourrait s’appuyer, car la social-démocratie ne dispose d’aucune vision claire en la matière. »

Cela dit, compte tenu de ses talents rhétoriques et sa détermination, le nouveau ministre Zaorálek pourra faire pour la renaissance de la culture au sein de la société plus que ses prédécesseurs, estime le commentateur.

Cette Greta qui dérange

Greta Thunberg, photo: Anders Hellberg, CC BY-SA 4.0Greta Thunberg, photo: Anders Hellberg, CC BY-SA 4.0 « Très probablement, Greta Thunberg, 16 ans, ne sait rien des émotions qu’elle a provoquées dans un petit pays au coeur de l’Europe. » C’est en ces termes que l’éditorialiste de l’hebdomadaire Respekt décrit la controverse dont la combattante suédoise contre le changement climatique fait l’objet en Tchéquie, tant sur la scène politique, auprès de certains experts, que sur les réseaux sociaux. Il écrit plus loin :

« Certes, Greta Thunberg n’est pas un messie, elle n’est pas une femme politique ni scientifique, elle ne fait pas tout comme il faut, parfois, elle dit des bêtises. C’est tout simplement une jeune fille qui trouve qu’il est important de s’engager. Le fait qu’elle soit perçue positivement par beaucoup de gens et qu’elle ne soit pas tombée immédiatement dans l’oubli est lié à ce que les scientifiques lui donnent en grande partie raison. Ce sont eux-mêmes qui disent qu’il faut agir pour que l’on puisse vivre agréablement sur notre planète. Evidemment, cela ne veut pas dire qu’elle connaîsse des solutions à l’ensemble des problèmes climatiques. Tout ce qu’elle fait, c’est attirer l’attention sur un sujet de grande importance. Or, Greta ne s’est pas engagée dans une voie de ‘sainte’, mais elle fait un travail aussi nécessaire que pénible ».

De l’avis du commentateur, il faut désormais arrêter de scruter l’expression, la coiffure, l’intelligence ou la santé de Greta, et s’employer à s’occuper du fond de son message. « Que l’on soit d’accord avec elle ou pas, on est invité à discuter au moins aussi intelligemment que le font ceux qui ont seize ans ».

Le gouvernement tchèque face à la migration illégale

Photo illustrative: Tom Albinson, CC BY-ND 2.0Photo illustrative: Tom Albinson, CC BY-ND 2.0 « La migration illégale doit être gérée en premier lieu à l’endroit où elle a pris naissance. Il n’y a personne à avoir su proposer un remède plus efficace ». Tel est l’intitulé d’un article publié dans l’hebdomadaire Reflex et dont l’auteur indique :

« Aujourd’hui, face aux turbulences politiques, il semble osé de saluer une démarche gouvernementale. Néanmoins, je prends ce risque, parce que le nouveau projet commun des ministères des Affaires étrangères, de la Défense et de l’Intérieur, dont le but consiste à offrir une aide à la région d’Afrique du nord est une bonne chose. Son but consiste à prévenir la migration illégale depuis l’Afrique vers l’Europe dans les localités de crise. La prévention est effectivement une meilleure voie que la répression. Un incendie doit être étouffé avant qu’il ne se prolifère. Par ailleurs, l’habitude de rapporter les problèmes au dernier moment est une habitude qui est la nôtre, mais dans ce cas précis il y a lieu d’agir promptement. »

Le magazine précise que le gouvernement a décidé de débloquer aux fins de cette aide de 700 à 800 millions de couronnes.

Le groupe Agrofert étroitement surveillé

Agrofert, photo: Filip Jandourek, ČRoAgrofert, photo: Filip Jandourek, ČRo Le journal en ligne Deník Referendum s’est penché sur les problèmes qu’affronte actuellement le holding Agrofert, fondé par le Premier ministre Andrej Babiš, qui serait de plus en plus endetté et qui peine désormais à bénéficier de subventions publiques. Il met ce constat en rapport avec un contrôle désormais plus important effectué par les médias, la société civile et l’Union européenne. Les problèmes du groupe constitueraient alors une sorte d’appréciation de leur travail. Il précise :

« Il est vrai qu’Agrofert demeure toujours une société prospère et le plus gros employeur en République tchèque. Mais il affronte des difficultés ce que confirme d’ailleurs son dernier rapport annuel. Or, si l’on accepte l’hypothèse qui veut qu’Andrej Babiš se serait engagé dans la politique pour mieux défendre les intérêts financiers de son empire, il y lieu de se demander si cette mission a été vraiment accomplie ».

Le commentateur du journal note en outre que la cote de populatiré du chef de gouvernement aurait atteint un plafond et qu’ « au lieu d’augmenter, elle aura plutôt tendance à s’émietter ».

23-08-2019