Trois voix de l’année 2018 qui méritent d’être entendues

29-12-2018

Une fois de plus, l’année touche à sa fin et c’est le moment de nous retourner, de nous demander ce que l’année écoulée nous a apporté. C’est aussi l’occasion de faire un petit bilan du travail qui a été accompli. Pour vous rappeler les rencontres littéraires de cette année, j’ai choisi quelques réflexions tirées des entretiens réalisés avec l’éditrice Marie Moinard et les écrivains Denis Thériault et Benoît Duteurtre, réflexions qui ne concernent pas que les livres, mais qui ont une portée plus générale et méritent d’être réentendues :

Zátopek – la locomotive tchèque en bande dessinée

'Zátopek', photo: Des ronds dans l'O'Zátopek', photo: Des ronds dans l'O La Locomotive tchèque - c’est ainsi qu’était surnommé Emil Zátopek (1922-2000), un des plus grands coureurs de fond de tous les temps. Sportif phénoménal intronisé au Panthéon de l’athlétisme, Zátopek a cependant aussi été un homme qui a vécu à une époque difficile ; un homme qui savait vaincre et perdre, qui savait rire et aimer. Toutes ces facettes du personnage sont mises en relief dans une bande dessinée réalisée par le scénariste Jan Novák et le dessinateur Jaromír 99. L’album Zátopek est sorti en France aux éditions Des ronds dans l’O. En février dernier, j’ai demandé à Marie Moinard, éditrice du livre, si Zátopek était encore populaire en France :

 « Il était évidemment populaire en France parce que nous avons eu un champion que vous connaissez sans doute, qui s’appelle Mimoun et qui était son plus grand rival, mais aussi un grand ami. On sait que Mimoun a eu un énorme chagrin quand Zátopek est décédé. Donc, oui, on connaît Zátopek en France et je pense d’ailleurs que c’est une bonne chose pour toute la jeune génération de pouvoir publier un album de BD de cette qualité qui retrace son histoire tout en étant extrêmement plaisant à lire. »

Qu’est-ce que le récit de la vie d’Emil Zátopek peut apporter en général au lecteur contemporain ?

 « Je dirais un élan, quelque chose d’extrêmement positif, une joie de vivre, de l’enthousiasme. Et puis en France nous avons énormément de sportifs, il y a beaucoup de clubs de course à pied. Et c’est vrai qu’avec la presse spécialisée comme le magazine Zátopek et d’autres, on va essayer de parler à ces publics qui sont friands de lecture sur ces questions-là et désirent continuer le sport qu’ils aiment. Il y a énormément de coureurs en France, de gens qui courent en plus de leur travail et pour lesquels ce n’est pas leur métier. »

https://www.radio.cz/fr/rubrique/literature/zatopek-la-locomotive-tcheque-en-bande-dessinee

Quand un facteur indiscret s’éprend d’une femme lointaine

Photo: XYZ éditeurPhoto: XYZ éditeur Un jeune facteur qui ne respecte pas le secret de la correspondance est puni d’une curieuse façon – il tombe amoureux d’une femme qu’il n’a jamais rencontrée. C’est le point de départ du roman que son auteur Denis Thériault a intitulé Le Facteur émotif. Traduit en plusieurs langues, le livre a été publié en République tchèque par la maison d’édition Plus. Invité du salon pragois Le Monde du Livre, l’écrivain québécois Denis Thériault a bien voulu présenter son roman au micro de Radio Prague. Il a parlé entre autres de ce qu’il ressent lorsqu’il voit ses livres traduits en langues étrangères :

 « C’est vraiment une grande satisfaction. C’est très important pour un auteur comme moi, parce que je viens d’un petit marché. Je suis québécois, canadien mais québécois, donc de langue française. Et nous sommes huit millions d’habitants seulement, huit millions d’habitants francophones dans toute l’Amérique du nord. Nous avons beaucoup d’auteurs, beaucoup d’éditeurs mais un petit marché. Un peu comme la République tchèque dans certains points. Alors il est vraiment difficile de faire une carrière au Québec et le public international, le public dans de nombreux pays, me permet de faire une véritable carrière d’écrivain. Sinon, je ne pourrais pas le faire aussi entièrement que je le fais maintenant. »

Que nous dit votre roman de nous-mêmes et de l’époque dans laquelle nous vivons et où, malgré de nouveaux moyens de communication, nous sommes de plus en plus isolés ?

 « C’est tout à fait exact et c’était peut-être une des principales préoccupations thématiques que j’avais en écrivant ce roman. Dès le départ j’avais l’intention précise d’écrire une espèce de conte contemporain intimiste sur l’imagination et l’amour à notre époque, hautement connectés de solitudes paradoxales, si vous voyez ce que je veux dire. Nous sommes très, très connectés électroniquement et de plus en plus seuls d’un autre côté. C’était une intention précise que j’avais en écrivant ce roman. Et je voulais le faire sous une forme un peu ludique, la forme d’un conte contemporain. »

https://www.radio.cz/fr/rubrique/literature/quand-un-facteur-indiscret-seprend-dune-femme-lointaine

Prague transformée en un grand bazar à touristes

Photo: FayardPhoto: Fayard Une ville convertie en une entreprise touristique. C’est dans cette ville ressemblant à s’y méprendre à Prague, que l’écrivain Benoît Duteurtre a situé son roman La Cité heureuse. Le livre paru en français en 2007 a été récemment traduit en tchèque et publié par la maison d’éditions Atlantis. En présentant son roman au micro de Radio Prague en juillet dernier, Benoît Duteurtre a d’abord expliqué pourquoi il a situé son roman dans une ville qui ressemble tellement à Prague :

 « Pourquoi Prague ? C’est surtout parce que je suis pas mal allé à Prague à une époque, j’ai la chance d’avoir plusieurs livres traduits en tchèque, j’y ai des attaches personnelles, j’ai été invité à plusieurs reprises. Dans mes premières visites, j’ai été quand même un peu effrayé par cette densité du tourisme et cette transformation de tout le centre-ville en un grand bazar à touristes où au fond, comme dans mon roman, tous les habitants sont plus au moins des employés du commerce touristique. Comme je dis, ça existe aussi à Venise ou même à Paris, mais là il y avait une concentration dans la Vieille-Ville ou autour du Pont Charles qu’on reconnaît dans mon livre, avec cette foule massée en dessous et sur le pont, qui le traverse, qui vient de se distraire pour le week-end et qui repart.

Voilà, ça aurait pu être aussi Cracovie et d’autres villes comme ça, il y en a pas mal en Europe mais, dans ma tête, les images qui me sont venues étaient celles de Prague. Et puis j’aimais bien l’idée que le narrateur a connu aussi un ancien monde, un régime totalitaire, qui n’était certes pas très joyeux, et qu’il arrive finalement à avoir une certaine nostalgie de sa jeunesse rebelle dans ce pays où il a grandi. Là aussi c’est un modèle d’un ancien pays communiste, si vous voulez. »

Vous avez écrit et publié votre livre en 2007 comme une sorte de roman d'anticipation. L’évolution de la dernière décennie a-t-elle confirmé votre vision de l’avenir ?

 « En tout cas pour ce qui est de Paris où je vis, où j’habite, ça l’a plus que confirmé. A Prague ça m’avait frappé, parce que la ville est moins grande et les quartiers touristiques sont assez concentrés. Donc, ce phénomène était très impressionnant pour moi déjà au début des années 2000. Alors qu’à Paris, qui est une ville plus étendue, plus peuplée, la chose était plus noyée. Mais aujourd’hui pour moi qui vis au centre de Paris, près de Notre-Dame, l’accélération de cette transformation est effrayante. Par exemple, dans ma rue à Paris, toutes les boutiques qui étaient autrefois une boulangerie, une charcuterie, une pharmacie, sont toutes devenues des boutiques de souvenirs pour touristes. Et la Place de l’Hôtel-de-ville devient une place d’animation permanente pour les touristes et pour la distraction pendant le week-end, etc. Il y a donc une véritable transformation de Paris et je pense que ça va encore s’aggraver avec l’approche des Jeux olympiques et la ville se transformera en une espèce de base de loisirs et de tourisme à destination de la clientèle du monde entier. Et les Parisiens n’ont qu’à se débrouiller. »

C’était donc quelques réflexions de l’éditrice Marie Moinard et des écrivains Denis Thériault et Benoît Duteurtre. Merci d’avoir suivi cette émission et aussi les autres rubriques littéraires de Radio Prague. Nous vous souhaitons santé et bonheur et beaucoup de retrouvailles intéressantes autour de cette rubrique, beaucoup de belles rencontres littéraires au cours de toute l’année 2019.

https://www.radio.cz/fr/rubrique/literature/prague-transformee-en-un-grand-bazar-a-touristes
29-12-2018