Les jeunes Tchèques se disent pro-occidentaux

15-02-2019

Les jeunes Tchèques se tournent-ils vers l’Occident ? Quel regard les Tchèques portent-ils aujourd’hui sur la Russie ? C’est d’abord à ces deux questions que cette nouvelle revue de la presse tchèque de la semaine écoulée apportera quelques éléments de réponse. Elle proposera ensuite une réflexion sur le centenaire de l’explorateur Miroslav Zikmund, avant de se pencher également sur le récent voyage du pape François aux Emirats arabes unis. Quelques mots, enfin, au sujet d’une initiative visant à donner des noms de femmes à certaines rues.

Photo illustrative: Site officiel de l'Université PalackýPhoto illustrative: Site officiel de l'Université Palacký Notre pays fat-il partie de l’Occident ? Voudriez-vous sortir de l’Union européenne ou de l’OTAN ? Pensez-vous que notre monde soit dirigé par la puissante communauté juive ? La chute du régime communiste a-t-elle été une bonne chose ? Autant de questions parmi d’autres qui ont été posées aux habitants des quatre pays du groupe de Visegrád (Tchéquie, Slovaquie, Pologne et Hongrie) dans le cadre d’une étude effectuée par le think tank Globsec de Bratislava. Le choix n’est pas fortuit. Cette année, en effet, est marquée tout à la fois par le 30e anniversaire de la révolution qui a abouti à la chute du régime communiste en Tchécoslovaquie, le 15e anniversaire de l’adhésion des pays d’un groupe de Visegrád qui n’existait pas encore à l’UE et le 20e anniversaire de leur entrée à l’OTAN. Le quotidien Český deník précise à ce sujet :

« L’enquête a révélé que près de 80 % des jeunes Tchèques et la majorité des personnes âgées de plus de 65 ans soutiennent l’appartenance du pays à l’UE et à l’OTAN. Les jeunes sont également presqu’unanimes pour saluer la chute du régime communiste. Par ailleurs, les résultats de l’enquête montrent que les différentes théories de conspiration n’ont à leurs yeux qu’une très faible importance. Ces résultats laissent à penser que les populistes, les conspirateurs et les xénophobes n’influencent que très peu l’orientation pro-occidentale des jeunes. »

Toutefois, comme l’observe toujours Český deník, l’étude n’explique pas d’où proviennent les « hordes » furieuses qui se déchaînent sur les réseaux sociaux et qui attaquent tout ce qui a été entrepris depuis la chute du régime communiste. « Peut-on estimer qu’il ne s’agit là que d’une minorité trop bruyante ? », s’interroge l’auteur en conclusion.

Le regard des Tchèques sur la Russie reste tranché

Photo: Wladimir Dwortsewoj, CC BY-SA 4.0Photo: Wladimir Dwortsewoj, CC BY-SA 4.0 Que ce soit sur le plan politique, économique ou géographique, la Russie constitue une grande inconnue, et c’est pourquoi la République tchèque ne devrait pas trop s’y attacher, notamment en ce qui concerne le nucléaire et les livraisons de pétrole et de gaz. C’est du moins l’opinion formulée dans l’hebdomadaire Ekonom par l’historien Zbyněk Vydra. Expert en histoire russe, il explique également pourquoi il est difficile de mener un débat rationnel et dépourvu d’émotions au sujet de la Russie :

« Je souhaite que cela soit possible, mais nous n’y arrivons pas, surtout les gens qui appartiennent à la génération qui a vécu des expériences négatives à l’époque soviétique. Il s’agit notamment des gens qui ont été témoins de l’invasion du pays en 1968 et qui restent influencés par cet événement. Or, le regard que porte la société tchèque sur la Russie est particulièrement tranché. D’un côté, il y a ceux qui l’adorent, et de l’autre ceux qui la haïssent. Rares sont ceux dont l’avis est partagé. »

L’historien s’est aussi exprimé au sujet de la « pénétration » de la Russie en République tchèque dont fait part le dernier rapport du Service de renseignement et de sécurité (BIS) :

« Tout en étant moindre que dans le cas de la Chine, la pénétration d’une certaine influence russe existe. Il ne s’agit pas d’une menace militaire directe, mais d’activités subversives dont la tradition était déjà riche sous l’ancien régime soviétique. La situation a foncièrement changé avec internet et les réseaux sociaux, et leur influence sur la société. Le principal danger, c’est donc effectivement la pénétration russe dans l’espace public d’autres Etats. »

Voyager à une époque où toute la planète ou presque a déjà été explorée

Jiří Hanzelka et Miroslav Zikmund, photo: Archives de Muzeum jihovýchodní Moravy ve ZlíněJiří Hanzelka et Miroslav Zikmund, photo: Archives de Muzeum jihovýchodní Moravy ve Zlíně Le 100e anniversaire de la naissance de l’explorateur tchèque Miroslav Zikmund, le 14 février 1919, a eu un grand retentissement dans les médias. Il a, par exemple, conduit l’auteur d’une note publiée dans le quotidien Mladá fronta Dnes à soulever la question de savoir si, aujourd’hui, cela valait encore la peine de voyager, car il n’existe quasiment plus de lieux inexplorés sur Terre, à l’exception peut-être d’une partie de la Nouvelle-Guinée ou de l’île de North Sentinel. Il répond à sa propre question par la positive :

« A chacun de mes voyages, que cela soit au Caire, à Madrid ou ailleurs, j’ai eu le sentiment ‘d’appartenir au monde’. Voyager est la meilleure façon d’atteindre une certaine sagesse. C’est d’ailleurs aussi une des ambitions du très populaire programme Erasmus pour les étudiants européens. Une personne qui passe ne serait-ce qu’un court laps de temps à l’étranger aux côtés de gens de différentes races a plus de chances de rester imperméable aux idées xénophobes. Et puis affirmer que tout a déjà été découvert est illusoire. Bien que le monde soit aujourd’hui foncièrement différent de ce qu’il était à l’époque où Miroslav Zikmund le parcourait avec son compagnon Jiří Hanzelka, ses changements méritent d’êtres décrits. Aujourd’hui, nos deux explorateurs seraient probablement étonnés de voir jusqu’où il est possible d’aller et, inversement, quels sont les pays qu’il est préférable d’éviter en raison des conflits, du chaos ou des risques d’attentats terroristes. »

L’article évoque également certaines ambiguités qui accompagnent le tourisme et les voyages modernes. Il l’illustre à travers l’apparition de projets de voyages touristiques autour de la Terre et par les démarches entreprises par certaines villes européennes, avec Venise à leur tête, afin de se protéger de l’afflût de touristes.

438 Tchèques centenaires

En rapport avec le centenaire de Miroslav Zikmund, le quotidien Mladá fronta Dnes constate que parmi les personnes centenaires en République tchèque, on trouve beaucoup plus de femmes que d’hommes : 388 contre 50 actuellement, la femme la plus âgée ayant 108 ans. Autrement dit, la probabilité qu’ont les hommes tchèques de vivre jusqu’à cent ans est huit fois moindre que celle des femmes. Le plus grand nombre centenaires en Tchéquie vit à Prague et en Moravie du Sud. Le journal note également :

« En dépit de meilleurs soins et d’un régime de santé qui leur permettent de vivre plus longtemps, le nombre de Tchèques centenaires diminue ces cinq dernières années. Ce constat est à mettre en rapport avec les conséquences de la Première Guerre mondiale ».

Un voyage historique du pape François

Le pape François, photo: ČTK/AP/Andrew MedichiniLe pape François, photo: ČTK/AP/Andrew Medichini « Un seul événement de la semaine écoulée peut être qualifié d’historique et peut prétendre à figurer dans les encyclopédies à l’avenir. C’est le voyage du pape François aux Emirats arabes unis. La première visite d’un souverain pontif sur la péninsule arabique où l’Islam a vu le jour au VIIIe siècle. » Voilà ce que l’on peut lire dans un article publié dans l’hebdomadaire Respekt. Tout en rappelant que près d’un million de chrétiens vivent dans cette région du monde, son auteur écrit :

« Depuis quelques années déjà, ce sont les hommes forts qui raffermissent leur pouvoir en suscitant des craintes et en divisant le monde en deux camps inconciliables qui sont en vogue en politique. Même si elle incarne pour beaucoup la volonté d’une coopération internationale dans un monde dominé par les mâles alpha, la chancelière allemande Angela Merkel ne possède pas le don de la communication. C’est pourquoi le pape François est pratiquement la seule autorité dont l’aura est telle qu’elle lui permet de défendre ouvertement et courageusement les principes humanistes fondamentaux, à savoir d’abord que que nous sommes tous - chrétiens, musulmans, riches ou pauvres - des ‘enfants de Dieu’ avec la même dignité humaine. »

Toujours selon l’auteur, le message du pape François et son appel à la conciliation et au rejet des préjugés devrait servir de source d’inspiration aussi à plus d’un représentant ecclésiastique tchèque.

Pour plus de rues portant des noms de femmes

Photo illustrative: Google MapsPhoto illustrative: Google Maps Très peu de rues en Tchéquie portent le nom d’une femme. Le temps est donc venu de changer cela, notamment si l’on se rappelle que cent ans se sont écoulés depuis l’instauration du droit de vote pour les femmes. C’est ce qu’estime le quotidien en ligne Deník Referendum :

« On trouve dans notre histoire de nombreuses femmes marquantes qui, pourtant, ne sont toujours pas appréciées à leur juste valeur et mériteraient une plus grande reconnaisaance. Ainsi, seuls 5 % des rues de Prague, Brno et Ostrava rendent hommage à une femme. »

Le journal a donc décidé d’évoquer six femmes illustres de l’histoire récente du pays et de présenter leurs activités. Parmi elles, on trouve par exemple Irena Bernášková, grande figure de la résistance sous le Protectorat de Bohême-Moravie et première Tchèque à avoir été exécutée par les nazis. Son nom demeure pourtant aujourd’hui encore méconnu du grand public.

15-02-2019