La révolte dans le monde arabe vue par les Tchèques

18-02-2011

Comme ailleurs, la révolte, les dernières évolutions et la situation actuelle en Egypte sont rigoureusement suivies par les médias et par les représentants politiques tchèques. Nous avons retenu quelques-unes de leurs réactions et avons lu les commentaires qui sont apparus dans la presse nationale.

Karel SchwarzenbergKarel Schwarzenberg « Nous espérons que le processus en cours donnera lieu à la naissance d´un Etat doté de plus de droits et de plus de démocratie », dit dans les pages de la dernière édition de l´hebdomadaire Respekt, le chef de la diplomatie tchèque, Karel Schwarzenberg. Et de préciser quelle est la position de la diplomatie tchèque à l´égard des émeutes en Tunisie, en Egypte et, d´une manière générale, dans le monde arabe :

« Nous sommes prêts à offrir notre aide sur la base de nos expériences, si celle-ci est sollicitée par l´autre partie. Nous pouvons, par exemple, envoyer nos experts, qui sont capables de donner des instructions sur la manière de s´acquitter ou de ne pas s´acquitter à l´égard du régime partant, sur la façon de traiter les criminels liés au passé… Nous pouvons également offrir notre expérience en ce qui concerne la privatisation des biens. »

Photo: CTKPhoto: CTK Karel Schwarzenberg espère un dénouement heureux des émeutes dans le monde arabe. Le scénario le plus noir pour lui serait de voir les violences déboucher sur l´instauration d´une dictature. Il estime qu´il « serait très malheureux de voir les puissances voisines, qu´il s´agisse de l´Iran ou d´Israël, commencer a s´immiscer dans les affaires des pays en question, afin de les influencer ».

En ce qui concerne la position de l´Europe, le chef de la diplomatie tchèque insiste sur la nécessité de son comportement réticent. Par ailleurs, d´après ses propres paroles, « l´Europe ne peut pas faire grand-chose, car son influence dans la région n´est plus ce qu´elle était auparavant, même encore dans les années 1960. C´est fini maintenant ».

En rapport avec la révolte égyptienne, Karel Schwarzenberg affirme ne pas avoir vraiment peur de la menace islamiste. Pourquoi? Il explique :

« C´est par les Frères musulmans que le malheur devrait prétendument arriver. Mais n´oublions pas que c´est une organisation vieille de plus de quatre-vingts ans et qui perd le caractère radical qu´elle avait au début. Cette organisation avait ses députés au sein du Parlement égyptien. Le radicalisme des Frères musulmans a été en partie repris par de nouvelles organisations émergentes ».

Cyril SvobodaCyril Svoboda Cyril Svoboda, ex-chef chrétien-démocrate de la diplomatie tchèque, s´attend quant à lui à une plus grande islamisation de l´Egypte. Ceci dit, « ce n´est pas une tragédie mais un fait », écrit-t-il dans un de ses récents commentaires publiés sur son blog avant de dire plus loin :

« Les émeutes dans le nord de l´Afrique représentent des événements majeurs qui marqueront notre époque. Il s´avère que beaucoup d´hommes politiques européens ont été surpris par cette révolte à laquelle ils ne s´attendaient pas. Nous nous sommes habitués à considérer la stabilité dans cette région comme une valeur sûre. Plus encore : des Etats comme la Tunisie ou l´Egypte servaient d´exemples de stabilité politique et économique. »

Il conclut en constatant que « les événements révolutionnaires en Egypte sont la manifestation spontanée d´un mécontentement social et politique… un processus contenant en quelque sorte des attributs de la démocratie libérale ».

Lubomír ZaorálekLubomír Zaorálek Le social-démocrate Lubomír Zaorálek estime pour sa part que « même si le processus révolutionnaire dans le nord de l´Afrique comporte certains risques, il traduit des revendications et des aspirations qui nous sont proches et auxquelles nous pouvons nous identifier ».

« Que devrait faire l´Occident face aux transformations démocratiques qui se déroulent dans le monde arabe ? » Telle est la question que s´est récemment posée dans une émission radiophonique le politologue Rudolf Kučera et à laquelle il a répondu :

Rudolf KučeraRudolf Kučera « Une chose semble évidente : il ne faut plus soutenir les dictateurs, même si ce n´est pas toujours facile. Il existe certaines possibilités pour l´Union européenne. Il s´agit en premier lieu de créer le concept d´une Méditerranée démocratique et de soutenir économiquement et politiquement les pays qui sont en train d´entamer le processus des transformations. Il faut soutenir les changements constitutionnels et démocratiques, encourager une plus grande partition du pouvoir, favoriser le parlementarisme, les partis politiques, les associations civiques, etc. »

Photo: CTKPhoto: CTK « Pour l´instant, dit-il, l´Union européenne demeure à l´écart, comme si certains de ses Etats membres avaient honte de leur passé colonial ou de leurs pactes maintenus avec les dictateurs arabes au cours des dernières décennies. Mais si elle ne met pas à profit cette chance unique lui permettant d´ouvrir un nouveau chapitre des relations mutuelles, elle risque de confirmer pour longtemps son image négative aux yeux du monde arabe ».

« L´étincelle dans le monde arabe » : tel est le titre d´un article paru dans l´édition de mercredi du quotidien économique Hospodářské noviny, qui réfléchit sur l´approche des Tchèques a l´égard des événements qui se déroulent actuellement dans plusieurs pays arabes.

Mahmoud Ahmadinejad, photo: CTKMahmoud Ahmadinejad, photo: CTK « L´espoir de la liberté » : c´est ainsi, selon l´auteur de l´article, quo l´on pourrait surnommer la principale étincelle qui allume les pays du monde arabe, l´un après l´autre. Ce n´est donc pas, comme veut le faire croire le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, une révolte de la population arabe contre les gouvernements pro-ocidentaux corrompus, même si cet élément aurait pu jouer un certain rôle en Egypte. Il précise :

Photo: CTKPhoto: CTK « Il existe beaucoup d´arguments pour prouver à quel point la révolte actuelle dans le monde arabe diffère de la vague révolutionnaire de la fin des années 1980 en Tchécoslovaquie. Chez nous, nous n´avions pas faim, et, à la différence de l´Egypte, nous menions une vie aisée, lors de notre révolte contre le régime nous n’avons pas risqué nos vies. Effectivement, il n´y a pas beaucoup de choses qui nous auraient manqué, sauf la liberté ».

« Lorsque nous avons jubilé et fêté le retour de la liberté, les gens en Occident auraient pu porter sur nous un regard identique à celui que nous avons maintenant tendance à porter sur ce qui se passe au Caire ou a Téhéran. Nous, une population en liesse, un peu négligée, de drôles de sauvages qui veulent joindre leur monde. Leur monde qui est libre, mais qui est en même temps soumis a des règles. »

Et l´article de s’achever sur la conclusion suivante :

Photo: CTKPhoto: CTK « Il se peut que l´évolution en Egypte n´aboutisse pas à la démocratie. Il se peut que l´Iran continue à tourmenter l´Occident. Mais cela ne veut pas dire que l´on puisse se permettre de prendre à la légère les aspirations à la liberté de leurs populations. Il ne s´agit pas d´une révolte d´une populace ou encore d´ennemis religieux, mais d´une révolte de gens qui sont comme nous et qui ont maintenant la chance de profiter de l´étincelle contagieuse de la liberté ».

18-02-2011