Bientôt un centre de coordination des médias libres en langue russe à Prague

11-03-2016

Coordonner les médias libres en langue russe : tel est l’objectif d’un centre qui sera établi à Prague et auquel la diplomatie tchèque accorde désormais son soutien politique. Plus de détails dans cette nouvelle revue de presse qui se penchera, aussi, sur certaines des promesses électorales du président Miloš Zeman, il y a trois ans de cela. Deux autres sujets ensuite : le manque d’intérêt des Tchèques pour la transparence salariale et la situation des quartiers de préfabriqués en Tchéquie. Quelques mots enfin sur l’histoire des punitions corporelles à l’école.

Prague va accueillir un centre de coordination pour les médias libres en langue russe. Cette information qui veut que, face à l’avalanche des sites pro-Kremlin, la Tchéquie se soit inopinément engagée dans une direction opposée, a été diffusée dans la dernière édition de l’hebdomadaire Respekt. Le projet vise à interconnecter le contenu des radios, des télévisions et des sites d’informations des républiques post-soviétiques et de la Russie qui maintiennent leur indépendance vis-à-vis des autorités et qui, de ce fait, sont souvent la cible de persécutions. Le projet intitulé Echange a été initié par la société hollandaise à but non lucratif Free Press Unlimited. Kateřina Šafaříková note à son sujet :

« Ce sont des médias établis, dignes de confiance qui possèdent des sites accessibles en russe qui vont participer au projet. Chaque jour, jusqu’à vingt titres devraient être édités et offerts par une équipe commune qui siègera à Prague. Aux dires de l’une des coordinatrices du projet, il ne s’agira pas pour autant d’anti-propagande. Le but principal consistera à soutenir et à proposer au public de langue russe un journalisme objectif, étayé par des faits, comme une contrepartie des sources d’informations pro-Kremlin et unilatérales. »

Outre les Pays-Bas, ce sont également les Polonais et la Commission européenne qui ont promis de soutenir, sur les plans politique et financier, le projet Echange. Les Tchèques quant à eux ne prévoient pas de contribution financière, se satisfaisant de cette consécration politique obtenue par Lubomír Zaorálek. Ainsi, une première réunion consultative s’est déroulée en février au palais Černín de Prague. Si la capitale tchèque a été choisie pour abriter la centrale du futur réseau de médias en langue russe, c’est en premier lieu à cause de sa position géographique avantageuse, puisque la capitale lettonne Riga était aussi envisagée. Le fait que Prague abrite déjà des initiatives qui soutiennent l’indépendance des médias dans des régimes autoritaires, comme Radio Free Europe ou Transitions Online, a également joué un rôle.

Les promesses électorales du président de la République trois ans après

Miloš Zeman, photo: ČTKMiloš Zeman, photo: ČTK Ces jours-ci, trois ans se sont écoulés depuis l’investiture du président de la République, Miloš Zeman, dont le mandat doit au total durer cinq ans. Un texte mis en ligne sur le site echo24.cz récapitule à cette occasion certaines de ses promesses électorales pour constater si elles ont été suivies d’effet ou non. A cette fin, il s’est référé aux données recueillies par le site Demagog.cz qui analyse régulièrement les déclarations des hauts représentants politiques tchèques. Son auteur note tout d’abord :

« La position présidentielle de Miloš Zeman qui n’a aucun engagement ni à l’égard du gouvernement ni à l’égard de l’opposition lui permet de décider de la réalisation de ses promesses uniquement de son propre gré. Il s’avère, toujours selon le site cité, que le président n’a pas fait le suivi d’une douzaine de ses 42 promesses faites lors de la campagne électorale. Quatorze autres ont déjà été accomplies, pendant que huit autres sont en train de l’être, le reste n’ayant encore pu être effectué. »

« Je ne m’opposerais jamais publiquement au gouvernement ». Cette déclaration que Miloš Zeman a faite dans un entretien pour la presse en 2012 est l’une des promesses non respectées, car c’est à plusieurs reprises déjà que le cabinet de Bohuslav Sobotka a fait l’objet de critiques du président. La décision de hisser au Château de Prague le drapeau de l’Union européenne ou des consultations menées au sujet des nominations des juges constitutionnels figurent en revanche parmi les promesses qui ont été tenues par le chef d’Etat. En outre, comme promis, ce dernier n’a déclaré aucune amnistie, n’a pas visité Cuba ou la Corée du Nord. De même, il se rend régulièrement dans les régions et utilise des voitures de marque tchèque.

Les Tchèques ne seraient pas favorables à la transparence salariale

Photo: Commission européennePhoto: Commission européenne Les Tchèques ne veulent pas savoir ce que gagnent leurs collègues de travail. C’est ce que signale un texte publié dans le quotidien Hospodářské noviny et dans lequel son auteur, Jana Niedermeierová, précise :

« Augmenter la transparence, communiquer des injustices en matière de rémunérations, initier l’engagement des employés. Tel serait l’objectif d’une politique salariale ouverte. Pourtant, il n’y a en Tchéquie que très peu de sociétés et d’entreprises dans lesquelles le montant des salaires est rendu public ou bien dans lesquelles les employés prennent part aux décisions les concernant. Plus encore : beaucoup d’entre elles ont renoncé à l’idée d’ouverture de l’appréciation financière, car celle-ci s’est heurtée à un refus catégorique des employés. »

Selon certains chefs d’entreprises cités dans cet article, les Tchèques ne sont pas encore préparés à une telle pratique, considérant que le niveau de salaire est une affaire intime. Les firmes dans lesquelles elle a pourtant été d’ores et déjà mise en valeur sont prioritairement celles qui veulent donner à leurs employés plus de liberté et déléguer sur eux une plus grande responsabilité.

Les quartiers préfabriqués – une relique du passé

Photo: Barbora KmentováPhoto: Barbora Kmentová A l’heure actuelle, près de 2,7 millions de Tchèques, soit environ un quart de la population du pays, vivent dans des quartiers préfabriqués. Pour cette raison, ces quartiers méritent de figurer au cœur de l’intérêt général. C’est ce que souligne l’auteur de la nouvelle Encyclopédie des quartiers préfabriqués qui, tout en voulant garder l’anonymat, a accordé un entretien pour le site aktuálně.cz dans lequel il dit entre autres:

« A l’origine, ces quartiers étaient appelés à offrir aux gens une meilleure qualité de vie, car entre les deux guerres, ainsi qu’après la Deuxième Guerre mondiale, la demande pour des logements en dehors du centre de la ville et au milieu de la verdure allait augmentant. A l’époque, les quartiers préfabriqués ont accompli ce but, mais ils ne conviennent plus à la société d’aujourd’hui. En rédigeant mon Encyclopédie, j’ai voulu relayer des opinions qui sont à l’égard de ces quartiers tant favorables que défavorables, car un regard unique dans ce domaine n’existe pas. »

De l’avis général, les quartiers préfabriqués constituent un reliquat négatif du socialisme. Cet avis est partagé également par l’expert en architecture cité sur le site aktuálně.cz et selon lequel ce sont en premier lieu les impératifs de l’urbanisme, et non pas le niveau de l’habitation, qui sont à dénoncer. Or, les quartiers périphériques seraient dépourvus des qualités qui doivent caractériser un urbanisme moderne. Tout en représentant en quelque sorte une relique du passé, ces quartiers semblent pourtant avoir des héritiers. L’auteur de l’Encyclopédie des quartiers préfabriqués explique pourquoi :

« Une grande partie des nouveaux quartiers qui sont en train de naître, ne diffèrent guère des quartiers socialistes. On critique les maisons en panels préfabriqués en prétendant que leur construction, avec un accent mis sur la capacité d’accueil, a été ordonnée par les autorités. Mais des critères analogues sont mis en valeur encore aujourd’hui, car les développeurs ne tiennent compte que de la capacité. Le milieu juridique en République tchèque soutient les grandes sociétés de construction au détriment des particuliers ce qui donne naissance à de grands ensembles d’édifices. A ce jour, on n’a pas tiré une leçon des erreurs du passé ce qui mène à l’édification de nouveaux quartiers périphériques dépourvus de tout concept unifié. »

La longue histoire de la psycho-terreur à l’école

Le psycho-terreur dans les écoles existait déjà sous l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche (1717-1780). C’est ce que titre un article publié dans une des éditions de cette semaine du quotidien Lidové noviny, le « mobbing » étant actuellement un sujet très fréquemment traités et sous différents angles dans les médias nationaux. Donnant plusieurs exemples retenus dans les archives de l’époque, son auteur se penche en même temps sur l’existence des punitions corporelles à l’école :

« Ces punitions ont été autorisées par le Code scolaire édité par Marie-Thérèse. Les enfants étaient le plus souvent punis par des coups de jonc. Tout en étant autorisées, elles déplaisaient à une grande partie des parents qui auraient préféré pouvoir punir leur progéniture eux-mêmes. Des châtiments corporels de ce type étaient pourtant généralement acceptés. »

C’est en vertu d’un édit ministériel de l’année 1870 que les punitions corporelles à l’école ont été officiellement interdites. Entre les deux guerres, les instituteurs risquaient, suite à un mauvais traitement des enfants, de se voir infliger une peine allant de trois jours jusqu’à un mois de prison.

11-03-2016