« Nous sommes tous Notre-Dame » ou le temps de l’émotion et de la solidarité

19-04-2019

Cette nouvelle revue de presse de la semaine écoulée se penche sur le retentissement de l’incendie de Notre-Dame de Paris dans les médias tchèques. Elle rappelle ensuite le début de l’époque dite de « normalisation », il y cinquante ans de cela et évoque également aux nominations pour le Prix Nobel de la paix. Quelques mots, enfin, sur les fêtes de Pâques.

Notre-Dame à Paris, photo: ČTK/AP/Thibault CamusNotre-Dame à Paris, photo: ČTK/AP/Thibault Camus Consternation, désolation, douleur. Autant d’émotions que l’incendie de la cathédrale Notre-Dame à Paris a suscitées en République tchèque. De même, plusieurs témoins tchèques qui se trouvaient sur place au moment du drame ont voulu partager leur émotion sur les réseaux sociaux ou sur leurs blogs. L’auteur d’un de ces commentaires rédigé pour l’hebdomadaire Respekt a, par exemple, écrit :

« Les rues étaient bondées de gens qui demeuraient presque tous silencieux. Le silence était tellement intense que l’on pouvait entendre le son lointain de cloches. Sur le pont, un groupe chantait une litanie en latin. D’abord, je suis venu juste pour regarder, mais j’ai dû m’arrêter. J’ai ressenti la gravité de ce que je voyais. Il a fallu près de 200 ans pour bâtir la majestueuse cathédrale et on peine à accepter son impuissance face à un tel désastre... Les gens étaient envahis par la tristesse. C’est la première fois que j’ai ressenti une tristesse partagée en masse et je dois admettre que c’était la plus forte émotion que j’ai jamais ressentie au milieu d’une foule. »

L’auteur d’un texte publié sur le site aktualne.cz rapporte qu’en Tchéquie aussi on considère cet incendie qui a ravagé une partie de la cathédrale Notre-Dame comme une immense perte :

« Il est étrange de voir que nous sommes capables de nous identifier avec un bâtiment, avec un temple. Il y a près de 150 ans, les Tchèques ont vécu une expérience similaire lors de l’incendie du Théâtre national à Prague qui fut considéré comme une ‘catastrophe nationale’. Et on peut imaginer ce que signifierait pour les Tchèques un incendie à la cathédrale Saint-Guy au Château de Prague, un bijou comparable avec la cathédrale parisienne. Notre-Dame est ‘le cœur de la France’, un symbole national. Plus encore : elle est à la fois un symbole de ce qui est fondamentalement humain et monumental. On est appelé à prendre cet incendie non pas pour un acte d’anéantissement, mais pour un symbole de l’union et d’une appartenance commune. Il faut tout faire pour que cette précieuse valeur européenne ne soit pas réduite en cendres. ‘Nous sommes tous Notre-Dame de Paris’. »

A propos de la comparaison de Notre-Dame avec la cathédrale Saint-Guy à Prague, le prêtre jésuite Petr Kolář, en bon connaisseur de Paris où il a passé plusieurs années, est plus prudent. S’exprimant pour le site info.cz, il rappelle que la cathédrale pragoise constitue un monument de première importance pour l’ensemble de la population, car elle n’a pas d’équivalent dans le pays. Et tout en tenant compte du lien étroit que les Français entretiennent avec Notre-Dame, lien qu’il n’entend nullement amoindrir, il constate qu’à la différence de la Tchéquie, la France, dotée d’une riche tradition culturelle, possède plusieurs autres cathédrales gothiques remarquables, dont celle de Reims... Un commentateur du quotidien Lidové noviny de ce mercredi a observé à ce propos :

« Il s’est avéré qu’une cathédrale nationale est plus qu’un chef d’œuvre architectural ou un monument historique et artistique unique. C’est une chose qui arrive à faire sortir de leur léthargie même les gens qui n’éprouvent à l’égard de l’Etat et de la politique que du dédain et à susciter la solidarité auprès des hommes d’affaires. Cet événement tragique a également montré qu’outre un conflit militaire ou une attaque terroriste, ce sont aussi l’imprudence ou une surveillance sous-estimée qui peuvent anéantir un bâtiment qui incarne toute une culture ou toute une civilisation. »

Cet aspect a été retenu également par une historienne de l’art tchèque qui s’est confiée au journal Deník N et pour laquelle Notre-Dame peut devenir désormais un avertissement pour l’avenir :

« C’est une tragédie qui semble être le résultat d’une erreur humaine. Je n’arrive pas à comprendre qu’au XXIe siècle, les mesures de sécurité puissent encore être faillibles. »

La « normalisation » vue cinquante ans après

Gustáv Husák, photo: Archives de ČRoGustáv Husák, photo: Archives de ČRo Il y a cinquante ans de cela, le 17 avril 1969, Alexander Dubček, figure-phare du Printemps de Prague, était remplacé à la tête de la nomenclature communiste tchécoslovaque par Gustáv Husák. Cet acte a officiellement signé l’ouverture d’une nouvelle ère, celle dite de la normalisation qui s’est poursuivie jusqu’en 1989, date de la chute du régime communiste. Une occasion pour l’historien Jaroslav Šebek de constater que même un demi-siècle plus tard, la mentalité de l’époque est en quelque sorte toujours présente dans les esprits. Dans les pages du quotidien économique Hospodářské noviny, il a rappelé à ce sujet :

« Suite à l’invasion des armées ‘alliées’ en août 1968, on a craint un retour du climat des années 1950, avec les procès politiques montés de toutes pièces. De ce fait, Gustav Husák présentait pour beaucoup un compromis acceptable ce qui s’est finalement avéré être une erreur. L’ensemble des ‘normalisateurs’ a d’abord cherché à s’emparer des médias et, ensuite, d’autres sources d’opposition au sein de la société, culturelles et intellectuelles. La liquidation de la résistance civique en août 1969 a mené, au fur et à mesure, à la résignation de la population tchécoslovaque dont la majeure partie s’est soumise aux nouvelles conditions. »

Cette soumission à la nouvelle situation soulève, d’après l’auteur de ces lignes, de nombreuses questions. D’abord, il faut s’interroger sur la raison pour laquelle la société majoritaire a accepté la suppression de règles éthiques imposée par les élites politiques de l’époque. Et pour quelle raison elle est demeurée indifférente face aux restrictions dans le domaine de la culture et des arts, prenant le régime de Husák comme un mal acceptable. Pour lui, le succès de la « normalisation » ne peut s’expliquer, par exemple, par l’argument selon lequel la nation, qui s’était inclinée déjà en 1938, portait en elle depuis lors un traumatisme historique profond.

Le Prix Nobel de la paix : ces nominations qui dérangent

Julian Assange, photo: MFDF JihlavaJulian Assange, photo: MFDF Jihlava « La fin du Prix Nobel de la paix, suite à la nomination de Julian Assange ? » C’est ce que titre un article publié par le journal en ligne Deník Referendum et qui se penche sur les controverses habituellement liées aux nominations des candidats :

« Les émotions qui accompagnent la nomination du co-fondateur de WikiLeaks à la plus haute distinction de la paix sont compréhensibles. Mais le fait-même de cette nomination ne dit pas grand-chose sur le sens du Prix Nobel, d’autant que nous sommes chaque année les témoins de débats houleux à son sujet. Evidemment, la question de savoir quel est le comportement qui profite à la paix, qui contribue à la maintenir ou à la réinstaurer après un conflit ou qui, en revanche, lui porte préjudice, a beaucoup d’intérêt. Un aspect de ce débat est pourtant tout à fait déplacé. C’est l’agacement que certaines nominations provoquent, comme cela est arrivé cette année avec Julian Assange, récemment arrêté à Londres. »

L’auteur du texte rédigé pour Deník Referendum explique que le groupe de personnes qui peut présenter une nomination au Prix Nobel est aujourd’hui large et on ne peut plus varié. Or, une nomination en elle-même ne vaut pas grand-chose, la décision finale incombant au Comité Nobel norvégien. Il rappelle ainsi que Miloš Zeman aussi a reçu, en 2014, une nomination. Soumise par l’académicien russe Sergueï Komkov, elle était censée mettre en valeur la « politique raisonnable et équilibrée » du président tchèque, au début du conflit dans le Donbass.

Pâques comme message de liberté

Photo illustrative: stux / Pixabay, CC0Photo illustrative: stux / Pixabay, CC0 Dans une grande partie du monde, le printemps est lié aux fêtes de Pâques et de Pesah, les deux ayant pour message principal l’idée de liberté. C’est ce que signale une note publiée sur le site aktualne.cz et dans laquelle on peut lire :

« L’idée impliquée par la fête originelle de Pesah est profonde et inspirante même pour notre époque. Depuis près de trente ans, la société tchèque cherche à se débarrasser de son récent passé totalitaire. Il est vrai que durant les trois décennies écoulées, notre pays s’est merveilleusement embelli. On peut voyager en Europe sans passeport, on peut rencontrer qui l’on veut et lire aussi ce que l’on veut. Les magasins offrent des marchandises dont on ne pouvait que rêver à l’époque. Toutefois, il semble que persiste une certaine nostalgie pour l’ancien régime qui nous isolait du monde libre. Effectivement, se débarrasser de la mentalité marquée par l’absence de liberté est un processus difficile et de longue haleine. Et qui invite tant bien que mal à des parallèles avec l’errance et le voyage du peuple juif vers la Terre promise qui a duré quarante ans. »

La façon de considérer les fêtes pascales peut varier. Voilà pourquoi il est intéressant d’observer comment cette fête s’est inscrite dans le paysage spirituel et culturel de tel ou tel pays, estime l’auteur de la note. Et de remarquer en conclusion qu’en Tchéquie, les fêtes de Pâques sont en général « moins populaires » que celles de Noël.

19-04-2019