Une visite des endroits en France, témoins de la naissance de la Tchécoslovaquie, le 28 octobre 1918

25-10-2000

Le 28 octobre est la fête nationale de notre pays, celle du 82e anniversaire de la fondation de la Tchécoslovaquie. Aujourd'hui, je voudrais saisir l'événement sous un autre aspect. Je trouve intéressant d'évoquer les principaux endroits en France où les événements ayant précédé la naissance de la Tchécoslovaquie se sont déroulés.

Depuis 1526, Tchèques et Slovaques faisaient partie de la monarchie des Habsbourg autrichiens. Une occasion de rompre avec cette domination s'est présentée lors du premier conflit mondial. C'est Tomas Garrigue Masaryk qui a compris, comme premier, cette chance et qui a déployé un immense effort afin d'accomplir le droit des Tchèques et des Slovaques d'avoir leur propre Etat. Tomas Garrigue Masaryk, Edvard Benes, Milan Rastislav Stefanik - voilà le trio légendaire d'hommes qui ont mené le combat politique et réel pour l'indépendance. Paris, en tant que centre politique des Alliés et le principal champ de bataille, a été choisi par eux comme point de départ de ce combat.

L'endroit le plus étroitement lié à la naissance de la Tchécoslovaquie, la maison au numéro 18, rue Bonaparte, dans le quartier parisien de Saint-Germain-des-Prés. "La grande partie de l'histoire tchécoslovaque a été écrite ici" - voilà les propres paroles d'Edvard Benes, l'un des fondateurs de l'Etat et futur président de la République. C'est dans cette maison qu'on a créé, en février 1916, le Conseil national tchécoslovaque, précurseur du futur gouvernement. La maison numéro 18 à la rue Bonaparte est devenue le centre de l'activité politique et diplomatique et le centre de la résistance anti-autrichienne pendant la Première Guerre mondiale. Edvard Benes est arrivé à Paris en septembre 1915 et il habitait d'abord à la rue Léopold-Robert. En 1916, il a déménagé au 18, rue Bonaparte. Cette maison étant devenue, au fur et à mesure, le siège du Conseil national tchécoslovaque, de la Colonie tchécoslovaque, le lieu où l'on imprimait les revues Ceskoslovenska samostatnost - Indépendance tchécoslovaque, et La Nation tchèque d'Ernest Denis.

Edvard Benes s'en souvient: c'est ici qu'on faisait des plans, qu'on préparait des articles, qu'on rédigeait des déclarations et, finalement, qu'on a stipulé nos conditions de conclusion du cessez-le-feu. Les collaborateurs les plus proches de Benes au siège du gouvernement provisoire tchécoslovaque à Paris ont été Milan Rastislav Stefanik et Stefan Osusky, représentant des Slovaques en Amérique, tandis que le président du Conseil, Tomas Garrigue Masaryk, séjournait surtout à Londres.

La maison à la rue Bonaparte a aussi été le siège du ministère des Affaires étrangères tchécoslovaque jusqu'à septembre 1919, date de conclusion de traités de paix de Versailles, de Saint-Germain-en-Laye et de Trianon.

En 1935, le gouvernement tchécoslovaque a acheté la maison historique. Depuis, ce bâtiment surnommé "Maison Masaryk" par les Tchèques et les Slovaques fixés à Paris appartenait aux associations de compatriotes. Occupée, dès 1939, par les Allemands, la maison est redevenue, après la guerre, le siège d'associations de compatriotes et d'une mission de rapatriement. Le secrétaire du consulat tchécoslovaque d'alors à Paris, Josef Fisera, se souvient qu'on y a créé une école pour enfants tchèques et slovaques. Après l'arrivée des communistes au pouvoir en Tchécoslovaquie, en 1948, les associations de compatriotes ont été chassées de la maison 18. On y a établi le consulat et les appartements de ses employés. Après la partition de la Tchécoslovaquie, la maison 18 à la rue Bonaparte est incombée à la République tchèque. Aujourd'hui, elle abrite le Centre tchèque à Paris et le consulat.

Une plaque à la façade de la maison rappelle la constitution du gouvernement provisoire tchécoslovaque en 1916. La plaque, qui est le don de la ville de Paris, a été enlevée d'abord par les nazis, puis par les communistes. En 1946, le sculpteur tchèque fixé à Paris, Jan Vlach, a doté la façade des armoiries de l'Etat tchécoslovaque - un lion de grès. Lors des travaux de reconstruction, la plastique a été détruite.

Un autre endroit qui rappelle à Paris la création de la Tchécoslovaquie, le 28 octobre 1918, la maison au numéro 9, à la rue Michelet, non loin du Jardin du Luxembourg, où se trouve l'Institut d'études slaves. Il a son siège dans la maison que le gouvernement tchécoslovaque avait acheté à Ernest Denis en 1919, où il a créé l'Institut d'études slaves et qu'il a offert ensuite à l'Université de Paris. Théoriquement, l'Institut d'études slaves a été fondé déjà pendant la guerre, en 1916, à la Sorbonne, où le professeur Masaryk avait été invité à y donner des conférences sur les Slaves. Un rôle important lors de l'édification du nouvel Etat a été joué par les soldats tchèques et slovaques, membres des armées alliés. A Paris, la mémoire des soldats tchécoslovaques tombés est évoquée par un mémorial au cimetière Père Lachaise. Au Palais Royal, il y a une plaque annonçant que c'est d'ici que les premiers volontaires tchécoslovaques sont partis, le 22 août 1914, sur le front.

Le monument au cimetière de Vouziers, au nord-est de la France, fait mémoire de ce que c'est ici que sont inhumés 282 Tchèques et Slovaques péris dans la guerre. Un autre monument se trouve à La Targette, au département Pas-de-Calais, où reposent 266 légionnaires tchécoslovaques. Finalement, l'événement de la création de la République tchécoslovaque indépendante est rappelé par le monument à Darney, à l'est de la France. C'est ici que le président de France de l'époque, Raymond Poincaré, a reconnu, le 30 juin 1918, au nom de la France, le droit des Tchèques et des Slovaques à un Etat indépendant et où il a constitué l'armée tchécoslovaque indépendante. Son état major général a siégé au 18, rue Bonaparte...

25-10-2000