Ceux que l’élection présidentielle n’intéresse pas

26-01-2018

L’élection présidentielle, les spécificités de l’enseignement des langues en Tchéquie, la controverse liée aux activités de certains anciens réfugiés tchèques en Suède, la fin du secret public, un tabou qui est tombé avec l’affaire Lewinsky. Tels sont les sujets sur lesquels cette nouvelle revue de presse se penche, avant de proposer quelques informations sur les succès internationaux de jeunes experts tchèques.

Photo: ČTKPhoto: ČTK L’élection présidentielle, dont le deuxième tour se tient ces vendredi et samedi, ne semble pas intéresser un tiers des Tchèques. C’est du moins ce que les résultats du premier tour, avec un taux de participation de près de 62%, ont montré. Ce constat mène l’auteur d’un texte mis en ligne sur le site de l'hebdomadaire Reflex à observer :

« En dépit du fait qu’il s’agit d’une participation plus élevée que lors des élections législatives, le nombre important de personnes à avoir renoncé de leur propre gré à leur droit de vote – elles ont été plus de 3 millions au premier tour - est déplorable et triste. En Tchéquie, le vote n’est pas obligatoire, voilà pourquoi celui qui ne veut pas aller aux urnes en a le droit. On ne peut cependant pas s’empêcher de s’interroger sur leurs motivations. Certes, les gens peuvent être lassés par les nombreux scrutins. Néanmoins, l’élection d’un président de la République qui, institutionnellement parlant, est le premier citoyen de l’Etat, est une occasion spécifique de s’exprimer, et ce d’autant plus que le mandat présidentiel s’étend sur cinq ans. »

L’auteur conclut que tout citoyen devrait avoir un avis sur son futur président et être prêt à manifester cet avis en plaçant son bulletin dans l’urne. Dès la fermeture des bureaux de vote, ce samedi après-midi, une réponse à la question de l’intérêt ou du désintérêt des Tchèques pour cette élection présidentielle sera une nouvelle fois et définitivement donnée.

Apprendre des langues avec des enseignants natifs ou non natifs ?

Photo illustrative: Archives de Radio PraguePhoto illustrative: Archives de Radio Prague Les Tchèques ne veulent pas apprendre des langues étrangères avec des non natifs. Le tout dans une situation où les écoles spécialisées de langues souffrent d’un manque d’enseignants natifs. Un sujet qui est traité dans un récent numéro du quotidien Mladá fronta Dnes:

« Dans la majorité des cas, les Tchèques privilégient les enseignants natifs considérant que ceux-ci maîtrisent mieux la grammaire, qu’ils n’ont pas d’accent et qu’ils disposent d’un vocabulaire plus riche que ceux du pays qui ont appris la langue en l’étudiant. Pourtant, selon les responsables des écoles de langues, c’est souvent le contraire qui est vrai, car les enseignants tchèques ont derrière eux de riches expériences, ainsi qu’une formation pédagogique. Or, enseigner une langue sans ce bagage s’avère dans la plupart des cas insuffisant, car parler et maîtriser sa langue maternelle n’est pas forcément une qualification suffisante. »

La baisse du nombre d’enseignants natifs de langues qui se manifeste ces derniers temps touche non seulement Prague mais aussi et surtout les régions. Parmi les plus sollicités on retrouve, comme souvent, les enseignants de l’allemand, une langue dont l’intérêt pour les Tchèques est aujourd’hui plus important que jamais. L’anglais continue de garder les faveurs de la plupart des Tchèques. Les langues romanes semblent en revanche attirer de moins en moins les Tchèques.

Un regard des réfugiés d’hier sur les migrants d’aujourd’hui

Kateřina Janouchová, photo: Jan Ainali, CC BY 3.0 UnportedKateřina Janouchová, photo: Jan Ainali, CC BY 3.0 Unported Comment les enfants des réfugiés tchèques, qui ont pris sous le communisme le chemin de l’émigration, aident la Suède à « dire la vérité sur les réfugiés d’aujourd’hui ». C’est par ces mots que la dernière édition de l’hebdomadaire Respekt introduit l’un de ses articles qui décrit les activités controversées de certains d’entre eux. Il l’illustre avec deux cas de figure :

« Enfant, Vavřinec Suk est parti pour la Suède avec ses parents, signataires de la Charte 77, une initiative civique dénonçant les pratiques du régime communiste et le non-respect des droits de l’homme. Aujourd’hui, il dirige l’hebdomadaire Nya Tider qui, d’après les experts suédois, est un périodique d’extrême-droite. Une étiquette que le rédacteur en chef refuse prétendant qu’il n’apporte que ‘la vérité que le mainstream refuse’. Les sujets du périodique s’étendent depuis la critique de la mondialisation et de la société multiéthnique, jusqu’aux évocations nostalgiques d’un monde centré sur la minorité blanche ».

Kateřina Janouchová, fille du physicien František Janouch, signataire lui aussi de la Charte 77, est une écrivaine reconnue dans son pays d’origine et en Suède. Elle a défrayé la chronique au début de l’année dernière en accordant une interview à la chaîne internet tchèque DVTV dans laquelle elle a parlé de la prétendue transformation de la Suède provoquée par la dernière crise migratoire. Elle la décrit comme un pays décimé par les immigrés, un pays où les coups de feu seraiennt quotidiens et où les femmes se feraient violer. En réaction à ses propos, plusieurs libraires suédois l’ont qualifiée de fasciste et retiré ses livres de la vente. L’hebdomadaire Respekt indique que, d’un autre côté, Kateřina Janouchová se voit largement soutenue sur les réseaux sociaux. Et de citer son explication : « Un débat critique permet de trouver des solutions. Moi, en fait, j’aide la société suédoise ».

Le secret public : un tabou qui est tombé avec l’affaire Lewinsky

Monica Lewinsky, photo: public domainMonica Lewinsky, photo: public domain Il y a vingt ans, le scandale Lewinsky faisait tomber le tabou selon lequel la vie privée ne devrait pas faire partie du débat politique, un tabou qui était jusque-là respecté. C’est ce que l’on peut lire dans un article publié dans l’édition de ce mercredi du quotidien Lidové noviny et dans lequel son auteur porte un regard sur les principales retombées de cette affaire. Il rappelle que c’est grâce au journaliste Matt Drudge qui a publié sur son site l’information sur la liaison sexuelle entre le président américain de l’époque Bill Clinton et sa stagiaire Monica Lewinsky que la barrière entre la vie privée et la vie publique des représentants politiques a été pour la première fois et pour de bon brisée. Une information qui signé l’arrêt de mort du secret public. Et de résumer :

« Si l’on revient à janvier 1998, date à laquelle le secret public est devenu une simple formule, on peut constater que le journaliste américain y a contribué sans vraiment l’avoir voulu. Il était, ni plus ni moins, au bon moment au bon endroit. C’est l’évolution des technologies informatiques et surtout l’internet qui ont joué à ce moment précis un rôle clé. Et ils le jouent d’ailleurs toujours. Dans ce contexte, il y a lieu de se demander si le rejet de règles, aussi tacites soient-elles, est une chose positive. Or, tout en apportant une plus grande transparence, cet état de choses permet aussi, par exemple, la diffusion de fausses informations sur internet. »

De jeunes experts tchèques s’imposent sur la scène internationale

PARC à la Silicon Valley, photo: Coolcaesar, CC BY-SA 3.0PARC à la Silicon Valley, photo: Coolcaesar, CC BY-SA 3.0 Cette semaine, les médias ont retenu plusieurs succès internationaux remportés par de jeunes experts tchèques. Le quotidien économique Hospodářské noviny a évoqué le cas de deux scientifiques en technologies informatiques qui ont réussi à s’imposer au centre de recherche PARC à la Silicon Valley en précisant :

« Réussir à la Silicon Valley qui représente le centre global des innovations en technologies informatiques est un rêve que nombre d’experts chérissent. Il y a beaucoup de gens qui veulent y établir leur start-up, ainsi que beaucoup de programmateurs dont des Tchèques qui sollicitent un emploi dans les grands groupes informatiques comme Google, Apple ou Facebook. L’histoire des experts en informatique Filip Dvořák et Filip Masri est différente. Ces jeunes scientifiques tchèques ont misé sur le centre de recherche PARC qui, par exemple, a donné naissance dans le passé à la première imprimerie laser et à toute une série de brevets. Les deux jeunes scientifiques tchèques quant à eux y ont réussi en mettant sur pied une application destinée à l’amélioration de la circulation urbaine ou encore celle permettant de faciliter certains aspects du travail des médecins. »

L’hebdomadaire Respekt a, de son côté, informé du succès d’un groupe d’étudiants de la Faculté de droit de l’Université Charles. Il est lié à la compétition universitaire internationale FDI Moot qui s’est tenue à Boston et à laquelle près d’une centaine d’écoles du monde entier ont participé. L’équipe tchèque s’est classée deuxième, devançant par exemple la prestigieuse université d’Harvard. La capacité d’improvisation et la cohérence : tels seraient, selon les membres de l’équipe, les raisons de ce succès que l’hebdomadaire Respekt qualifie d’historique.

26-01-2018