Etre musulman en Tchéquie

24-05-2019

Le rapport des Tchèques vis-à-vis des musulmans vivant dans le pays sera le premier sujet abordé dans cette nouvelle revue de presse. La couverture des manifestations contre Andrej Babiš par les journaux tchèques et les attentes liées aux élections européennes sont deux autres sujets traités. Quelques mots, enfin, au sujet du Concours Eurovision de la chanson et de la présentation à Cannes d’un documentaire consacré au réalisateur Miloš Forman

Photo illustrative: Gabriela Hauptvogelová, ČRoPhoto illustrative: Gabriela Hauptvogelová, ČRo « Récemment encore, ils n’intéressaient pratiquement personne. Aujourd’hui, ils représentent "l’ennemi public numéro un". Les personnes qui les défendent ou même celles qui sont soupçonnées de le faire, tombent aussi en disgrâce. Les musulmans tchèques sont de plus en plus confrontés à une haine comparable à celle dont les Roms font l’objet depuis longtemps. »

Voilà ce que l’on peut lire en introduction d’un texte publié dans l’édition de samedi dernier du supplément Orientace du quotidien Lidové noviny et rédigé à partir d’une récente étude sociologique sur la vie de la communauté musulmane établie en Tchéquie. Il rapporte :

« Selon les statistiques du ministère de l’Intérieur qui recense les données relatives aux crimes contre les musulmans depuis 2014, ces attaques ne représentent que quelques cas isolés par an. Les études sociologiques effectuées parmi les musulmans tchèques eux-mêmes révèlent cependant une réalité différente, la majeure partie d’entre eux ayant déjà été confrontée à des actes haineux. Les agressions verbales prédominent, mais elles sont souvent suivies d’insultes voire de foulards arrachés aux femmes voilées, une pratique très ‘populaire’. Un musulman sur cinq aurait été la cible d’une agression physique grave en Tchéquie. »

Evidemment, la haine à l’égard des musulmans n’est pas une spécificité tchèque, car l’islamophobie est présente dans l’ensemble des pays européens. Tout porte cependant à croire, comme le prétendent les experts cités dans le supplément Orientace, que c’est en Tchéquie qu’elle semble être la plus forte et où les gens n’ont plus honte d’afficher leurs positions xénophobes en public. Le commentateur remarque en outre que les médias locaux n’accordent pas à ce phénomène l’attention qu’elle mérite et que l’image publique des musulmans tchèques est déformée, aussi, par les inégalités numériques :

« Le nombre de personnes de confession musulmane en Tchéquie est estimé à 10 000 à 20 000, tandis que celui des militants anti-islam est évalué à près de 160 000. Ces derniers sont organisés dans plusieurs groupes, une façon de s’imposer dans l’espace public. Les musulmans tchèques sont en revanche invisibles, car ils ne se réunissent pas et ne s’organisent pas. Mais, surtout, ils évitent les médias et cherchent à se retirer de la sphère publique. »

L’auteur de ces lignes met en relief un paradoxe : « Alors que les services de renseignement rapportent que la Russie, la Chine et les retombées climatiques représentent les plus grandes menaces pour les Tchèques, ceux-ci ont peur des musulmans. »

Les journaux tchèques face aux manifestations

Les quotidiens tchèques ont une nouvelle fois montré que le devoir d’informer le public sur les manifestations contre le Premier ministre Andrej Babiš ne fait pas partie de leur agenda. C’est du moins ce qu’a noté le commentateur du site Forum 24 au lendemain d’une nouvelle mobilisation, mardi dernier, quatrième manifestation des opposants au Premier ministre organisée à Prague :

« Seul le quotidien économique Hospodářské noviny a publié en Une une photographie montrant la place Venceslas noire de monde. Lidové noviny, Mladá fronta Dnes ou même le quotidien indépendant Deník N ne l’ont pas fait. S’agissait-il, pour eux, d’une information banale ? Une bonne nouvelle néanmoins : la chaîne privée de télévision Nova, la plus suivie en Tchéquie, n’a pas passé cet événement sous silence. »

Pour le commentateur du site Forum 24, « la situation des journaux tchèques est absolument incroyable ». Et de se demander s’il s’agit d’une incompétence de leurs rédactions ou bien si elle traduit des efforts pour dissimuler le véritable état de choses. « Le tout au moment où les manifestants invitent le Premier ministre à débattre et où ils convoquent une nouvelle manifestation afin de réclamer sa démission », conclut-il.

En attendant les résultats des élections européennes

Photo illustrative: ČTK/AP/Markus SchreiberPhoto illustrative: ČTK/AP/Markus Schreiber A quelques jours des élections européennes, les commentateurs tchèques ont été presque unanimes à constater qu’il s’agit du scrutin le plus important dans l’histoire de l’Union européenne. L’auteure d’un texte publié dans le journal en ligne Deník Referendum a noté que l’existence de cette institution, mais aussi l’avenir de la démocratie en Europe étaient désormais en jeu. Elle a rappelé à cette occasion :

« Les négociations menées par Theresa May sur la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne ont, paradoxalement, eu deux effets positifs. Elles ont permis de tourner plus que jamais l’attention du public vers l’agenda européen. Et, deuxièmement, les citoyens de l’Union européenne ont pu voir les difficultés liées au processus de sortie et les retombées négatives du Brexit sur eux-mêmes ainsi que sur la situation politique, l’économie, la culture et l’enseignement de leurs pays. »

Cette expérience arrivera-t-elle à décourager ne serait-ce qu’une partie des électeurs des partis populistes et nationalistes ? Pour la journaliste, c’est l’une des questions majeures de ces élections au Parlement européen... Le commentateur de Hospodářské noviny se penche pour sa part, sur un ton ironique, sur l’euroscepticisme des Tchèques. Se référant à un récent sondage Eurobaromètre sur les sentiments des gens à l’égard de l’Union européenne, il a écrit :

« En ce qui concerne la Tchéquie, ce sont les ‘doutes’ qui sont exprimés par plus de la moitié des personnes interrogées. Et comme chez nous, d’habitude, on préfère éviter ce qui fait l’objet de doutes au lieu de l’examiner en détail, la réticence à l’égard de l’Union européenne prédomine. Ce désintérêt accompagne, aussi, tout ce qui a trait aux élections au Parlement européen. En Tchéquie, douter signifie qu’on s’en moque. »

Le Concours Eurovision de la chanson sous le feu des critiques

Eurovision, photo: ČTK/AP/Sebastian ScheinerEurovision, photo: ČTK/AP/Sebastian Scheiner L’édition 2019 du Concours Eurovision de la chanson, dont la Grande finale s’est déroulée samedi dernier à Tel Aviv, a été largement suivie également par les téléspectateurs tchèques. Toutefois, son retentissement dans les médias locaux n’a pas été particulièrement favorable. Pour l’auteur d’une note publiée dans l’hebdomadaire Reflex, ce show international a offert un exemple de ce qui ne devrait pas avoir sa place sur les écrans des télévisions publiques. Il a précisé à ce propos :

« On peut comprendre que la concurrence bizarre réunie pour l’occasion proposait une qualité mitigée. Cela dit, le niveau artistique de certaines productions était tout à fait déplorable. On peut donc légitimement se demander pour quelle raison ce concours se voit régulièrement retransmis par la Télévision tchèque. Celle-ci l’explique par son appartenance à l’Union européenne de radio-télévision qui l’organise et par sa participation financière à cet événement. Il va de soi qu’un média public est censé proposer également des programmes pour les minorités, mais je trouve absurde qu’elle le fasse au mépris du bon goût. »

De l’avis de l’auteur de cette note, l’argent des particuliers payant la redevance devrait être destiné à autre chose qu’aux fins d’une telle « mascarade ».

Le grand retour de Miloš Forman à Cannes

Forman vs Forman, photo: ČTForman vs Forman, photo: ČT « C’est un documentaire comme s’il avait été fait spécialement pour Cannes ». C’est ce qu’observe l’hebdomadaire Respekt à propos de la projection au festival de Cannes, dans la section Cannes Classics, d’un nouvau film documentaire consacré à Miloš Forman. Le réalisateur américain d’origine tchèque est en effet intimement lié à l’histoire mythologique de la compétition 1968 qui a présenté son film Au feu les pompiers. Une année où le festival n’a pas distribué de prix, car il a fini par être annulé pris dans la tourmente des événements de Mai 1968. L’auteur de la note publiée sur le site du magazine à propos de ce nouveau film documentaire note également :

« La réalisation du documentaire qui est une coproduction de la télévision tchèque, de la société de production Negativ et de la chaîne franco-tchèque ARTE a démarré six mois avant le décès du réalisateur, en avril 2018. Un départ qui a donné au film un cadre émotionnel fort. Monté à partir de toute une série de films, de sketchs télévisés, de vidéos et photographies, il doit son attrait particulier au fait que c’est Forman lui-même, tel un narrateur brillant et naturel, qui raconte sa vie et qui sert de guide tout au long du film. Ainsi, le documentaire présente un homme sûr de lui, doté d’un charisme ravageur et d’une immense empathie à l’égard de son environnement, ainsi qu’à l’égard des protagonistes de ses films. »

Le documentaire ne dévoile pas d’éléments inconnus de la vie de Forman. « Impossible cependant de se lasser d’un si beau parcours, si merveilleusement interprété », conclut le magazine.

24-05-2019