La politique, l’économie, le climat : les défis de 2020 vus par les médias

03-01-2020

Au seuil de la nouvelle année 2020, les médias tchèques se sont penchés notamment sur les défis que la Tchéquie va avoir à relever, dans les domaines économique, politique et écologique. Cette nouvelle revue de la presse en propose quelques éléments. Elle présentera également le mot de l’année écoulée tel qu’il a été désigné par le quotidien Lidové noviny et s’intéressera à comment on pourrait définir un visionnaire.

Andrej Babiš, photo: Michaela Danelová, ČRoAndrej Babiš, photo: Michaela Danelová, ČRo Il est grand temps de se rappeler un des mots d’ordre de la révolution de Velours dont on a célébré le 30e anniversaire en novembre dernier : finie la domination d’un seul et unique parti. C’est ce que prétend le commentateur du site aktualne.cz qui explique pourquoi :

« Evidemment, personne ne peut souhaiter que l’actuel gouvernement d’Andrej Babiš s’engouffre dans les tréfonds de l’histoire car il est issu d’élections démocratiques, et sa façon de gouverner est également démocratique. Depuis les élections législatives en 2017, on voit pourtant persister un système qui est marqué par l’hégémonie d’une seule formation, le mouvement ANO, tandis que deux partis plus petits et un tas de formations minuscules ne jouent que des rôles secondaires. Dans une perspective de long terme, cette situation n’assure ni la solidité ni le bon fonctionnement de la démocratie. L’émergence d’une alternative représente alors le principal défi politique de l’année 2020 qui est dans l’intérêt de tous. Un rival politique fort profiterait effectivement non seulement au pays, mais au mouvement ANO lui-même. »

Mais existe-il à l’heure actuelle sur l’échiquier politique local un leader qui puisse faire réellement concurrence au Premier ministre Andrej Babiš ?, s’interroge le commentateur avant de répondre par la négative.

Le climat : le mot de l’année selon Lidové noviny

Photo illustrative: madartzgraphics / Pixabay, CC0Photo illustrative: madartzgraphics / Pixabay, CC0 Le climat a été désigné comme « mot de l’année » par le journal Lidové noviny. Son édition de samedi dernier a écrit à ce propos :

« Le climat est un mot ambigu et magique. Il peut se rapporter tantôt à l’évolution sur la planète, tantôt il peut décrire l’ambiance qui règne, par exemple, dans une salle où les gens sont réunis. Il constitue un front de la guerre culturelle menée dans les médias, sur les réseaux sociaux, au niveau de la politique nationale et internationale. Le mot climat implique aussi l’activisme, ses acteurs prétendant que tout ce qui il y a de néfaste sur la Terre a été causé par l’homme. »

Le commentateur de Lidové noviny constate en outre que pendant de longues années, les questions d’ordre environnemental n’intéressaient guère le large public, ce à quoi répondaient les préférences des partis verts. « Cette année, on peut enfin constater que les glaciers ont commencé à bouger, au sens propre comme au figuré », écrit-il. Et de rappeler qu’aux élections européennes, les Verts ont atteint un score jamais vu auparavant, ce qui leur permet de donner le ton, de concert avec les libéraux.

La menace climatique : convaincre les électeurs

Photo: derwiki / Pixabay, CC0Photo: derwiki / Pixabay, CC0 L’hebdomadaire Respekt a dressé la liste des dix plus grands défis à relever durant cette année, dont, en premier lieu, « sensibiliser les électeurs à la menace climatique ». Il a écrit à ce sujet :

« La prochaine décennie pourrait être cruciale. Selon les climatologues, l’humanité est appelée à réduire d’ici 2030 les émissions de gaz à effet de serre de moitié, une façon d’assurer que le réchauffement du climat planétaire se maintienne entre 1,5 et 2 °C... Mais aujourd’hui, on ne voit pas dans le monde démocratique de gouvernement ayant réussi avec un programme climatique radical impliquant les réformes nécessaires. »

Greta Thunberg et d’autres activistes invitent les politiciens à prendre les conseils des scientifiques au sérieux. Le problème, comme le signale le magazine Respekt, c’est qu’il n’y a personne pour expliquer aux leaders politiques comment transformer fondamentalement et au prix de coûts astronomiques les économies de leurs pays, au profit de l’intérêt global, sans se faire par la suite écarter aux élections ou par des foules déchaînées.

L’économie au seuil de l’année 2020

Photo iilustrative: Mediamodifier / Pixabay, CC0Photo iilustrative: Mediamodifier / Pixabay, CC0 Les plus grandes menaces auxquelles l’économie tchèque aura à faire face en 2020 trouvent leur origine à l’étranger. La possible détérioration des relations entre les puissances mondiales comme les Etats-Unis et la Chine, ainsi que le refroidissement ultérieur de l’économie allemande à laquelle l’économie locale est étroitement liée doivent être pris en compte par les dirigeants tchèques. C’est ce que constate un texte publié dans une récente édition du quotidien économique Hospodářské noviny qui a rapporté à ce propos :

« Selon les experts, l’année à venir se déroulera sous le signe de la crainte d’une nouvelle récession économique qu’une grande partie des Tchèques attend au plus tard d’ici deux ans. Outre l’incertitude autour du Brexit et des guerres commerciales, c’est elle qui aura un grand impact sur l’économie tchèque. »

Les changements structurels en lien avec le passage d’une économie bon marché vers une économie qualifiée, la mise en valeur des technologies vertes, la réforme du système des retraites. Autant d’autres défis à relever au cours de cette année par la Tchéquie. Mais, comme l’indique le quotidien Hospodářské noviny, le pays a devant lui, aussi, de grandes opportunités dont celle consistant à participer au développement et à la mise en valeur de l’électromobilité.

Un rappel des manifestations

Photo: Martina SchneibergováPhoto: Martina Schneibergová Le journal Hospodářské noviny a aussi porté un regard sur les points les plus marquants de l’année qui vient de s’achever et qui, à en croire le commentateur, augurent de la prochaine évolution à attendre :

« Pour la première fois depuis la chute du régime communiste en 1989, la Tchéquie a vécu ses premières manifestations de révolte civique, puissantes et persistantes. A deux reprises, près de 250 000 personnes se sont réunies sur l’esplanade de Letná à Prague pour protester contre le Premier ministre Andrej Babiš. D’autres manifestations sous la houlette de l’organisation Un million de moments pour la démocratie se sont déroulées dans d’autres villes à travers le pays. A l’heure actuelle, la force de ces manifestations n’a pas d’équivalent en Europe. 250 000 personnes, c’est comme si l’on voyait se réunir, par exemple, 2 millions de manifestants à Berlin. De même, toujours par rapport au nombre d’habitants, les manifestations en Tchéquie ont été six fois plus nombreuses que les protestations des gilets jaunes en France. Il n’est donc guère étonnant que leur ampleur et leur calme aient évoqué les souvenirs de la révolution de Velours. »

Pourtant, comme le remarque le journal, une telle analogie est trompeuse car aujourd’hui, les manifestants ne luttent pas pour un changement du système, comme c’était le cas il y a trente ans, mais pour sa défense.

C’est quoi, un visionnaire ?

Photo illustrative: LhcCoutinho / Pixabay, CC0Photo illustrative: LhcCoutinho / Pixabay, CC0 Comment définir une personne qui a les qualités d’un visionnaire ? Le journal E15 a posé la question à Ivan M. Havel, frère cadet de l’ex-président défunt Václav Havel et membre du conseil du Prix Vision 97. Une distinction qui est décernée à « ceux qui ont abandonné les sentiers battus de leurs disciplines pour emprunter leur propre voie et qui sont prêts à essuyer des critiques ». Il a répondu :

« Le mot visionnaire est trop souvent utilisé. Il ne devrait pas s’appliquer à des personnes vivantes et actives. Il faut un peu de recul dans le temps pour pouvoir constater que quelqu’un est effectivement un visionnaire... De même, le visionnarisme n’est pas une qualité collective. A l’heure actuelle, on parle des visionnaires de la Silicon Valley mais à mon sens, ce n’est pas tout à fait juste. Pour que l’on puisse désigner un visionnaire, il doit y avoir un individu, quelqu’un de solitaire, d’audacieux, même s’il nécessite, pour pouvoir réaliser ses visions, une aide des autres. La chance, le hasard, ainsi qu’une situation technologiquement appropriée, jouent également un rôle. L’intuition est une autre qualité qui traduit l’aptitude à accepter et à ne pas rejeter une idée, aussi folle puisse-t-elle paraître au premier abord. »

Un autre atout nécessaire pour être un visionnaire, c’est la capacité organisationnelle. « La plupart de ceux qui ont de l’intuition et qui ont une intention sérieuse, finissent quand même mal, car ils n’arrivent pas à attirer l’attention sur leur idée », explique le scientifique Ivan Havel.

03-01-2020