Le mystère de la mort de Tycho Brahe élucidé 400 ans après : l’astronome danois n’a pas été empoisonné

Le 15 novembre dernier, des scientifiques danois et tchèque ont annoncé avoir presque élucidé un mystère vieux de 400 ans qui planait sur la mort de Tycho Brahe : le célèbre astronome danois, arrivé à Prague deux ans avant sa mort, n’a pas succombé à un empoisonnement au mercure, comme l’affirmaient certains historiens. Son décès est dû à des causes naturelles.

Photo: Barbora KmentováPhoto: Barbora Kmentová Lorsqu’en novembre 2010, l’astronome danois Tycho Brahe (1546-1601) avait été exhumé de sa tombe à Notre-Dame-De-Týn à Prague, le chercheur danois Jens Vellev qui faisait partie d’une équipe scientifique disait alors ne pas être sûr qu’on parvienne jamais à expliquer entièrement la cause de la mort de Tycho Brahe. Empoisonnement accidentel, assassinat, ou mort naturelle? Après deux années de travaux intenses conjoints entre la République tchèque et le Danemark, le mystère qui existe depuis 400 ans autour de la mort de l’astronome danois semble être levé. Le quotidien danois Politiken a été le premier à publier le résultat des analyses établies par le scientifique Kaare Lund Rasmussen de l’Université d’Aanhus. Dana Schmidtová est collaboratrice du journal :

« Les scientifiques ont déterminé que l’organisme de Tycho Brahe ne contenait pas de mercure en une concentration telle qu’il aurait pu en mourir, ce qui était un mythe répandu depuis sa mort. 400 ans plus tard, les scientifiques danois et tchèques sont unanimes et peuvent conclure avec certitude que la mort de Tycho Brahe était due à des causes naturelles. »

Jan Kučera, photo: Zdeněk VališJan Kučera, photo: Zdeněk Vališ Du côté tchèque, les analyses des restes de l’astronome danois ont été effectuées par Jan Kučera de l’Institut de physique nucléaire de l’Académie des sciences:

« Les résultats des analyses sont très probants. Avec nos collègues danois, nous avons analysé les échantillons des os et des poils de la barbe prélevés en novembre 2010. En même temps nous avons procédé à une nouvelle analyse, avec un matériel sophistiqué, de poils de la barbe provenant d’une première exhumation du cercueil de Tycho Brahe datant de 1901. Jan Kučera et Jens Vellev ont analysé les échantillons des os et des poils de la barbe, photo: Jacob C. RavnJan Kučera et Jens Vellev ont analysé les échantillons des os et des poils de la barbe, photo: Jacob C. RavnLes résultats obtenus nous disent quel était le taux de mercure auquel Tycho Brahe était exposé dans les dernières années et les derniers mois de sa vie. Ainsi, pour ce qui est des os, il s’agissait d’une période allant de cinq à dix ans. Quant aux poils de sa barbe longs d’environ deux centimètres, on a pu déterminer les concentrations de mercure auxquelles Tycho Brahe était exposé les deux derniers mois de sa vie. »

Photo: Marek Janáč, ČRoPhoto: Marek Janáč, ČRo La théorie de l’empoisonnement au mercure s’appuyait sur des analyses de poils de la barbe de Brahe réalisées en 1901, à l’occasion du tricentenaire de sa mort. En examinant la barbe, les os et les dents avec des techniques beaucoup plus avancées, les scientifiques tchèque et danois ont déterminé que les concentrations en mercure dans l’organisme de l’astronome étaient normales et certainement pas assez élevées pour pouvoir provoquer sa mort. Pour Jan Kučera, elles ont même baissé à l’approche du décès intervenu 24 octobre 1601, après 11 jours d’une maladie qui reste encore à déterminer. Les analyses des dents se poursuivent d’ailleurs pour peut-être y parvenir et confirmer une des hypothèses émises jusqu’ici, à savoir une septicémie, une insuffisance rénale ou des calculs :

« Les concentrations en mercure déterminées dans l’organisme de Tycho Brahe sont à la limite des concentrations normales observées chez des populations actuelles non exposées. A l’approche du décès, ce taux a encore baissé ce qui exclut maintenant qu’il ait succombé à un empoisonnement au mercure. »

Né en 1546, l’astronome danois est resté dans l’histoire pour avoir découvert, en 1572, une Supernova dans Cassiopée. Sans lunette et sans télescope, il a établi un catalogue d’étoiles particulièrement précis pour son époque et créé un modèle d’univers qui est un compromis entre le système géocentrique de Ptolémée et la conception héliocentrique de Copernic. Il a aussi décelé la vraie nature des comètes. Brahe a pu mener ses travaux grâce au soutien du roi Frédéric II du Danemark. A la mort de ce dernier, Brahe est dépossédé de ses biens, dont notamment le plus grand observatoire d’Europe, Uraniborg, qu’il a fait construire sur l’île de Ven.

Contraint de quitter son pays, Tycho Brahe arrive, en 1599 à Prague, sur invitation de l’empereur Rodolphe II, mécène des artistes et des savants. A Prague, il est assisté par Johannes Kepler qui allait plus tard utiliser ses données astronomiques pour formuler les lois de la mécanique céleste.

Peter Andersen, photo: Vendula Kosíková, ČRoPeter Andersen, photo: Vendula Kosíková, ČRo Deux ans plus tard, Tycho Brahe meurt. Les circonstances de son décès ont fait, depuis 400 ans, l’objet de multiples spéculations. En 2009, Peter Andersen, professeur médiéviste à Strasbourg, avait avancé l’hypothèse d’un complot fomenté par le roi du Danemark, Christian IV : selon cette hypothèse, un cousin éloigné de Brahe nommé Erik aurait empoisonné Tycho à la demande du roi qui aurait voulu le punir d’avoir été l’amant de sa mère, la reine Sophie. Une autre thèse suspectait l’implication dans l’assassinat de Brahe de Johannes Kepler, jaloux de son maître.

Une chose est désormais sûre : Tycho Brahe n’a pas été empoisonné au mercure. Par ailleurs, les scientifiques analysant les os et la barbe de l’astronome y ont établi des fragments d’argent et d’or. Pour Jan Kučera, leur présence laisse penser que Tycho Brahe avait testé les effets des remèdes et préparations fabriqués par lui-même :

La dépouille mortelle de Tycho Brahe, photo: Marek Janáč, ČRoLa dépouille mortelle de Tycho Brahe, photo: Marek Janáč, ČRo « Grand personnage de l’astronomie au XVIe siècle, Brahe était aussi pharmacien et alchimiste. Il produisait des élixirs appelés Medicamenta Tria dont certains étaient à base de sulfate mercurique. A l’époque de la Renaissance, le mercure était considéré comme un remède universel pour traiter diverses maladies et cet élixir pouvait contenir d’autres éléments dont justement l’argent ou l’or. »

Les scientifiques tchèque et danois ont profité de leurs analyses pour lever le voile encore sur un autre mystère. L’histoire disait que Tycho Brahe avait un nez d’or ou d’argent, une prothèse qu’il s’était fait poser après une blessure lors d’un duel. D’après le communiquée de l’université d’Aarhus, la découverte de fragments de cuivre et de zinc « laisse penser que la prothèse était faite en bronze. »

Photo: Barbora KmentováPhoto: Barbora Kmentová Après le prélèvement des échantillons à analyser, la dépouille mortelle du célèbre astronome danois a été remise en terre. A cette occasion, les scientifiques ont déposé dans sa tombe à Notre-Dame-de-Týn les textes en tchèque et en danois sur leurs recherches effectuées entre les années 2010-2012.