George Ripka: la fuite de mon père a été organisée par les services secrets français

06-12-2007

Hubert Ripka était un journaliste et homme politique tchécoslovaque, mort en exil en 1958. Francophile et francophone, marié avec une Française, c’est avec l’aide de la France qu’il a pu fuir le régime communiste après le coup de Prague de février 1948. Nous avons rencontré son fils, George Ripka.

Monsieur George Ripka, vous êtes Français, mais vous êtes né à Prague, en 1936. Avez-vous encore des souvenirs de votre enfance pragoise, des souvenirs de vos parents ? Comment ils se sont rencontrés ?

 «Je ne peux raconter que ce qu’on m’en a raconté, car j’était trop petit. Mes parents se sont rencontrés dans la famille de l‘historien Borovicka. D’où ils le connaissaient, je ne sais pas. « 

Votre mère qui était Française, pourquoi était-elle venue à Prague ?

 « Je crois que ce qui l’avait intéressé, c’était le groupe de linguistes de Prague, dont Jacobsson qui est resté un ami de ma mère même beaucoup d’années après. »

Vos parents se sont donc rencontrés dans les années 30 et votre père a été très actif dans la presse et aussi politiquement. L’histoire des Sudètes, les accords de Munich. Est-ce que votre père vous a parlé de ces événements ?

 « Ils en ont beaucoup parlé à la maison, mais moi j’étais trop petit. En 1945, je n’avais que neuf ans et quand nous nous sommes enfuis je n’avais que douze ans. Tous les souvenirs des opinions de mes parents ne datent que d’après. On parlait de politique du matin au soir ».

Vous avez fui la Tchécoslovaquie pour la première fois après les accords de Munich, vous êtes allés en France. Pendant ce temps là, votre père s’est réfugié à Londres. Avez-vous un souvenir de cette époque-là ?

 « On est allé en Corrèze, parce que j’avais la tuberculose… Ma mère a appris par la radio que mon père était à Londres et alors pour aller là-bas, la meilleure manière c’était de demander le visa au consulat américain pour émigrer en Amérique. On obtenait ça très facilement et ma mère a traversé l’Espagne avec un visa pour les Etats-Unis et au Portugal, on a pris un avion et on est allé en Angleterre où l’on a passé la guerre, de 1940 à 1945 ».

Votre père a été très actif dans le gouvernement en exil de Edvard Benes…

 « Oui, il était un peu le bras droit de Jan Masaryk, parce que mon père a toujours été spécialiste de la politique étrangère. Il a été à côté de Jan Masaryk tout le temps. Il y avait deux gouvernements à l’époque en exil, le gouvernement tchèque à Londres et le gouvernement tchèque à Moscou. Le gouvernement qui s’est formé en 1945 après la libération de la Tchécoslovaquie, était un mélange de ces gouvernements ».

Votre père a donc été membre de ce gouvernement de front national et après la prise du pouvoir par les communistes, il a dû quitter ses fonctions. Comment avez-vous vécu cette période-là ?

 « Après le coup d’Etat communiste, notre maison a été entourée par des policiers qui demandaient à chacun qui voulait entrer son nom etc. Mon père a été suivi par un policier quand il se déplaçait, dans la rue et puis, aussi, en voiture… Puis, sa fuite a été organisée par les services secrets français et un avion devait le chercher à un aéroport désaffecté dans les environs de Prague. Avec M. Sramek et encore une autre personne, ils étaient dans une petite hutte et attendaient l’arrivée d’un avion. Mais au lieu d’un avion, ils ont vu arriver un ensemble de gens qui étaient mal déguisé en ouvriers de sorte qu’il était absolument évident que c’était de la police. Mon père a eu ce mouvement instinctif de sortir de la hutte et comme il était vêtu d’un imperméable il n’était pas très différent des policiers. Et ils ne pensaient pas que c’était la personne qui devait être trouvée. Il s’est déplacé lentement en allumant une cigarette. Il y avait une forêt sur le bord. Il est entré dans la forêt et dès qu’il sentait que personne ne l’a vu il a couru à toute vitesse jusqu’à ce qu’il soit arrivé à une ligne de chemins de fer. Il a pris un train dans la direction de Plzen où il a été reçu par des amis, se cachant pendant six semaines, je crois. Et ils ont recommencé l’opération avec un avion, cette fois-ci, il était seul et ça a réussi ».

Vous, votre mère et votre frère, vous étiez restés pendant ce temps à Prague.

 « Le jour où mon père est parti, ma mère avec ses deux enfants est également partie sous prétexte d’aller voir des gens pour y passer l’été. Heureusement, la police ne suivait pas ma mère et ses enfants… On est allé dans un couvent et ils nous ont cachés pendant trois mois… Mon frère est parti avec un faux passeport avec ma mère qui a prétendu être la femme d’un monsieur français. Et moi je suis parti comme un faux fils d’une dame française avec des gens extrêmement courageux, en train. On a eu beaucoup de chance. « 

C’est dans quinze jours, dans ce Miroir de la société que M. George Ripka vous racontera la suite du chemin extraordinaire de son père et de sa famille…

06-12-2007