Les meilleurs poèmes tchèques 2010

27-11-2010

C’est le jour du 200e anniversaire de la naissance du poète Karel Hynek Mácha qu’a été présentée au public, dans un café littéraire pragois, une anthologie intitulée « Les meilleurs poèmes tchèques 2010 ». Les éditeurs de ce livre savent qu’il n’existe pas de critère objectif pour juger les poèmes et qu’il n’est pas possible de dire ce qu’il y de meilleur dans la poésie d’un peuple. Ils savent que le poème est un organisme trop compliqué et trop vivant pour se plier aux règles d’une compétition et que la poésie n’est pas un sport. Ils savent que chaque jugement sera nécessairement subjectif, partial et probablement injuste. Ils ont pourtant relevé le défi et tenté l’impossible. Ils présentent au lecteur 39 poèmes qu’ils jugent exceptionnels par leur style et leur charme. A chacun de choisir le plus beau de ces textes.

Qu’est-ce que la poésie ? Qu’est-ce qu’elle nous donne ? Est-elle encore nécessaire au XXIe siècle ? Karel Piorecký a été l’éditeur du premier volume de l’anthologie des meilleurs poèmes tchèques, volume qui a réuni la production poétique de l’année 2009. Il aimerait faire vivre la poésie dans le monde réel :

« Nous lisons les poèmes dans les moments d’intimité, ils font partie de notre vie privée. C’est la meilleure façon de lire la poésie. Néanmoins, si nous voulons que la poésie soit vivante, qu’elle ne se limite pas à un cercle restreint de personnes qui l’écrivent ou qui écrivent sur la poésie, il faut encore quelque chose de plus. Il faut que la parole poétique se réfère aussi à la réalité du monde actuel, il faut aller à la rencontre des lecteurs, il faut discuter des thèmes qui nous sont communs, sans égard à ce que nous avons en commun dans la sphère intime. »

 

Cette année la maison d’édition Host a récidivé et a lancé le deuxième volume de l’anthologie intitulé « Les meilleurs poèmes tchèques 2010 ». Son éditeur s’appelle Jakub Řehák. C’est un poète dont le recueil intitulé « Les lumières entre les planches » a été nominé au prix Magnesia Litera qui est la distinction littéraire la plus prestigieuse de République tchèque. Il se rend bien compte que la position d’un poète qui juge d’autres poètes est plutôt délicate :

« Quand on écrit de la poésie et qu’on doit se pencher aussi sur la poésie d’autres poètes, on court deux risques. Le premier risque est de ne percevoir que les textes qui nous conviennent d’une certaine façon et de laisser tomber les autres. Le second risque est de devenir un amateur fétichiste de la poésie, ravi de chaque bon poème et cherchant à l’imposer dans sa sélection. Moi, j’ai plutôt été cet amateur fétichiste de la poésie et non pas cet auteur qui ne choisit que les textes qui présentent un certain intérêt pour lui. Je ne voulais pas me soumettre à des critères et des opinions fixes. Je n’ai fait que lire les poèmes et ceux qui ont laissé une empreinte en moi je les ai transmis à Miloslav Topinka. »

C’est donc le poète et essayiste Miloslav Topinka, une des figures les plus importantes de la poésie tchèque de la seconde moitié du XXe siècle et lauréat de plusieurs prix littéraires, qui s’est chargé du rôle d’arbitre. C’est lui qui est responsable de la sélection finale. Son opinion sur la poésie ne lui a sans doute pas facilité la tâche :

« Il est insensé d’affirmer qu’un poème est meilleur ou pire qu’un autre. Ou bien c’est de la poésie, ou bien ce n’en est pas. (…) La poésie n’est pas ici pour consoler ceux qui ont des petits chagrins, ceux qui se tourmentent, pour remplir un vide sentimental. »

 

Jakub Řehák a fait la présélection des recueils parus entre septembre 2009 et août 2010. Il a cherché dans les revues littéraires et sur Internet. Il a finalement sélectionné 180 poèmes et Miroslav Topinka a réduit ce nombre à 39 textes divisés en quatre parties.

Tandis que les éditeurs de l’anthologie de l’année dernière ont cherché à montrer que la poésie tchèque n’était pas en crise, les éditeurs de la nouvelle anthologie se proposent de montrer tout ce qui peut être poésie en Tchéquie, quelle forme un poème peut revêtir. Le lecteur peut y trouver des strophes à quatre vers classiques, mais aussi des formes très libres, des poèmes fleuves à la manière de « Zone » d’Apollinaire, des poèmes miniatures et des textes expérimentaux qui ne ressemblent même pas à des poèmes. Parfois ce sont des textes en prose qui se réfèrent cependant à une vague expérimentale de la poésie tchèque. L’éditeur Jakub Řehák résume ce qu’il a appris pendant son travail :

Jakub Řehák, photo: www.nekultura.czJakub Řehák, photo: www.nekultura.cz « Je n’ai pas fait de découverte qui ne serait pas connue de ceux qui s’occupent de la littérature. J’ai constaté qu’en Tchéquie l’accent est toujours mis sur la miniature poétique, c’est-à-dire sur les poèmes courts de dix à trente vers que l’auteur cherche à utiliser pour une réflexion personnelle. Certains auteurs préfèrent les poèmes fleuves en vers libres. Tel est le cas des poètes réunis dans le groupe Fantasia. Ils sont tous représentés dans cette anthologie mais c’est un hasard. Je pense toujours que la poésie tchèque est lyrique dans le bon et le mauvais sens du terme. Cela veut dire que la sensation, la situation, l’évènement refondus dans un langage imagé dominent toujours dans la poésie tchèque. »

C’est en cela, d’après Jakub Řehák que la poésie tchèque diffère de sa sœur slovaque, poésie du pays voisin, qui se nourrit à d’autres sources, qui s’occupe plus de la textualité, de l’examen de la langue elle-même. Si en Tchéquie une forte tradition lyrique persiste toujours, c’est lié sans doute, d’après Jakub Řehák, avec l’œuvre romantique de Karel Hynek Mácha. Bien que l’éditeur décèle aussi quand même quelques tendances isolées dont celle des poètes du cercle « Psí víno (Vigne sauvage ) » qui cherchent à se libérer du lyrisme, il conclut qu’en général les auteurs tchèques se fient toujours à la poésie lyrique.

27-11-2010