Karel Gott / sciences humaines / femmes et TI / changement climatique

04-10-2019

En cette fin de semaine, l’ensemble de la presse locale publie des textes liés au décès, à l’âge de 80 ans, du chanteur Karel Gott. Nous vous en présenterons quelques extraits. Cette nouvelle revue de presse s’intéresse également au regard qui est porté en Tchéquie sur les études de sciences humaines et sociales et à l’intérêt croissant des femmes pour les technologies de l’information. Les initiatives en vue de la plantation de nouveaux arbres dans les villes est le dernier sujet traité.

Karel Gott, photo: ČTK/Ondřej HájekKarel Gott, photo: ČTK/Ondřej Hájek

« De son vivant, le chanteur a servi de projection de notre conscience. Qu’en sera-t-il après sa mort, car celle-ci ne constitue pas seulement l’achèvement d’une vie, mais aussi le début d’une vie après la vie ? » C’est ainsi que le commentateur du site aktualne.cz amorce son texte, l’un dans la série de ceux qui ont déferlé dans les médias électroniques et classiques au lendemain de la mort du chanteur Karel Gott, ce mardi, « la dernière icone vivante de la continuité sociale » et dans lequel il écrit entre autre:

« Karel Gott a établi le standard du professionalisme et du succès, consistant à offrir un divertissement de haut niveau. Il paraît presqu’incroyable que ce stéréotype ait perduré aussi longtemps. On peut croire que la Tchèquie avait son roi de la pop, car sous le régime communiste, une concurrence ne pouvait pas se développer librement. Ce qui est cependant le plus probable, c’est qu’il satisfaisait pleinement les goûts musicaux des masses. Gott était non seulement un roi, mais aussi un ouvrier du showbusiness. Il a su développer et maintenir habilement sa popularité, travaillant systématiquement à cultiver son mythe. La société quant à elle a accepté de bon gré et avec joie cette figure ».

De l’avis du commentateur, Karel Gott était le symbole de la « normalisation » communiste. Il a montré qu’il était possible de s’incliner devant la popagande du régime tout en faisant bien, pour ne pas dire merveilleusement, son travail. Lorsque, lors de l’une des manifestations accompagnant la révolution de Velours, il a chanté en duo avec Karel Kryl, chanteur connu de chants contestataires, l’hymne national, cette entente générale semblait se confirmer. Du moins jusqu’au moment où des voix critiques à l’égard du conformisme précédent du chanteur ne s’élèvent. En conclusion, l’auteur de la note publiée sur le site aktualne.cz remarque:

« Désormais, il n’y a que les chansons qui restent, parmi lesquelles des dizaines de tubes qui se sont inscrits dans la mémoire culturelle de plusieurs générations. Seront-elles populaires même lorsque vingt ans se seront écoulés depuis la mort du chanteur ? Voilà le secret de ‘la vie de Gott après sa vie’. Désormais s’ouvre la partie probablement la plus intéressante de la carrière du chanteur qui mettra à l’épreuve la force du mythe au moment où son créateur et protecteur ne pourra plus l’influencer ».

Les obsèques comme un objet de controverse

La cathédrale Saint-Guy, photo: Barbora NěmcováLa cathédrale Saint-Guy, photo: Barbora Němcová Le projet de funérailles nationales classiques pour Karel Gott, validé mercredi par le gouvernement, est finalement modifié. Celles-ci seront, comme le souhaite la famille du chanteur, moins protocolaires, même si accompagnées d’honneurs nationaux. Le projet initial a par ailleurs immédiatement semé la controverse. Le commentateur du site Forum 24 a indiqué à ce propos :

« En cas de funérailles nationales dans la cathédrale Saint-Guy à Prague, proposées par le Premier ministre Andrej Babiš et le ministre de la Culture Lubomír Zaorálek, Karel Gott aurait été la première personne non politique à jouir d’un tel privilège. Compte tenu de ce qu’il y a des fans acharnés de Karel Gott pour lesquels des obsèques nationales se présentent comme une évidence et, d’un autre côté, ceux qui sont à l’égard du chanteur plus critiques, la situation risquerait d’approfondir encore davantage le clivage existant au sein de la société ».

Le site Forum 24 a également publié une réaction de Tomáš Halík, prêtre catholique et professeur universitaire qui écrit :

« Rendre hommage au talent artistique du défunt est une chose, mais l’idée folle et dépourvue de bon goût d’organiser les obsèques nationales dans la cathédrale est une toute autres chose. Cette tentative de mythifier une star de l’industrie de divertissement de l’époque de la normalisation est non seulement faire preuve d’une dévaluation absolue des valeurs et d’un kitch moral, mais aussi d’une interprétation politique tendancieuse de notre histoire moderne. »

Le site echo 24.cz a pour sa part rappelé que les dernières funérailles nationales tenues dans le pays avaient été celles réservées en décembre 2011 à l’ex-président Václav Havel. Elles étaient aussi les premières à ce niveau, depuis celles du dernier roi de Bohême, Ferdinand le Bon, en 1875, à s’être tenues dans la cathédrale Saint-Guy à Prague.

Démythifier le regard sur les sciences humaines

Photo illustrative: StockSnap / Pixabay, CC0Photo illustrative: StockSnap / Pixabay, CC0 Une personne qui étudie à l’université les sciences humaines et sociales risque, dans certaines situations et dans certains milieux, d’être l’objet de moqueries prises plus ou moins au sérieux. En Tchéquie en effet, le regard porté sur l’efficacité et l’utilité de ces études est généralement mitigé. Pourtant, comme le signale l’auteur d’un texte publié dans le journal Deník N, une société qui veut savoir s’orienter dans un monde « fluide » doit vouer une grande attention à ces disciplines en apparence « inutiles ». Ou tout au moins les apprécier comme celles purement pratiques. Il explique pourquoi :

« L’idée répandue selon laquelle les diplômés d’études en sciences humaines et sociales peinent à trouver un emploi ne correspond plus, depuis quelques années déjà, à la vérité. Le nombre de ces étudiants augmente, il est vrai, mais le taux de chômage les concernant diminue et est comparable, par exemple, à celui des étudiants en Droit. Le préjugé qui veut que les sciences humaines soient inutiles est alors artificiellement alimenté ou tout à fait faux. Il demeure pour autant toujours vivant, également du fait qu’il est de temps à autre soutenu par l’approche ou une déclaration de tel ou tel représentant politique. »

D’habitude, toutes les « nouvelles » branches dont « on pouvait se passer », ainsi que celles qui ne reposent pas sur une méthode scientifique unique, se présentent comme suspectes. Chez les plus âgés, la méfiance semble ancrée depuis le régime communiste, l’époque où les sciences humaines subissaient une pression bien plus grande que celles techniques, remarque le commentateur.

Enseignement supérieur : les femmes et les TI

Photo illustrative: geralt / Pixabay, CC0Photo illustrative: geralt / Pixabay, CC0 Le journal Lidové noviny fait pour sa part état de l’intérêt croissant des femmes pour les écoles supérieures qui étaient auparavant très majoritairement masculines. Cela concerne notamment celles qui enseignent les disciplines liées aux technologies informatiques. A l’issue d’une mini-enquête qu’il a effectuée à cette fin, le quotidien a pu constater :

« Les chiffres confirment clairement que pour les femmes, les ordinateurs, les technologies et la programmation ne constituent plus ‘un monde d’horreur’. Dans beaucoup d’écoles spécialisées en la matière, leurs effectifs demeurent stables ou ont tendance à augmenter. Les femmes représentent, par exemple, près d’un cinquième de l’ensemble des étudiants à la Faculté de mathématiques et de physique de Prague. Plus motivées que les hommes, elles ont souvent de meilleurs résultats que les hommes aux examens ».

Dans une certaine mesure, l’intérêt croissant des femmes tchèques pour les technologies informatiques est dû à de nombreuses activités et événements promotionnels qui y sont consacrés. A noter, par exemple, celles organisées par le groupe Czechitas ou l’initiative wITches lancée par les étudiantes de l’Université technique de Prague en vue de proposer gratuitement aux enfants dans les écoles une formation en informatique.

Avec les arbres contre le changement climatique

Photo: Martina SchneibergováPhoto: Martina Schneibergová L’Etat tchèque va offrir de l’argent à tous ceux qui voudront planter un arbre dans un espace publique et en prendre soin ensuite. Cette initiative s’inscrit dans un nouveau projet national unique appelé On plante pour l’avenir. Initié par la Fondation Partenariat, il est depuis mercredi soutenu par le Ministère de l’Environnement qui a décidé de débloquer à cette fin 100 millions de couronnes (l’équivalent de près de 4 millions d’euros). Le site aktualne.cz a précisé à ce propos:

« Le but de ce projet, qui paraît très ambitieux, est de planter au cours des cinq prochaines années, en dehors des forêts, 10 millions d’arbres, de préférence feuillus, soit un arbre par habitant. Une façon de contribuer à l’adaptation au changement climatique, à un air plus propre, ainsi qu’à la retention de l’eau dans le sol. »

Le programme s’adresse à tous ceux qui ne sont pas indifférents face à la disparition des arbres dans leurs environs proches. L’éventail de ceux qui peuvent s’y inscrire est très large : organisations locales, institutions, entreprises, écoles, groupes, associations, particuliers. Le journal en ligne Deník Referendum rapporte pour sa part que la municipalité de Prague envisage de planter en l’espace des huit prochaines années un million d’arbres, une façon permettant de « rafraîchir la capitale ».

04-10-2019