Le rôle des sciences humaines dans la société aujourd’hui

23-10-2015

L’importance des sciences humaines face aux défis du monde contemporain : tel est le premier sujet de cette revue de presse. En partant de certains textes de Václav Havel, son ancien porte-parole a réfléchi aux positions qui auraient été celles aujourd’hui du président tchèque défunt sur la crise migratoire. Nous vous en présenterons quelques extraits avant de nous pencher sur deux sujets d’ordre culturel, le premier lié au grand compositeur baroque Jan Dismas Zelenka, et le second au 130e anniversaire de l’Ecole d’arts plastiques de Prague. Nous avons également retenu quelques découvertes faites par des scientifiques tchèques en Antarctique.

Photo: ČTKPhoto: ČTK Dans un article publié dans la dernière édition de l’hebdomadaire Respekt, Tomáš Lindner prend la défense des sciences humaines qui sont souvent considérés, dans les milieux politique et des affaires, sinon comme inutiles, du moins comme étant de moindre intérêt pour la société que les disciplines technique. Il explique pourquoi :

« Dans l’époque turbulente qui est la nôtre, il convient de ne pas se tromper dans son orientation. Mais pour cela, les sciences techniques ne suffisent pas. Par exemple, une formation en mathématiques ne nous donne pas de réponses aux questions relatives à la migration des peuples. Elle ne nous enseigne pas non plus comment gérer au mieux l’intégration des ressortissants étrangers, comment s’y retrouver dans le chaos d’informations, comment distinguer le vrai du faux sur internet et comment reconnaître les fausses informations qui sont si ingénieusement proliférés par la propagande russe, ou encore comment fonctionne l’Union européenne ».

Il n’est plus possible, constate l’auteur de ce texte, de penser que tous ces phénomènes ne nous concernent pas ou que nous pourrons, au cœur de l’Europe, protéger la tranquillité de notre pays, car nos vies sont de plus en plus influencées par la marche du monde. Selon une récente enquête Eurobaromètre que Tomáš Lindner évoque dans ce contexte, la Tchéquie apparaît comme le pays le moins tolérant de l’UE. Ce triste constat confirme à quel point la société tchèque ethniquement homogène est peu préparée à cohabiter avec des gens d’autres cultures et que la « compétence interculturelle » sera une aptitude décisive au XXIe siècle. Tomáš Lindner souligne enfin :

« Il va de soi que plus les citoyens comprennent les affaires politiques et ce qui se passe dans le monde, moins ils sont en proie à la peur et aux solutions simplistes. C’est pourquoi les représentants politiques, toutes orientations confondues, sont appelés à encourager la formation en sciences humaines. En effet, il n’existe pas seulement une infrastructure matérielle. C’est aussi l’infrastructure mentale qui développe un Etat. »

Ce que Václav Havel penserait de la crise migratoire

Michael Žantovský, photo: Archives de Radio PragueMichael Žantovský, photo: Archives de Radio Prague Dans un texte publié sur le site ihned.cz, Michael Žantovský, directeur de la Bibliothèque qui porte le nom de Václav Havel, réfléchit, en se référant à certains textes et idées de l’ancien président, aux positions que ce dernier aurait pu prendre concernant la crise migratoire. Il écrit entre autres :

« La première réaction instinctive de Havel aurait été d’offrir son aide. Cette position aurait été fidèle à sa conviction selon laquelle ‘aider celui qui se sauve de la guerre, de la pauvreté et de la souffrance’ est ‘l’affaire de la solidarité humaine universelle fondamentale’. Ceci dit, Havel est loin de faire des gestes en ouvrant grands les bras à tous ceux qui voudraient s’établir en Europe pour des raisons purement pratiques, car on ne saurait ‘entasser’ en Europe tous les gens qui dénoncent les régimes dans leur propre pays. Un autre argument, Havel l’a formulé dès 1986, en affirmant qu’il ne serait pas déplacé de rappeler délicatement aux gens qui vivent sous des régimes totaliraires qu’ils devraient eux-mêmes faire quelque chose pour faire tomber ces régimes, au lieu de les quiter tout simplement. »

En ce qui concerne l’avenir de l’Europe, Michael Žantovský rappelle que Václav Havel a souvent évoqué la nécessité de chercher un éthos qui serait à même de soutenir son intégration. L’actuelle crise migratoire pourrait alors constituer un germe faisant croître et se répandre un tel éthos européen. Václav Havel aurait cependant des doutes, toujours selon son ancien porte-parole, s’agissant de la mise en valeur de règlements à cette fin.

Jan Dismas Zelenka – un compositeur hors du commun à découvrir

Photo: NIBIRUPhoto: NIBIRU A la mi-octobre, Prague accueillait un festival consacré à l’œuvre de Jan Dismas Zelenka, considéré comme un des plus grands compositeurs baroques. Dans les pages du quotidien Právo, Adam Viktora, organiste et promoteur de cet événement, a expliqué son intérêt pour Zelenka.

« Il existe d’abord une forte disparité entre la grandeur de ce compositeur tchèque et les informations à son égard dont nous disposons. Tombé dans l’oubli pendant très longtemps, c’est seulement au début des années 1960 que l’on a commencé à découvrir l’excellence de sa musique. Mais à cette époque-là, elle demeurait tout à fait inconnue en raison du fait qu’elle appartenait au souverain aux services duquel il travaillait à la cour de Dresde. Tout ce que Zelenka a composé comme contrebassiste, chef d’orchestre, chanteur et pédagogue, appartenait au roi, et ne pouvait donc pas être interprété ailleurs qu’à la cour de Dresde. Ainsi, l’ensemble de son œuvre a été soigneusement conservée dans les archives. »

Il existait tout de même plusieurs exceptions. Johann Sébastien Bach a, par exemple, interprété, à Leipzig, plusieurs de ses compositions qu’il s’est fait faire copier pour déclarer que Zelenka était l’un des neufs meilleurs compositeurs de son époque. Adam Viktora a également estimé :

« La qualité des compositions de Zelenka est la même que celle des compositeurs baroques les plus connus, Bach, Vivaldi ou Händel. Tout en étant aussi envoûtante, sa musique est pourtant différente. Zelenka avait un style inédit et caractéristique, dont le côté émotionnel est très fort. Il suffit d’entendre seulement quelques mesures de sa musique pour l’identifier. »

L’Ecole d’arts Umprum fête ses 130 ans

L'Ecole supérieure d'arts, photo: flambelle, CC BY-SA 2.5 GenericL'Ecole supérieure d'arts, photo: flambelle, CC BY-SA 2.5 Generic L’Ecole supérieure d’arts Umprum, qui célèbre cette année ses 130 ans d’existence, est la plus ancienne école d’arts d’Etat sur le territoire tchèque. Fondée en 1885, elle a réuni au sein de son corps pédagogique les plus grandes figures de la scène artistique tchèque de l’époque, comme le sculpteur Josef Myslbek ou le peintre Jakub Schikaneder. Dans le quotidien Mladá fronta Dnes, Tereza Blažková a apporté quelques autres détails relatifs à cet anniversaire :

« Au fil des années, le prestige de l’Umprum n’a eu de cesse d’augmenter. Ainsi, en 1900 et 1925, elle a représenté à deux reprises les arts tchèques aux expositions universelles qui ont eu lieu à Paris. Dans le passé, l’école a été fréquentée par toute une série de personnalités qui ont par la suite marqué les arts plastiques du XXe siècle. On ne citera que les peintres Josef Čapek, Václav Špála ou Toyen. Toutefois, ce n’est qu’au lendemain de la fin de la Deuxième Guerre mondiale que l’école a pu obtenir le statut d’école supérieure. »

L’auteur de l’article souligne que même si, dans les années 1950, les pédagogues ont dû se soumettre aux impératifs du réalisme socialiste imposé par le régime communiste nouvellement instauré, l’école a su maintenir un niveau élevé. Aujourd’hui, elle comprend six chaires qui sont fréquentées par près de 500 étudiants avec une sélection très stricte à l’entrée.

Les scientifiques tchèques font tomber des mythes concernant l’Antarctique

Photo: Pavel Teplý / Faculté des Sciences de l'Université CharlesPhoto: Pavel Teplý / Faculté des Sciences de l'Université Charles Le Musée d’histoire de la Terre de l’Université Charles présente les résultats des recherches de scientifiques tchèques, résultats de plusieurs années d’études en Antarctique. Une façon, selon un texte publié sur le site aktuálně.cz, de déjouer les mythes répandus liés à ce continent qui veulent que celui-ci ait toujours été couvert de neige et de glace. Interrogé sur le site, le géologue Radek Vodrážka qui a participé à ces recherches, a précisé :

« Dans la conscience des gens, l’Antarctique est souvent perçue comme un continent de glace, mais dans le passé géologique de la Terre, il n’en a pas toujours été ainsi. A l’ère mésozoïque et à l’ère tertiaire, son sol était couvert de forêts denses pareilles à celles que l’on retrouve aujourd’hui en Amérique du Sud. La vie florissait alors non seulement sur la terre ferme, mais aussi en mer. Il y a seulement environ 35 millions d’années qu’a eu lieu la séparation de l’Antarctique avec l’Australie et l’Amérique du Sud et que ce continent s’est refroidi d’une manière radicale pour revêtir la forme que nous lui connaissons aujourd’hui. »

D’un point de vue scientifique, ce sont la description des plantes magnoliophytes les plus anciennes et une première description de champignons fossiles de la région qui sont considérées comme les découvertes les plus importantes réalisées par les chercheurs tchèques. Le site aktuálně.cz fait également état de la découverte de coquillages magnifiquement conservés de mollusques.

23-10-2015